Les étudiants à la recherche d’une identité

Opinion libre: Les étudiants de l’Université des Comores ont marché pacifiquement pour montrer leur soutien à deux de leurs professeurs dans les rues de Moroni. Malgré les multiples tentatives du fils d’Azali et de certains ténors du pouvoir visant à les neutraliser, ou à tout le moins à les endormir.

Le fils d’Azali, Fatihou, ersatz de Qusay Saddam Hussein, qui d’ailleurs se trouve sur tous les fronts (principal argentier de la campagne, idéologue du parti-clan-Etat, bras armé de la famille,…), a noyauté les cercles de décision des différentes coopératives et associations estudiantines.

Il les a arrosées de billets pour les corrompre, et ces dernières viennent de décider, dans une volonté de détourner l’attention des étudiants, d’organiser une soi-disant semaine culturelle de l’Université.

Cette semaine culturelle en pleine campagne électorale est une parfaite diversion. Au programme de cette manifestation, du théâtre, du slam, des conférences, dont les thématiques vont tourner autour de l’hagiographie du père de l’Université des Comores.

Le gros mensonge entretenu par le colonel putschiste fonctionne tellement bien que non seulement la majorité des étudiants croient que c’est Azali qui a créé, construit, inauguré, ouvert Mvouni, mais même ceux qui ont fait leurs études supérieures à Mvouni depuis les années 1980 sont devenus amnésiques.

Azali lui-même, après son bac, a fait ses premiers pas d’étudiant à Mvouni. À l’époque ça s’appelait ENES (école nationale d’enseignement supérieur). Et beaucoup de cadres supérieurs, de profs, de juristes, de journalistes de bonne renommée nationale, ont obtenu leur DEUG à Mvouni. Avant de partir à l’Académie militaire de Meknès Azali et sa promo ont fait Mvouni. Mais bon, la propagande officielle est en marche : avant Azali, il n’y avait rien dans le pays. Et, grâce à l’imam, le pays a connu l’émergence avant l’heure.

Les étudiants viennent de poser le premier jalon de leur Renaissance. L’acte 1 est acté. Les prochains jours s’annoncent mouvementés. Car, comme dans tous les pays du monde, les étudiants et les lycéens sont toujours aux origines des changements profonds des sociétés. Aux Comores, la première grosse révolte contre le pouvoir colonial fut un mouvement lycéen, c’était en 1968. Le pays a connu son mai 1968, mais c’était en janvier.

Puis, en 1975, toujours contre le pouvoir colonial une autre génération de lycéens avaient réussi à faire vaciller l’administration coloniale.

Et en 1989, ce n’était ni les officiers de l’armée, ni les députés, ni les leaders politiques, ni les chefs religieux et autres oulemas, ni les chefs coutumiers, qui ont eu raison de Bob Denard : ce sont les étudiants de Mvouni, et les lycéens du lycée SM Cheikh qui se sont soulevés contre les mercenaires, et qui ont engagé une guérilla urbaine contre la GP et les FAC. Et ce sont les étudiants de Mvouni et les lycéens du lycée SM Cheikh qui ont réussi à faire plier Denard et à le faire partir.

La marche bon enfant d’aujourd’hui présage un sursaut qui risque de faire dégager le colonel putschiste Azali et son clan. La prise de conscience s’opère de jour en jour, et l’heure de la révolte va bientôt sonner.

Les étudiants commencent à ne plus avoir peur. Avec la force des étudiants, qui se greffera sur la colère des Comoriens d’en bas, et lemécontentement des classes moyennes, les nuages annoncent un vrai printemps.
La peur doit et va changer de camp.
Abdourahmane Mahamoud.

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