Les Comores ne vous rendront ni grâce ni honneur !

Union des Comores
Union des Comores

Mais … avant de vous lancer dans cette longue et fastidieuse lecture, je vous encourage à l’accompagner d’un délicieux fond sonore comorien.

Pourquoi pas ces magnifiques morceaux « Vura nkasiya na pondro, Tsasi ngaridjao » ? Ou bien encore « Viva Komoro [Album African Vibrations]»  de l’indémodable Abou Chihab ? Voire cette chanson sublime de Farid Youssouf dont le titre m’échappe… peut-être « Dawlat ya Komori » ?! Et d’un verre frais et parfumé de mhadju. Les morceaux : Twabran et AST , Narihimé mwanatsi.

Oui, la cuisine et la musique traditionnelle sont le reflet de l’âme d’un peuple, en l’occurrence ici, l’âme comorienne.

Il en est de même de la poésie et des maximes de nos anciens…

J’ajouterai donc cet extrait de  « Mbaye Trambwe wa Ntibe Mlanau [Sultan du Washili-Ngazidja à la fin du 18e/ début du 19e siècle] », issu du travail des chercheurs Masséande CHAMI-ALLAOUI et Damir BEN ALI; un opuscule appelé, « Poèmes, pensées et fragments », Centre National de Documentation et de Recherches Scientifique (Moroni, novembre 1990)

 

LE CONNAISSEUR : MJIZI

 

1.       Ye wulo kangule mwekevu : C’est le sage qui mange le fond

2.       Yirumi nde wulo mvundza mbuda : L’indulgence exclue les bastonnades

3.       Mashashi na husuma wuzaya bwembwe : Il est rare que de la sévérité naît la naïveté

4.       Basi ngamwambo ndrongowo zedja djiri : Alors je vous informe sur ce qui n’est pas encore arrivé

5.       Zitsidje mdjwamba ka mdja zidjuwa : Et si cela arrive ne dites pas que vous n’êtes pas prévenu

6.       Mashashi na ndrongowo hu yiva mwando : Il est rare qu’au commencement les faits soient clairs

7.       Madjitso wula dingoni mwa ndrogowo : Les regrets ne viennent qu’après

8.       Ba ya djwa mwando tsi mdjizi : Car ce n’est pas informé qui ne connaît que le commencement

9.       Mdjiza ndrongowo wuzidjwa mwiso : Le vrai connaisseur des faits en saisit la fin

10.   Mwelevu wudjwa zatsu pvira : Le lucide connaît ce qui n’est point arrivé

11.   Yewu rambwa ndrongowo  zedja djiri : Il discerne les faits dans l’avenir

12.   Sha yenge mruwa tsi mwambiyani : Et si vous vous taisiez et que je vous parle

13.   Mrantsi nkopo zawutrotro na hila : Laissez les enfantillages

14.   Ndjwambe shimenyawo wandzani : Je vous dirai ce qui détruit l’amitié

15.   Wandzani mindu midziro ndo nkodo : La nonchalance est l’ennemie de l’amitié

16.   Na wukalentsi wa mdru ka truhuwa : Et aussi la négligence des contacts

17.   Trawu nopvatsa ndomo tsimwa yapvo : Intrigues et disputes ne sont pas de mises

18.   Zitrendwa zeka kazi dungana : Et le manque de réciprocité dans les actes

19.   Yemtsindza kongowo wahawo ndrabo : Le mensonge lui porte un coup fatal

 

L’heure est grave ! Au plus haut sommet de l’Etat comorien, des hommes en service commandé, sapent sans rechigner, et avec une rare énergie, les fondations antiques des Comores depuis tant d’années. Mais quels genres d’hommes sont-ils donc pour faire preuve d’un tel déshonneur, d’un tel irrespect à l’encontre de la terre qui les a vus naître ? À l’encontre de la terre de leurs mères et de leurs pères ? Celle de leurs grands-parents ? Celle de leurs aïeux ?

 

Nos Comores ne trouveraient-elles pas grâce à leurs yeux ?

 

Sans vergogne et sans morale aucune, ils livrent à «l’Ami » de plus d’un siècle, 172 ans pour être exact, un bien unique au monde : notre cœur. Ils privent les générations présentes et futures de ces quatre joyaux insulaires nés de lave, de lune, de légendes et d’Océan Indien, appelées Juzur al Qamar … ou encore Comores tel que « l’Ami » nous a nommés. Ils aspirent à nous priver d’un héritage multiséculaire riche de dignité, d’histoire millénaire, d’unité, de souveraineté, d’honneur et qui sait… sans doute de poissons, de pétrole et de gaz.

Pourquoi briser notre Indépendance, notre espoir en des lendemains meilleurs, cette ligne d’azur peu rectiligne, certes cabossée par les camouflets et les échecs du temps, mais qui nous donne à voir l’horizon ?

 

Pourquoi ?

 

Pourquoi ces possédés se font-ils soldats de l’opprobre, de la honte et de la trahison d’Etat ? Que leur a-t-on promis pour entrer de la sorte dans la grande histoire de leur patrie ? En faisant de notre pays la risée de la planète entière… Collaborateurs, traîtres de leur propre nation, ces hommes sans face, ces magiciens se prévalant de toutes vertus, que cherchent-ils ? Le désastre ? La déchéance de leur régime ?

Ces stratèges en chambre poignardent notre pays en plein cœur, meurtri aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

 

« Les pays n’ont pas d’amis justes des intérêts »

 

Au vu de leurs performances chaque jour plus honteuses que les précédentes, et pour le plus grand malheur de notre unité, ils s’acquittent parfaitement de leur mission dévastatrice … Ce qui est sûr c’est qu’ils ont été bien formés !

Ne nous méprenons pas, il n’y a pas les Comores et Mayotte ! Il y a les Comores et des Comoriens, point trait, point barre. Ce territoire minuscule de 2 000 km2 pour un peu moins d’un million d’habitants environ, est sans nul doute au centre de convoitises multiples et de toutes sortes. Pas une grande nation au monde ne veut être absente du banquet comorien. La France n’est plus seule mais se bat pour conserver ce qu’elle estime lui appartenir, avec le concours de nos fameux représentants.

Oui, les Comores ont besoin d’amitié et de coopération sincère, et non d’un pays tiers qui s’arroge les droits régaliens d’un pays dit « indépendant » (contrôle des frontières comoriennes, de nos ports, de l’aéroport, de la monnaie, de l’indicatif téléphonique 00 269, de la fabrication des documents d’identités biométriques et j’en passe).

Comme dit l’adage, « les pays n’ont pas d’amis justes des intérêts ».

Ainsi donc, je vous le demande : Qu’est-ce que les Comores ont à gagner en se déplaçant jusqu’à Paris pour signer un traité d’amitié ?

Les Comores ne peuvent se permettre de faire l’économie d’avoir de puissants amis. Ce petit pays d’Afrique a besoin d’appuis, mais réels ! En refondant par exemple une relation franco-comorienne sur des bases solides,  d’égal à égal, de confiance mutuelle absolue et sincère pour éviter d’être mangé à toutes les sauces. La France ne manque pas de personnalités éprises de justice et de paix dans la société civile, chez les diplomates ainsi que parmi les hommes politiques. Ce sont vers ces hommes que nos responsables doivent se tourner afin de faire avancer les choses.

 

Peaux noires, masques blancs

 

Si ces individus parviennent à avancer masqués sur le sol volcanique des îles de la lune en portant kofia et kandzu, personne n’est dupe. Ces mercenaires noirs, ces Noirs blancs ont depuis longtemps choisi le camp du plus fort, du plus riche contre celui de leur mère. Ces Noirs, envendredisés, sur le perron de l’Élysée, ne symbolisent en rien la résistance et la défense de leur pays – loin de là. Imaginons la conversation de journalistes étrangers présents à l’occasion d’une certaine visite officielle d’un certain président :

o   Tu crois que les deux présidents viendront dire un mot à la presse ?

–  J’espère bien !

o   C’est le président de quoi déjà… Du Cap Vert ?

–  Non, des Comores.

o   C’est loin des Antilles française ?

– C’est complètement de l’autre côté en Afrique.

o   Mais où ça ?

– Près de Mayotte ?

o   Mais non ce sont les Comores qui sont à côté de Mayotte !

– Vous vous trompez, en fait vous parlez de la même chose. Comores, Mayotte, c’est pareil !

o   Mais non ! Mayotte, c’est une île française.

–  Mais non, c’est une île des Comores revendiquée par l’Etat comorien. Les Français y sont mêmes condamnés pour occupation illégale par l’ONU, l’Union Africaine, la Ligue Arabe et par les pays non-alignés.

o   Mais les Comores, ce n’est pas un pays indépendant ?

– Bien sûr que si !

o   Comment Mayotte pourrait-elle être alors être française ?  Je ne comprends plus rien.

– Te prends pas la tête, sache juste que les Mahorais sont Comoriens.

o   Tu vois tout là-bas : il y a le président comorien accompagné d’un haut gradé de son armée, le responsable du protocole comorien, son directeur de cabinet, deux de ses ambassadeurs, un de ses vice-présidents, son ministre des affaires étrangères.

– Mais ces trois autres là-bas, qui sont-ils ?

o   Des élus de Mayotte.

– Je pensais que c’était une visite officielle et que c’était des élus français ? Qu’est-ce qu’ils font donc là ?

o   Ne cherche pas à comprendre !

– C’est fou comme ils se ressemblent !

o   Mais c’est des frères. Seule la politique les divise. Ils parlent la même langue, mangent pareil et prient le même dieu !

– Ah oui ! J’ai d’ailleurs remarqué que l’un d’entre eux, qui est député, serait même né sur la même île (Mohéli) que le président comorien actuellement en exercice et ils sont nés presque la même année.

o   Incroyable !

– N’empêche, les élus mahorais n’ont aucune raison d’être là !

o   A moins que les autorités comoriennes renoncent définitivement à Mayotte.

–  C’est une information ?

o   Non ! Une supposition ! Sinon pourquoi un président d’un Etat souverain et sa délégation accepterait-il de discuter à la même table des négociations avec  des élus mahorais au su et au vu de tous, si ce n’est pas pour donner des indications et pour nous informer du sens de cette visite !

– Ce n’est pas faux. Il faut savoir lire entre les lignes.

o   Oui, c’est bien plus qu’une coïncidence. C’est sûr les Comores et la France ont relancé le Groupe de Travail de haut Niveau, à moins que ce soit quelque chose de plus grand qui ne peut être annoncé maintenant.

–  Si les Comoriens s’étaient sentis floués et trompés, concernant la présence des élus mahorais, ils auraient sans doute quitté la table des négociations !?

o   Tous semblent donc partager les mêmes opinions politiques !

– Pourquoi diantre laisser dire que la France et les Comores ne peuvent s’entendre sur Mayotte ?

o   Chut ! Ils ont terminé !!! Ils arrivent.

 

Coopération ou collaboration ?

 

Asseoir l’abomination, la domination économique, politique et militaire française dans l’ensemble de l’archipel voilà le but inavoué de cette « coopélaboration » ! Qui a réellement le plus besoin de l’autre ? La France ou les Comores ? Quand dans sa déclaration d’amitié et de coopération, l’Etat français parle de France, elle veut dire Mayotte. Mais Mayotte peut-elle se passer des Comores ? La France, dans sa volonté de reconnaissance et d’intégration de Mayotte dans l’ensemble de la Communauté de l’Océan Indien a intérêt à nouer des liens de proximité plus forts avec les trois autres îles comoriennes. A la fois pour que ses entreprises trouvent un marché élargi et pour favoriser les échanges économiques comoriens avec les opérateurs mahorais et réunionnais, pour rééquilibrer la démographie de l’île occupée en régulant les mouvements de la population comorienne des quatre îles. Donc sans l’air d’y toucher, la France reprend pieds dans l’archipel des Comores comme au bon vieux temps des colonies en s’adjoignant la complicité de certains séides comoriens.

Ce qui aurait été signé aujourd’hui ne sera sans doute rendu public que dans quelques années avec le nouveau pouvoir de 2016 qui ne sera que la continuité de celui-ci. On connaitra la vraie teneur de ces accords dits « d’amitié ». Oui, on saura la vraie nature des Accords de défense, économiques et de la comorianité ou pas de Mayotte. Ces hommes, qui se transforment en tapis, en serpières, ont peut-être conclu « un marché ». L’avenir nous le dira !

La France départementalise impunément Mayotte. Le monde entier condamne. Silence radio-télévision à Moroni, silence radio-télévision à Fomboni, silence radio-télévision à Mutsamudu, silence radio-télévision à Mamoudzou. A quelques exceptions près – car il faut le reconnaître des femmes et des hommes se soulèvent contre ce marché de dupes, contre cet esprit peureux de capitulards, mais trop peu de voix s’élèvent pour contester, pour dénoncer ce braquage faussement démocratique réalisé en 2009 et ce harakiri de juin 2013.

 

Trahison d’Etat

 

Aucun pays au monde ne peut accepter de voir plusieurs de ses plus illustres fils décapités par les chiens de guerre de la Françafrique et se voir déposséder d’un quart de son territoire par la force sans protester, sans dénoncer, sans résister, sans se battre.

Quel pays au monde peut s’accorder avec son bourreau, son tortionnaire, celui-là même qui s’ingénient depuis 1841 à nier l’existence de l’Etat-Nation Comores et qui aime à loisir ressasser la fable des Sultans batailleurs. Un ancien premier ministre de François Mitterrand a dit : « Un pays qui a connu tellement de coups d’Etat, tellement d’instabilité de son Etat n’a plus pertinence pour revendiquer la souveraineté sur une population qui vit tranquille, qui est en sérénité, qui vit sous une administration efficace, donc la revendication de la République des Comores sur Mayotte est tombée par désuétude. Personne n’ose le dire mais tout le monde sait qu’au total la France a sauvé Mayotte de sa population, au prix d’une faute juridique internationale toujours commise, jamais pardonnée mais effacée. »

Comment ces supposés sommités peuvent-elles oublier ces constantes humiliations tantôt par le verbe, tantôt par des actes odieux et impardonnables ? Comment est-il possible que ces individus puissent cracher impunément au visage de la mémoire des Comores et mentir à ce point à la population ?

La France va contrôler les frontières des Comores, des quatre îles Comores. Jamais ô grand jamais la France ne reconnaitra la comorianité de Mayotte. Elle ne fait aucune concession à ce niveau, s’ingérant de plus en plus dans les affaires intérieures de ce pays indépendant avec l’aval complice de ses sbires. Qu’est-ce sinon de la trahison, de la haute trahison !

Ces supposés responsables politiques n’ont visiblement jamais eu d’autres intentions que de tromper le peuple ; mieux, que d’apporter sur un plateau la désagrégation à venir de l’Union des Comores.

 

Comment peut-on acquiescer et accepter de se déplacer en terre hostile pour signer sa propre mort ?

 

Si ces gens sont esclaves dans leurs esprits, qu’ils n’entravent pas tout un peuple, prompt à se soulever pour préserver ce qui lui reste de dignité d’hommes libres. Ces hommes représentent l’Etat comorien et pourtant ils le divisent et le vendent. Ils trahissent donc la confiance que le peuple comorien a placé en eux. Dès lors que ce lien est rompu, il est temps de se poser la question de leur crédibilité, de leur légitimité à incarner le peuple. Petit à petit les masques tomberont, de la léthargie de la population naîtra une prise de conscience qu’on ne pourra réfréner et qui appellera à la résistance et sans doute à la désobéissance civile. Un roi n’est roi sans ses sujets, un président sans son peuple, parce que le vrai souverain n’est nul autre que le peuple.

Peut-on reprocher à la France de vouloir s’enrichir sur le dos d’un plus pauvre qu’elle ? Peut-on reprocher à l’Etat français de ne pas tenir ses engagements de Patrie des droits de l’Homme et du Citoyen quand il s’agit des Comores ? Peut-on en vouloir à la Gauche française et à la Droite française de défendre les intérêts de la France ? Moralement, c’est certainement indéfendable et inacceptable… Moralement seulement. Mais que la France évite de se présenter comme une amie des Comores. Une amie ne s’invite pas chez son hôte pour l’humilier, le démembrer, l’annexer et l’absorber. Cessons notre folie. L’hospitalité ce n’est pas ça.

 

Mais alors, à qui peut-on en vouloir ? À la France ?  À ses valets ?

 

A nous ! Peuple des Comores, de la terre ferme et d’outre-mer, d’outre-terre…

C’est pourquoi, je demanderai au lecteur de faire encore un effort. De me suivre dans la lecture… une lecture longue, de faire preuve de patience…

Un plongeon dans l’Histoire, dans l’histoire des Comores, qui ne manque pas d’exemples de grands résistants. Un exemple de haute bravoure à raconter aux petits-enfants, car peut-être sans ces hommes, des vrais hommes, ceux-là, nos Comores n’existeraient sans doute plus aujourd’hui.

 

En cette année du 130e anniversaire de la mort du sultan Ntibe Msafumu wa Fe Fumu wa Fumnau wa  Sultan Trambavu, mort le 6 février 1883, lisons et méditons sur cet extrait de « La chronique du prince Abdul Latwif [un des fils de Msafumu, prince et cadi du royaume d’Itsandra] » issu de l’ouvrage rédigé conjointement par Damir Ben Ali, Georges Boulinier et Paul Ottino intitulé « Traditions d’une lignée royale des Comores » à propos des épisodes historiques des « Invasions malgaches » :

 

« […] Les Malgaches, qui avaient repris la mer, débarquèrent plus tard à Itsandra, dans l’endroit appelé Guni du côté de Ntsoudjini, et dans la crique du ruisseau Mtanga-Wambu. Ils se disposaient à partir de là pour se diriger vers Ntsoudjini, quand les soldats de cette ville sortirent en masse au-devant d’eux. La rencontre eut lieu à Pimbani tout près de Ntsoudjini […] »

Les Malgaches mirent en déroute les soldats de Fe Fumu, les obligeant à se replier sur Ntsoudjini… A présent sommés abandonner la ville, ils descendirent à Itsandra avec les princes et les princesses, non sans avoir auparavant enterrés leurs morts. Le fort d’Itsandra était déjà achevé à cette époque ; aussi purent-ils s’y enfermer. Ils s’y tinrent enfermés jusqu’au lendemain matin, jusqu’au moment où les Malgaches  sortis de Guni apparurent sur la plage d’Itsandra. Ils sortirent alors du fort pour attaquer les ennemis, qu’ils repoussèrent jusqu’à Hantsambu, petit village de pêcheurs situé plus bas que Ntsoudjini. Les Malgaches vaincus remontèrent sur leurs pirogues et firent voile pour Madagascar, abandonnant leurs morts, que l’on décapita et dont on porta les têtes à la mer sur les pointes des lances. La nouvelle causa une grande joie. Les combattants s’en revinrent ensuite à Ntsoudjini avec leur sultan. Les habitants de cette ville poursuivirent activement la construction du fort. Ils l’achevèrent l’année suivante, et achetèrent aussitôt des canons pour l’armer. Le fort était à peine construit depuis une année, que les Malgaches reparurent à Ikoni. Mais là aussi, il y avait un fort récemment terminé sur la hauteur. Les gens de Bambao et du Hambuu montèrent s’y enfermer pendant que les soldats de Moroni se retiraient dans le leur, qui était en état, au moins d’un côté – j’ignore si c’était du côté de Mtsangani ou de Badjanani. Les Malgaches assiégèrent plusieurs mois durant la forteresse d’Ikoni, jusqu’au jour où ils réussirent à l’escalader et à la forcer. Ce jour-là ce fut un combat acharné sans précédent, qui commença à l’aurore, et qui ne se termina qu’après que, du côté des Comoriens, tous les braves eussent péri. Dans ce siège, il périt un grand nombre de combattants de la province du Bambao. De la ville d’Ikoni, il y eut peu de survivants, parce que hommes et femmes y avaient été tués presque tous, et que la plupart de ceux qui avaient échappé à la bataille furent embarqués de force par les Malgaches, qui les jetèrent dans leurs barques et les emmenèrent en esclavage. De là les Malgaches se rendirent dans la province du Mbude, sans accoster à Itsandra. Mais, il y avait là, dans la ville de Ntsaouéni, un fort inaccessible et complètement achevé, dans lequel s’étaient enfermés des soldats des quatre provinces du Mbude, du Mbadjini, du Washili et du Hamahamet. Les Malgaches parvinrent sur la hauteur qui est voisine de la ville, et s’y construisirent un retranchement, où ils se fortifièrent faisant pendant plusieurs mois le siège de la ville.

Ce siège leur fut très pénible, à cause de la résistance opiniâtre des assiégés, qui faisaient journellement des sorties sans se laisser rebuter par leurs pertes en morts et en blessés. La lassitude des Malgaches devint telle qu’à la fin ils se résolurent à faire semblant de demander de faire la paix. Mais c’était par pur stratagème.

Ils annoncèrent aux Comoriens qui étaient enfermés dans Ntsaouéni : ‘Nous ferons la paix et nous nous engageons à relâcher vos frères capturés à Ikoni en même temps que les princes de Bambao, si vous acceptez  de traiter avec nous.’ Lorsque les offres furent faites, il y eut scission parmi les Comoriens, dont les uns étaient portés à consentir tandis que les autres s’y refusaient obstinément en disant : ‘Nous refusons tout accord entre nous et les Malgaches, qui veulent nous tromper ; nous nous opposons absolument ; notre avis  est qu’il faut persévérer  dans la lutte jusque dans la mort du dernier d’entre nous, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de combattant parmi nous pour les empêcher d’emmener en esclavage nos femmes et nos enfants.’ Tel était l’avais des Comoriens opposés au traité de paix. Quant à ceux qui avaient donné leur consentement à la proposition des Malgaches ceux-ci les mandèrent dans leur camp, les priant de venir, eux et les princes du Mbude et du Mitsamihouli, qui avaient consenti à se rendre à cette invitation, ne tarda pas à s’en repentir cruellement car, à peine eurent-ils été introduits dans le camp des Malgache, qu’on se précipita sur eux pour les ligoter. Ils s’en échapper néanmoins quelques-uns, qui coururent jusqu’à la ville de Ntsaouéni avertir les leurs que le traité de paix n’avait été qu’un stratagème pour s’emparer d’eux et de leurs princes. Ils leur recommandèrent de tenir bon dans le fort, aussi longtemps que cela serait possible. Ceux de leurs compagnons qui n’avaient pas réussi comme eux à s’échapper, et qui avaient essayé de résister aux Malgaches qui voulaient les enchaîner, furent exécutés séance tenante […] ».

 

J’aurais tant aimé que nos responsables politiques tiennent compte de ce proverbe africain du Maghreb !

 

Il est tellement vrai :

« Moi contre mes frères ; mes frères et moi contre mon cousin ; mes cousins, mes frères et moi contre le monde. »
Mwinyi Washili

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