"Les Italiens retrouvent la passion de la politique"

Jour de vote en Italie. La section du parti démocrate (PD, centre gauche) de la Via dei Giubbonari dans le centre historique de Rome respire le bon ton bourgeois-bohème de ses adhérents et la nostalgie. Aux murs, des photos d’Antonio Gramsci, le fondateur du PCI, et  d’Enrico Berlinguer, son charismatique secrétaire générale du Parti communiste italien  (PCI) rappellent le long et tortueux chemin de la gauche italienne passé du marxisme au  réformisme d’aujourd’hui.

Ezio Dimonte, fait la queue comme tout le monde. 70 ans, venu du PCI, il a connu le Parti démocratique de la gauche, puis les Démocrates de gauche et aujourd’hui le PD. Les désillusions cinglantes, les espoirs, les défaites. « C’est une grande occasion pour la  politique, explique-t-il. Le parti retrouve la société civile, vu le discrédit de la politique  aujourd’hui, c’est miraculeux. L’affluence prouve que tous les politiques ne sont pas  égaux. » Maria Pia Zatella, volontaire pour surveiller les opérations de vote : « Les gens  retrouvent la passion de la politique, après vingt ans de berlusconisme. Ils veulent  redevenir protagonistes de leur destin. » Selon les sondages, entre 2,5 et 3,5 millions de  personnes pourraient participer au scrutin qui sera clos dimanche à 20 heures.

A l’intérieur, dans une première salle une dizaines de personnes enregistrent les électeurs. Chacun d’eux doit présenter une pièce d’identité, une carte d’électeur, et glisser deux euros dans une boite en carton ornée de la photo des candidats au centre de la table. Ils doivent également signer une charte « Italia bene comune » (Italie bien commun) dans laquelle ils s’engagent à défendre « une société de paix, de liberté, d’égalité, de laïcité, de justice et de solidarité ». Ils déclarent également « vouloir mettre fin la longue période du berlusconisme et combattre toute forme de populisme ». Puis on passe au vote, dans la pièce à côté. L’opération ne dure pas plus de 15 minutes.

Cinq candidats se présentent devant les sympathisants de la gauche. Pierluigi Bersani, secrétaire général du PD venu lui aussi du PCI, 61 ans, fait figure de favori selon les sondages. Son challenger pourrait être son fils. Il a 37 ans. Maire de Florence, il a découvert à la politique dans les rangs des soutiens de Romano Prodi en 1996. Il ne jure que par Obama et ses adversaires l’ont caricaturé en centriste libéral, proche des milieux d’affaires. Nichi Vendola, le gouverneur de la région des Pouilles est un « ovni italien ». Inimaginable de voir ailleurs qu’ici un homme politique à la fois catholique fervent, homosexuel déclaré et fidèle à l’engagement marxiste de sa jeunesse. Deux autres candidat, Bruno Tabacci, venu des rangs de feue la Démocratie chrétienne et Laura Pupatto, une élue locale de sensibilité écologiste, se partagent l’affiche.

« Il y avait du monde dès 8 heures à l’ouverture du bureau, raconte Maria Pia Zattella. Mais il y en aura plus encore dans l’après midi et dans la soirée quand les Romains sortiront pour leur traditionnelle ‘passeggiata’ (promenade) dans les rues de Rome. » Dehors, les caméras des chaines de télévision filment ce petit moment de démocratie heureuse et pacifiée.

Philippe Ridet




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