Les élections législatives, celles des conseillers des îles et des communes en disent long quant à l’incapacité des leaders politiques à imposer leur vision

«Comment exiger d’un peuple qui côtoie la misère, où les jeunes n’ont pas été formés aux disciplines qui les attendent: scientifique, littéraire, juridique, administrative…». Ces mots sont extraits du discours de François Mitterrand prononcé lors d’un dîner d’État à Moroni, le 13 juin 1990. Il n’est plus besoin d’être politologue, sociologue ou expert en analyse politique pour comprendre les raisons profondes de la faiblesse de frappe des partis politiques aux Comores. Depuis l’avènement du pluralisme politique en 1990, notre pays marche à reculons.

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À l’issue de chaque élection, législative ou présidentielle, on assiste à l’effondrement des partis politiques, à telle enseigne que le peuple perd confiance à l’égard des acteurs politiques. Ces derniers sont impuissants pour influer sur la population, et le taux d’abstention inquiète plus d’un. Le triple scrutin du 25 janvier et 22 février 2015 en est la preuve tangible, et le constat laisse à désirer s’agissant de nos leaders politiques. Les élections législatives, celles des conseillers des îles et des communes en disent long quant à l’incapacité des leaders politiques à imposer leur vision afin d’en sortir la tête haute, que ce soit ceux du pouvoir central, insulaire ou de l’opposition. Aucun parti politique ne peut tout seul s’imposer sur le paysage sociopolitique. Il me semble en tirer les leçons en forçant les choses à travers le savoir, l’apprentissage et la formation des jeunes. Le scenario de 1996 se dessine même si le contexte est différent entre un Front républicain contre un Front de l’opposition. Cette guéguerre est déclarée par l’ancien Président Ahmed Sambi au cours de son méga-meeting Place Ajao à Moroni le 15 janvier 2015.mayotte

Et la réplique a été donnée par le peuple en rejetant sa rage entre les vagues de l’océan. Même si le peuple comorien compte parmi les plus pauvres du monde, il n’est pas aussi pauvre d’esprit pour déjouer les crises inutiles. Le Front républicain s’impose désormais notamment autour des partis défendant la présidence tournante, contre ceux qui réclament à cor et à cri d’autre part le contraire. Il s’agit, en effet, d’éviter de justesse au pays une nouvelle crise institutionnelle. La stabilité institutionnelle est retrouvée, mais la paix sociale est visiblement fragile quant on observe de près les revendications légitimes du peuple. Elles sont nombreuses et multiformes, que toute autorité qu’elle soit municipale, préfectorale, insulaire, juridique, législative ou étatique, ne doit plus sous-estimer, surtout après avoir entendu le cri d’alarme du peuple. L’État doit tendre la main et prêter l’oreille à la société civile pour qu’ensemble, on puisse fournir des efforts afin de répondre aux besoins de la population. Le respect des institutions est un devoir sacré pour tout citoyen.

La charpente institutionnelle mise en place cette fois-ci à la suite des élections municipales n’autorise pas l’appareil étatique à fermer les portes à double tour à d’autres institutions, au risque de créer des conflits de compétences. Les communes sont appelées à dépendre des gouvernorats par le biais des subventions, comme les gouvernorats sont liés intimement à l’autorité de l’État. Cette synergie entre institutions constitue un maillon dans la chaine. Tout de même, l’unité nationale «jamais» retrouvée (l’île sœur de Mayotte encore sous colonisation) fait de l’État, par le biais de l’autorité centrale, l’institution qui conduit la politique du pays. D’où la nécessité de doter le pays d’une politique nationale pour la formation de tout citoyen. Une telle vision importe peu à nos politiciens, qui chacun s’autoproclame candidat à la candidature pour les élections présidentielles de 2016. Et on ne nous parle même pas du bas niveau intellectuel de la population, ni de l’importance de la réforme de l’École, ni de la formation, ni de l’apprentissage de chaque citoyen.

On préfère se limiter au discours indigeste et improductif des partis politiques. Cela étant, il est plus que nécessaire de nous parler d’un autre discours pour redonner confiance à la force de frappe des partis politiques. En France, depuis des mois, on assiste à des folklores de lancement de partis politiques créés par des Comoriens de la diaspora, tandis que d’autres viennent directement des Comores et chacun se veut le sauveur du peuple.

Des déclarations à la candidature se font entendre à Paris, Marseille, Moroni, Mamoudzou, Mutsamudu et Fomboni, pendant que des acteurs politiques se serrent les coudes pour mettre en place les institutions: Assemblée de l’Union des Comores, Assemblée des îles et les Conseils municipaux, qui sont en période d’essai depuis la mise en place du Nouvel ensemble comorien. Il s’agit d’une grande contribution pour la démocratie et le développement. Lors du lancement du parti RADHI à Marseille, le 15 novembre 2014, Abdou Soefou propose comme alternative la composition de coalitions entre acteurs politiques pour dégager un programme commun et une vision politique commune. Ce qui n’est pas mauvais en soi s’il reconnaît qu’avec ses camarades, ses collaborateurs et partenaires, ils n’ont pas la solution de nos problèmes: que ce soit la question des transports internationaux, de l’état civil des Comoriens de France ou d’autres.

Oui, la démocratie est un état d’esprit et non des coalitions de partis politiques. Et les leaders politiques n’ont pas eu cette éducation de tolérance, de pardon, de dialogue et d’esprit critique puisque ils sont animés de rancune dans leur cœur. Ils sont mus par la revanche, la haine et de défiance de sorte qu’il est difficile de constituer des coalitions entre les leaders politiques. Les Azali Assoumani et Ahmed Sambi, pour ne citer que ces deux anciens présidents et leaders politiques, sont loin d’être des références pour accepter des coalitions avec d’autres partis. Pourtant, chacun a apporté à sa manière quelque chose à l’édifice du Nouvel Ensemble comorien. Le premier a prôné la stabilité et la paix, en sortant dans ses cartons la présidence tournante, et le second a sorti dans sa valise l’harmonisation des élections comme solution.

De la Loi fondamentale du 23 décembre 2001 en passant par la Constitution en 2009, le peuple a été pris au piège, et chacun se réclame porteur d’un message à la crise politique. Le pays a payé la facture et continue encore à affronter des crises. C’est dire que le chemin est encore long, si ce n’est pour assouvir les appétits de pouvoir d’une certaine classe politique. Si j’ose dire, mon ressenti par rapport à la crise séparatiste et l’aboutissement du Nouvel Ensemble comorien, au regard de la lourdeur et du poids des institutions actuelles, tous nos efforts n’ont accouché que de montagnes de misère, des dépenses monstrueuses alors que la population crie encore «au secours! Au feu!». Le mal est profond quand on exige d’un peuple qui côtoie la misère «de franchir la distance qui le sépare de la démocratie. Et pourtant comme il est nécessaire», a dit en substance François Mitterrand lors de son discours dînatoire à Moroni en mai 1990.

Il est donc temps après de mettre l’accent sur la formation, l’apprentissage, la recherche scientifique, littéraire et artistique, ressources inépuisables pour tout peuple aspirant à un développement. La réforme de l’École comorienne reste la seule alternative. C’est une nécessité qui s’impose partout ailleurs. Dans les nations développées, des fonds spéciaux de formation sont disposés pour accompagner les personnes ressources dans leur cycle de vie. Sinon comment peut-on rendre efficaces nos communes sans accompagner les administrateurs et les administrés par des formations multiformes: lancer l’esprit d’entreprenariat, la création de richesses, l’esprit citoyen et la démocratie locale. Je veux dire renforcer la base.

Abdou El Wareth Nabahane

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