L’Egypte secouée par des manifestations, Morsi tente de calmer le jeu

25 novembre 2012

L’Egypte secouée par des manifestations, Morsi tente de calmer le jeu

Le président égyptien, Mohamed Morsi, s’adresse à ses partisans, le 23 novembre 2012 au Caire ©AFP

LE CAIRE (AFP) – (AFP)

 Le
président égyptien Mohamed Morsi a souligné
dimanche que les pouvoirs élargis qu’il s’est
attribués étaient « temporaires », appelant
à un « dialogue démocratique », au moment
où des manifestations secouant le pays ont
entraîné la mort d’un jeune militant islamiste.

Des juges et des journalistes ont décidé d’une
grève pour protester contre le décret par lequel
le président, qui détient déjà les
pouvoirs exécutif et législatif, a interdit au
judiciaire d’examiner des recours contre ses décisions,
et ce jusqu’à la mise en place d’une Constitution.

Des centaines des partisans du président ont
manifesté dimanche soir au Caire selon le correspondant
de l’AFP.

A Damanhour, au sud d’Alexandrie, un jeune islamiste a
été tué dimanche devant le siège des
Frères musulmans, où des heurts ont
éclaté entre des militants islamistes et des
opposants du président Morsi qui tentaient de prendre
d’assaut le siège depuis trois jours.

Il s’agit du premier mort depuis que le président
égyptien s’est doté le 22 novembre de pouvoirs élargis.

Epreuve de force

M. Morsi, engagé dans une épreuve de force avec le
pouvoir judiciaire, doit rencontrer lundi les membres du
Haut conseil de la magistrature, avec lequel le ministre de
la Justice Ahmed Mekki a eu une première réunion
dimanche, selon le porte-parole du président, Yasser Ali.

M. Morsi
s’est arrogé jeudi dans une « déclaration
constitutionnelle » le droit de « prendre toute
décision ou mesure pour protéger la
révolution » de 2011, afin, selon son camp,
d’accélérer les réformes démocratiques,
en particulier la rédaction d’une nouvelle Constitution
attendue mi-février.

« La présidence réaffirme la nature temporaire
de ces mesures, qui ne sont pas destinées à
concentrer tous les pouvoirs mais au contraire à les
remettre à un Parlement démocratiquement élu
et à éviter toute tentative de mettre en cause ou
de faire disparaître deux institutions élues
démocratiquement, la Haute chambre du Parlement et
l’Assemblée constituante », a-t-elle indiqué
dans un communiqué dimanche.

Dans son décret, M. Morsi a notamment décidé
qu’aucune instance judiciaire ne pouvait dissoudre la
commission chargée de rédiger la future
Constitution, critiquée en raison de la
prédominance des islamistes, et dont la composition
fait l’objet d’un recours devant la Haute cour constitutionnelle.

Le camp de M. Morsi argue que le pouvoir judiciaire -au sein
duquel nombre des juges ont été nommés sous
Moubarak- cherche à bloquer la rédaction d’une Constitution.

La présidence a également souligné « son
engagement ferme à inviter toutes les forces politiques
au dialogue démocratique ouvert à tous afin (…)
d’obtenir un consensus national sur la Constitution, qui
sera la pierre angulaire des institutions égyptiennes modernes ».

Manifestations massives mardi

Le
décret présidentiel a déclenché la
première crise majeure en Egypte depuis l’élection
en juin de M. Morsi, devenu le premier président
islamiste et civil du pays seize mois après la chute en
février 2011 du président Hosni Moubarak,
chassé par une révolte populaire.

Les détracteurs du président l’accusent de se
comporter, comme son prédécesseur, en
« pharaon » et de mettre en péril les acquis de
la révolution et l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Ebranlée par cette crise qui divise le pays, la Bourse
du Caire a chuté de de 9,59%, le principal indice,
l’EGX-30, clôturant à 4.917,73 points.

Prenant la tête du mouvement de contestation, le Club
des juges a appelé à une grève des tribunaux
du pays.

Le syndicat des journalistes a également appelé
dimanche à une grève générale, sans
fixer de date.
Selon le juge Issam al-Tobgi, les
« assemblées générales »
des tribunaux dans chacune des 27 provinces,
à l’exception de celles d’Alexandrie et
Beheira (nord) qui ont déjà annoncé un
arrêt de travail, ont entamé des réunions
pour décider de suivre ou non l’appel à la grève.

En revanche,
les Frères musulmans, dont est issu le président,
ont appelé à une manifestation massive mardi au
Caire.Le lieu de rassemblement initialement prévu a
été modifié, dans une apparente tentative de
rester éloigné de la place Tahrir où les
opposants au président prévoient un grand
rassemblement le même jour.

Le sit-in entamé vendredi soir par des protestataires
laïcs et libéraux se poursuivait sur la place
Tahrir, où une trentaine de tentes ont été érigées.

La circulation était toujours interdite sur cet
important axe routier.

Aux abords de la place Tahrir, des heurts se sont poursuivis
entre policiers et manifestants.

Dans la grande rue Qasr al-Eini, adjacente de la place, les
forces de sécurité ont commencé à
construire un « mur » pour empêcher les
protestataires de s’approcher des bâtiments officiels
et éviter les affrontements, selon des témoins.

Les Etats-Unis et l’Europe ont exprimé vendredi leur
inquiétude quant aux décisions de M. Morsi et
l’ambassade des Etats-Unis a demandé à ses
employés d’éviter le métro du Caire et à
ses ressortissants de s’abstenir de se rendre dans les lieux
de rassemblements, susceptibles de dégénérer.



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