Les Marseillais d’origine comorienne otages des agences de voyages

Des Marseillais d’origine comorienne manifestent leur colère envers l’agence de voyage qui leur a vendu des billets d’avion de la compagnie Yemenia, le 1er juillet 2009. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

SOCIETE – Une nouvelle fois, des Marseillais d’origine comorienne se sont fait arnaquer par une agence de voyages qui leur proposait des tarifs alléchants…

Ils sont enfin rentrés. Les 280 Français d’origine comorienne, dont la plupart étaient Marseillais, ont été rapatriés mardi après avoir été bloqués plusieurs jours à Moroni. Partis en juin pour des vacances, ils se sont retrouvés bloqués dans la capitale des Comores après que l’agence de voyages Méditerranée Europe Tourisme (MET), basée dans la cité phocéenne, qui leur avait délivré les billets, eut annulé tous les retours, et annoncé son dépôt de bilan. Face à l’insolvabilité de l’entreprise, c’est l’État qui du prendre en charge leur billet retour jusqu’à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris. Les familles ont ensuite dû payer le train pour rejoindre Marseille.

L’agence MET, qui proposait des allers-retours à 1.190 euros contre 1.780 euros au tarif normal, aurait ajouté à l’arnaque une autre manipulation. «L’agence s’était affichée avec des familles des victimes du crash de la Yemenia, s’insurge Nassurdine Haidari, président du conseil représentatif des Français d’origine comorienne et élu socialiste à la mairie du 1er secteur. Elle en avait même engagé certains. Du coup, les Comoriens se sont dit qu’elle ne pouvait pas les escroquer et ont abaissé leur niveau de vigilance. L’agence a joué sur une corde très sensible, c’est lamentable.»
Le vol 626
Le 30 juin 2009, le vol 626 de la compagnie Yemenia se crashait dans l’océan Indien, faisant 152 morts et un seul survivant, une adolescente de 14 ans. À son bord, beaucoup de Marseillais, dont les familles attendent toujours des indemnisations. Le drame avait été durement ressenti dans la cité phocéenne où vivent environ 80 000 Comoriens – et qui fait de Marseille la première ville des Comores. «J’ai entendu dire effectivement que des gens concernés par ce crash travaillaient dans cette agence, confirme Ismaël Aboudou, président de l’Union des Comoriens de France . Si c’est vrai, l’argument a sans doute fonctionné auprès des familles.»
Ce n’est pas la première fois que des Français d’origine comorienne sont victimes d’arnaques de la part d’agences de voyages qui proposent des tarifs alléchants puis mettent la clé sous la porte. En 2010 par exemple, 800 vacanciers s’étaient retrouvés bloqués à Moroni, floués par l’agence France Comores Voyages. Celle-ci avait affrété des vols auprès d’Air Madagascar mais n’avait reversé que la moitié de l’argent perçu. Résultat: la compagnie nationale malgache avait refusé d’assurer les vols retours.
Le litige Mayotte
«Cela arrive chaque été, en effet, confirme Ismaël Aboudou. Il fut un temps où il fallait 6 ou 7 avions pour rapatrier tous les vacanciers. Certains ont même été coincés aux Comores jusqu’en octobre avec tout ce que cela implique en terme de pertes d’emplois ou de déscolarisation des enfants.» Il se dit prêt, avec son association, à aider les victimes de la MET à se constituer en collectif pour porter plainte, tenter de récupérer une partie de l’argent investi et déterminer les responsabilité.
«Nous avons déjà alerté les autorités françaises sur ces sociétés qui naissent en avril ou en mai pour proposer des voyages dès juin, expose Ismaël Aboudou. On peut s’étonner qu’il soit aussi facile de monter une agence de voyages, ramasser de l’argent et disparaître ». Pour Nassurdine Haidari, la responsabilité est aussi à chercher de l’autre côté de l’Océan Indien: «Ces escroqueries continueront tant que le gouvernement comorien ne prendra pas ses responsabilités. Il faut qu’il cesse de donner des accréditations à tout va et se préoccupe un peu plus de la diaspora qui crée toute la richesse.»
Pour que les deux États coopèrent, encore faudrait-il qu’ils «dépassent le litige de Mayotte», soupire Ismaël Aboudou. En mars 2009, l’île a choisi, par référendum, de devenir le 101e département français. Les autorités comoriennes continuent, elles, de revendiquer sa souveraineté.
 Mickaël Penverne
Source:20minutes.fr
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