Energie : Le temps des questions

Centrale Thermique de N'trenani (Photo d'archive)
Centrale Thermique de N’trenani (Photo d’archive)

Depuis plusieurs mois Anjouan est dans le noir. La centrale thermique de Ntrenani devenue moribonde et en phase d’arrêt de production faute de groupe et de maintenance, ne produit que 2.7 mégas quotidiens d’énergie, pour un besoin journalier d’environ 6 mégas. Ce qui fait que l’électricité n’est livrée à Mutsamudu la capitale que quelques heures les matinées et 6 heures la nuit lorsque tout le monde va au lit. Comme quoi l’économie et construction d’un pays se fait au sommeil.

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Depuis mercredi la situation s’est encore empirée. Sur 24 heures, la capitale de l’île particulièrement la zone Mutsamudu ouest n’a reçu qu’une heure d’énergie de 20h00 à 21h00. Même la distribution de minuit à 6h00, n’a pas été livré. Et d’habitude, lorsque qu’une situation pareille se présente, ça sous-entend qu’un groupe a cassé la pipe.

Et pourtant, pour « parer aux urgences » selon la terminologie des autorités du pays « le temps des solutions » est en marche. Le gouvernement vient de réceptionner 9 groupes de marque Caterpillar payés sur fonds propres à hauteur de 6 milliards et qui seront installés à la Grande-Comore. Deux groupes arrivés au port de Moroni de type Mitsubishi d’une capacité estimée à 2 mégas chacun seront déployés en raison de 1 à Anjouan et 1 à Mohéli.

Premier constat du partage, la Grande-Comore aura une puissance excessivement supérieure à la demande pendant que les îles d’Anjouan et Mohéli vont devoir se contenter du stricte minimum et encore…

« Pour nos estimations, le besoin de Ngazidja est de près de 14 mégas. Avec ces 18 mégas, la centrale va pouvoir alimenter quotidiennement la quasi-totalité de l’ile et avoir une réserve de deux groupes », a fait savoir le directeur technique de Ma-mwe, à nos confrères d’Alwatwan le 5 décembre dernier. A l’entendre, actuellement, Ngazidja serait complètement dans le noir.

Les incohérences des propos du directeur technique de la Ma-mwe choquent plus d’un à Anjouan. Déjà, sur les 9 groupes de marque Caterpillar réceptionnés la semaine dernière à Moroni, peuvent produire plus que les 18 mégas déclarés. « Chaque groupe des 9 réceptionnés est capable de produire 2,5 mégas soit un total de 22,5 mégas. A moins qu’on nous prenne pour des nuls en maths » parole de technicien de l’Eda. Et notre source d’ajouter qu’« il ne s’agit pas en réalité d’une intervention d’urgence à la maison mère mais d’un partage inéquitable des biens et des services par l’Etat. Qu’on nous explique aussi où en est-on de la construction de la fameuse centrale à fioul lourd de 18 mégas censée alimenter Ngazidja au plus tard cette année, de l’affectation des fonds de la Banque Africaine de Développement qui devraient réhabiliter les centrales hydrauliques de Lingoni et Bambao, affecté par le gouvernement Ikililou pour parer à l’urgence de la Grande-Comore il y a quelques mois, mais aussi du dossier des révisions et des maintenances des groupes existants à Mohéli, à Anjouan et à la Grande-Comore par la même banque et qui devrait régler le problème de l’énergie dans le pays ? »

A cela s’ajoute le problème d’incompatibilité prévisible des groupes Mitsubishi censés faire le bonheur des mohéliens et des anjouanais avec l’existant. Ce qui est certain, les techniciens à Anjouan ne veulent plus en entendre parler des groupes Mitsubishi. Ce serait selon eux, un casse-tête. Et selon des sources anonymes, le vice-président Moustadrane serait de même avis.

Selon des sources dignes de foi, sur les 15 mégas installés à Ngazidja, 8 mégas sont disponibles et permettent de juguler les délestages et le rationnement en électricité de la capitale des Comores. Avec la toute nouvelle acquisition de 9 groupes qui vont être théoriquement installés ce mois de décembre estimé à 18 mégas, la capitale aura à elle seule 26 mégas d’énergie électrique.

N’trenani produit moins de 2.7 mégas depuis mercredi

Pendant ce temps, la seule et principale centrale électrique de N’trenani à Anjouan, ne produit actuellement et aléatoirement que 2 à 2.7 mégas sur un besoin quotidien d’environ 6 mégas. Selon des indiscrétions recueillies à l’EDA (Electricité D’Anjouan) une mission gouvernementale qui a séjourné à Anjouan la semaine dernière, et aurait laissé entendre que le gouvernement viserait pour « une puissance d’urgence » de 5 mégas, pour Anjouan. D’où l’idée tant soutenue par la Ma-mwe Moroni de fourguer les groupes Mitsubishi à Anjouan et Mohéli. Une pierre deux coups, se débarrasser de la technologie Mitsubishi avec ses inconnus pour les techniciens de la Ma-mwe à Ngazidja et faire semblant de résoudre les problèmes énergétiques des îles de Mohéli et Anjouan tout en déplaçant ses inconnus aux autres îles.

La provenance même de ces fameux « Mitsubishi » n’inspirerait pas confiance à EDA. « Ces groupes, rappelons-le, proviennent du rocambolesque et irréaliste projet du gouvernement, de doter le pays d’une centrale électrique de 25 mégas en trois mois, signé entre le gouvernement et une société douteuse qui officie dans le bâtiment à Qatar, dénommée Salama International Trading Company limited, un contrat d’une valeur de 5 milliards de nos francs, dénoncé et résilié trois mois après sa signature sans que nos techniciens ne soient formés pour les installer et les maintenir », s’inquiète un très proche du dossier à Anjouan. Rien n’a été dit sur l’état des « Mitsubishi. C’est bien l’héritage d’une opération qui a échoué et on voit mal le fournisseur dévoile tous les inconnus et l’état réel de ses groupes. Si dans une situation d’urgence comme celle-ci la Ma-mwe et le gouvernement tient compte de la réalité énergétique sur le terrain, ils devraient affecter sur les 9 groupes réceptionnés deux à Anjouan (4 mégas) et 2 à Mohéli (4 mégas). Faites les calculs et vous verrez que les 8 mégas déjà disponibles actuellement à Voidjou plus les 5 groupes Caterpillar restants font bien une totale d’un peu plus de 18 mégas. Anjouan qui 2 mégas disponibles, pourrait bien s’en sortir tenant compte que la centrale de N’trenani produit 2 mégas actuellement. Mais bon… on n’en est plus encore là. L’on a l’impression que le temps des solutions annoncé, cède progressivement au temps des questions et de la clarté des décisions gouvernementales.

Réaction d’une professionnelle désabusée

Quelle tristesse ! Où va le pays en particulier Anjouan ? Comment peut-on évoluer dans le noir, dans ce vide de tous les jours ? Et quand on voit ce gâchis, on se pose des questions à savoir s’il y a réellement des responsables dans cette île, des responsables qui sont soucieux de cette belle île, des responsables qui réfléchissent. Vivre dans le noir au moment où on a besoin de lumière et après que tout le monde se met au lit, c’est là où l’électricité est disponible. Alors dites-nous à quoi sert le courant distribué à partir de 1 heure du matin jusqu’à 6 heures ? Qui s’en sert à ces heures là, les souris, les ras ? ou bien c’est pour empêcher les voleurs de cambrioler les maisons ? Pourquoi ne pas économiser cette énergie pour la distribuer dans la journée et permettre aux jeunes chômeurs de bricoler pour gager chacun sa vie puisque l’État est incapable de leur créer quelque chose ? En tout cas, ce qui est sûr, l’électricité de minuit et une heure du matin n’a que des conséquences, saler des factures EDA.

Ramoulati Ben Ali

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