Les conditions du développement économique des Comores

Les élections sont terminées, la propagande et les simplismes aussi : retour à la rigueur intellectuelle et à la pensée complexe. Un rapide bilan de l’indépendance du pays : fierté et liberté nationale retrouvées, plusieurs routes bitumées, plusieurs hôpitaux construits, plusieurs écoles mises en places et plusieurs commis et cadres formés… Car oui, c’est là, et bien là, la grande victoire de l’indépendance nationale : les présidents comoriens ont aidé à la formation d’une classe intellectuelle capable de faire fonctionner l’Etat comorien.

Un rappel : en 1988, on comptait dans le système éducatif comorien 250 professeurs étrangers et plusieurs techniciens expatriés dans l’administration comorienne. On ne trouve aujourd’hui aux Comores, sauf marginalement, ni cadre ni enseignant étranger venu combler un besoin local : les politiques comoriens ont donc réussi au moins à réduire l’ignorance.

Le combat contre la misère n’est en revanche pas encore gagné. Et ce qui rend les Comoriens particulièrement ingrats avec leurs politiques. Car c’est une évidence : l’Etat n’a pas pu construire une économie viable à même de proposer un emploi à la population comorienne majoritairement jeune d’ailleurs (âge moyen : 19 ans).

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Le seul gros employeur comorien, très recherché malgré ses faiblesses notoires, reste encore l’Etat qui croule sous le poids de ses effectifs pléthoriques : plus de 12000 fonctionnaires ! Que devrait donc faire l’ancien et nouveau président ? Il devrait d’abord choisir une équipe à la hauteur des enjeux : qui réunit son propre parti (qui l’a propulsé au premier tour), les partis qui l’ont rejoint au second tour (pour s’assurer une majorité politique au moins dans l’opinion à défaut de l’avoir à l’Assemblée nationale) et de nouveaux cadres supérieurs performants.

Il serait fort souhaitable que cette équipe soit dotée d’une culture du résultat et non de rentier.
Le président de la République et son ministre des Affaires étrangères seraient ensuite fort inspirés de travailler d’arrache-pied au maintien de la paix et de la stabilité dans le pays en rassurant tous nos partenaires.

Faut-il le rappeler ? Aucun développement économique n’est envisageable dans l’instabilité politique.
Il faut aussi amorcer un changement de mentalités dans le pays : introduire dans les esprits comoriens, en général, et dans la fonction publique en particulier, l’éthique du travail et la culture du résultat.

Il faut bâtir également un environnement juridique pro-entreprise et former une main d’œuvre qualifiée adaptée aux besoins économiques du pays.
Il faut bien sûr, urgemment, trouver des solutions aux problèmes qui pénalisent cruellement l’économie comorienne (routes et énergie).

Le but de tous ces efforts ? Attirer des investisseurs étrangers et faire émerger une classe entrepreneuriale comorienne capables de créer des richesses. Car l’Etat comorien, très modeste, ne pourra jamais, seul, résorber tout le chômage du pays.

En un mot comme en mille, la nouvelle équipe doit permettre à tous ceux qui le peuvent et le souhaitent de s’enrichir et en contrepartie d’embaucher et de payer les impôts, et ainsi créer un cercle économique vertueux. Car sans richesses, la population ne pourra que se partager la misère.

Nassurdine Ali Mhoumadi, docteur en Lettres
Abdou Katibou, docteur en économie / Alwatwan

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