Les Comores théâtre d’une guerre d’influence Iran-Arabie Saoudite 

Les organismes iraniens aux Comores, sont priés de fermer leurs portes les uns après les autres. Quelque temps en arrière, en janvier 2016, en signe de solidarité avec l’Arabie Saoudite, Moroni coupait ses relations diplomatiques avec Téhéran. Pourtant jusqu’à une date relativement récente, un rapprochement très important était en cours entre les deux pays. La lune de miel diplomatique entre l’Iran et Les Comores remonte à la présidence d’Ahmed Sambi, qui a étudié à Qom, en Iran. Ce qui lui a valu le surnom d’Ayatollah ». Cela a aussi conduit certains responsables occidentaux à craindre qu’il ne transforme les Comores en état satellite sous la coupe et l’influence de l’Iran, avec une politique étrangère anti-occidentale. Ce cas de figure donnait des sueurs froides aux chancelleries occidentales, d’autant que cela fournirait à l’Iran un avant-poste, stratégiquement situé dans le canal du Mozambique.

Mais Sambi a toujours nié vouloir importer la révolution de Khomeiny. Lors d’interviews sur Al Jazeera il a rappelé qu’il a aussi étudié en Arabie Saoudite, tout en affirmant que pour éradiquer la pauvreté, Les Comores ont besoin de l’aide de tous. Il s’est dit prêt à accueillir la coopération iranienne. À cette époque, l’Iran d’Ahmadinejad, est un État paria, frappé de sanctions, boudé par les grandes puissances. Les stratèges de la politique étrangère Iranienne, misent sur les liens avec les états africains et latino-américains dans le cadre des relations « Sud-Sud « . Preuve de l’intérêt que porte Téhéran à notre archipel, en novembre 2009, Ahmadinejad effectue un voyage aux Comores pour y rencontrer Sambi et signer quatre accords visant à approfondir les liens politiques.
Alors comment expliquer le virage à 180 degrés de la diplomatie comorienne? Plusieurs facteurs expliquent ce revirement. Entre-temps, Hassan Rohani est arrivé au pouvoir en Iran. Contrairement à son prédécesseur, les pays du sud ne sont pas sa priorité. Il se tourne vers l’Occident, avec qui il entame des négociations pour la levée des sanctions. Les Comores ont eu un nouveau président. Accusé à ses débuts d’être qu’une marionnette de Sambi, Ikililou fera tout pour se démarquer de la politique étrangère de ce dernier. En Arabie Saoudite aussi, les dirigeants ont changé. Mais surtout, le Moyen-Orient s’est embrasé dans des guerres sectaires en Syrie, Irak, Bahreïn, Liban, et Yémen. Derrière tous ses conflits l’Iran est accusé de mener une guerre par procuration via les milices chiites.


Cette tendance inquiète aux Comores, où les Iraniens se sont servis de leurs organisations caritatives et éducatives pour faire du prosélytisme, et attirer des jeunes Comoriens vers le chiisme. Il faut savoir que le Croissant-Rouge Iranien, est souvent utilisé comme un cheval de Troie par les espions de Téhéran pour s’infiltrer dans de nombreux pays. Des documents Wikileaks révélés par le sérieux journal The Guardian en novembre 2010 prouvent que l’Iran a utilisé le Croissant-Rouge Iranien pour transporter des armes durant la guerre de 2006 au Liban. Il est donc prudent de fermer ce genre d’institution. Bien que la rupture diplomatique était disproportionnée, elle a le mérite d’avoir mis les Comores dans les petits papiers des Saoudiens qui ont reçu Ikililou en fanfare lors d’une visite d’État et n’ont pas hésité à lui offrir 40 millions d’euros, une somme mirobolante qui n’a rien de comparable aux petits moyens financiers que l’Iran accorde à ses représentants aux Comores.
Le nouvel homme fort saoudien le Prince « MBS » Mohamed ben Salman a annoncé la création d’un fonds souverain géant de 2000 milliards de dollars visant à réduire sa dépendance au pétrole, en diversifiant ses investissements dans le monde. Est-il raisonnable de sacrifier les pays du Golfe et leurs investissements, pour sauvegarder quelques associations caritatives iraniennes? Ou doit-on enfin comprendre qu’un État n’a pas d’amis il n’a que des intérêts? L’influence saoudienne ne risque-t-elle pas d’engendrer un islam rigoriste? Telles sont les questions auxquelles devront répondre le nouveau président Azali et son ministre des affaires étrangères Dossar qui est issue de la formation politique Juwa de Sambi.

Comores Développement 

2 commentaires sur Les Comores théâtre d’une guerre d’influence Iran-Arabie Saoudite 

  1. Le wahhabisme exclu d’une conférence en Tchétchénie

    La Conférence de \ »Qui sont les gens du Sunnisme ou appartiennent à la communauté sunnite ?\ », en Tchétchénie.

    « Qui sont les gens du sunnisme ou appartenant à la communauté sunnite ? »

    Une question qui s’impose plus que jamais suite à la montée en puissance d’un terrorisme-takfiriste-wahhabite qui prétend représenter l’Islam, mais qui se veut surtout le représentant légitime du sunnisme et de la communauté sunnite.

    Dans le but de définir l’identité « des gens du sunnisme et de la communauté sunnite », une conférence inaugurée par le cheikh d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, s’est tenue dans la capitale tchétchène Grozny, durant cette semaine.

    Elle a réussi à rassembler quelque 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques, venus d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, du Soudan et d’Europe.

    De grandes personnalités religieuses étaient présentes telles que le Grand Mufti d’Égypte, Cheikh Chawki Allam, le conseiller du président égyptien et le représentant du Comité religieux au Parlement égyptien, Cheikh Oussama al-Zahri, ou encore l’ancien grand Mufti d’Égypte, cheikh Ali Jomaa, sans compter le grand Mufti de Damas, cheikh Abdel Fattah al-Bezm, le prédicateur yéménite Ali al-Jiffri, ou encore le penseur islamique Adnan Ibrahim…

    Dans le communiqué, les participants à la conférence ont convenu que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine, les quatre écoles de jurisprudence sunnite, au niveau de la pratique, et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ».

    Fait frappant : cette conférence a exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite !

    D’ailleurs, les participants à la conférence ont qualifié cette décision de « changement radical et nécessaire pour pouvoir rétablir le vrai sens du sunnisme, sachant que ce concept a subi une dangereuse déformation suite aux efforts des extrémistes de le vider de son sens pour l’accaparer et le réduire à leur perception ».

    Une allusion claire aux groupes takfiristes et wahhabites qui sont soutenus par l’Arabie saoudite.

    Dans ce contexte, les participants ont conseillé une série de recommandations notamment : « Créer une chaîne de télévision au niveau de la Russie afin de faire parvenir aux citoyens un message véridique de l’Islam et lutter contre l’extrémisme et le terrorisme. »

    A aussi été recommandée « la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, leurs principes et pour former une base de données fiables, qui permettra de réfuter et de critiquer de manière scientifique la pensée extrémiste ». Les participants ont suggéré que ce centre porte le nom de Tabsir (NDLR : « clairvoyance » en langue arabe).

    La conférence a insisté sur la nécessité de « revenir aux écoles de grande connaissance », en allusion aux institutions religieuses sunnites identifiées comme étant les universités d’Al-Azhar en Égypte, Qarawiyin au Maroc, Zaytouna en Tunisie et Hadramawt au Yémen.

    La conférence a exclu clairement les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine !

    Une dernière recommandation importante adressée aux institutions sunnites comme Al-Azhar et consorts : celle d’offrir des bourses pour ceux qui s’intéressent aux études de la charia.

    En effet, cette politique devrait contrer celle menée par l’Arabie saoudite pour répandre le takfirisme à travers les chaînes de télévision qu’elle finance, comme Safa et Wissal. Ou pis encore, en recrutant des étudiants du monde islamique pour les former dans ses institutions et en faire des prêcheurs wahhabites.

    La réaction saoudienne

    Au lendemain de la clôture de la conférence, qui a duré trois jours, la réaction saoudienne ne s’est pas fait attendre.

    Une campagne médiatique virulente s’est déclenchée, parrainée par les institutions religieuses et politiques en Arabie saoudite.

    Le journaliste saoudien Mohammed Al-Cheikh, du quotidien Al-Jazeera, écrit sur son compte Tweeter : « Je désapprouve les extrémistes et les radicaux, surtout qu’ils m’ont beaucoup peiné. Néanmoins, quand il s’agit de porter atteinte à notre nation, à la marginaliser, je deviens le pire extrémiste car la patrie est une question de vie et de mort selon mes normes. »

    Pour ce qui est du soutien financier de l’Arabie saoudite, l’académicien saoudien Mohammed Abdullah Azzam écrit : « L’ex-Grand Mufti d’Égypte Ali Jomaa était un étudiant chez Cheikh Hammoud Tuwaijri et il a été honoré par des oulémas saoudiens et il s’est abreuvé de leur savoir… La récompense du cheikh d’Al-Azhar à l’Arabie saoudite pour ses grands projets au profit d’Al-Azhar est cette alliance avec Poutine visant à exclure l’Arabie du monde musulman. Vous avez besoin d’un psychiatre. »

    Le superviseur de l’institut sunnite al-Darar, le prédicateur Alaoui al-Saqqaf a décrit le communiqué de la conférence de la Tchétchénie de « décevant » parce qu' »il a divisé la communauté sunnite en expulsant le wahhabisme des sunnites et de la communauté sunnite.

    Saqqaf a par la suite vilipendé le président tchétchène Ramzan Kadyrov, le qualifiant « de soufi délirant ».

    Il a diffusé ses propos dans lesquels Kadyrov accuse « le wahhabisme d’avoir falsifié les enseignements de la religion, et où il affirme que les militants en Syrie ne sont pas moujahidines car ils déforment l’Islam », selon l’expression de Saqqaf.

    Même ton virulent de la part des prédicateurs du royaume saoudien, qui ont dénoncé la conférence à cause du soufisme que la majorité des musulmans de Tchétchénie pratique comme doctrine.

    Sachant que le wahhabisme accuse les soufis de polythéisme qui n’a rien avoir avec l’Islam. Il en est de même pour les différentes écoles islamiques.

    Paroxysme de la colère saoudienne, face à cette conférence : les propos de l’imam et prédicateur de la mosquée du roi Khaled à Riyad, selon lequel : « La conférence de Tchétchénie doit servir d’alarme pour nous : le monde allume notre bûcher pour nous brûler. »

    Rappelons que le wahhabisme s’inspire de la pensée d’Ibn Taymiyya, mort en prison en 1328 avoir avoir été déclaré déviant par les érudits sunnites de son temps. Lorsque Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab a fait coulé le sang des musulmans en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle, son mouvement a immédiatement été condamné par l’ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme. Des décennies de propagande à coups de pétrodollars ont malheureusement fini par estomper dans l’esprit des masses la différence entre sunnisme et wahhabisme…

    Avec Al-Manar

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