En ce moment

Lettre à Amina, la femme du journaliste Oubeidillah Mchangama

Chère Amina,

Très chère soeur,

J’espère que cette lettre te trouvera en bonne santé. Avec un moral de fer.

Nous membres de Mvukisho Ye Masiwa t’adressons ce courrier pour te dire que nous ne t’ oublions pas et sommes de tout coeur à tes côtés. Tu es comment dire … Tu es assez étonnante, exceptionnelle. Ce sourire eclatant, ce poing rageur levé vers le ciel, c’est tout toi. Tu te caractérise par un tempérament de feu, par une personnalité forte au caractère bien trempé. Tes prises de paroles, souvent directes, peuvent parfois agacer et heurter car tes mots, tes reflexions interpellent nos certitudes, nous renvoient à nous mêmes, a nos propres contradictions.

Ta liberté d’expression résonne comme une dissonance dans un environnement comorien où l’ensemble des discours privés comme institutionnels sont censés être accordés, harmonieux. Si tu peux parfois être maladroites, cassante, tu sais aussi te remettre en cause car ce qui guide tes mots et tes actions c’est avant tout ton coeur. Et il est d or.

Tu détestes par-dessus tout l’hypocrisie, le mensonge, la fausseté et les injustices. De tes prises de positions Place de la République avec le mouvement citoyen Ufahari wa Komori pour le rétablissement d’un État de Droits aux Comores, en passant par ton implication dans notre association Mvukisho Ye Masiwa ou encore au sein de la Troupe des Watrotro, c’est presque sans surprise que nous te retrouvons aujourd hui en mouvement au pays de tes ancêtres pour aller célébrer ton mariage avec ton mari Oubeidillah Mchangama.

Aussi brillante et intelligente que tête brûlée, tu nous prouves ici que ton discours engagé est en adéquation avec tes actes, tes principes, tes convictions. Entière tu es et quand tu crois en une cause juste tu l’embrasses pleinement pour la défendre coûte que coûte. Telle une Lionne.

Tu es parti rejoindre ton bien-aimé, ton mari. Nous te felicitons pour ton union. Nous vous félicitons. Alhamdulillah.

L’Amour est plus fort que tout et aucun barreau, aucun régime dictatorial aussi puissant soit-il, aucun mur ne peut empêcher deux êtres de s’aimer. Insh Allah ton mari Oubeidillah Mchangama recouvrira sa liberté. Il n’ y a pas de raison qu’ il en soit autrement.

Arrêté le 30 novembre dernier alors qu’ il couvrait dans l’exercice de son métier de journaliste une manifestation de femmes en colère à Moroni sur l’ile comorienne de Ngazidja, ton conjoint Oubeidillah Mchangama croupit injustement en prison et ce depuis le 3 décembre 2019.

Nous exigeons sa libération sans condition. En enfermant un innocent, les autorités comoriennes démontrent ici une grande lâcheté et pensent sans doute bâillonner toute liberté de penser, de rassemblement, d opinion. Pour quelle(s) raison(s) enferme t-on un journaliste ? S’agit il ici d’empêcher un mariage entre deux enfants des Comores reconnus comme deux combattants de la liberté ?

De quel droit d’ailleurs des hommes peuvent ils se prévaloir d’un pouvoir les autorisant à rendre prisonnier, sans procès, des hommes et des femmes nés libres et épris de justice et d équité ?

Qu’ est-ce qui peut bien guider un pouvoir à humilier sa jeunesse de la sorte ?

Souhaite t-il faire un exemple en incarcerant un petit-fils de Masimu, Madi Patiara et Mtsala ?

Ceux qui ne courbent pas l’echine devant la toute puissance du prince, de ses courtisans et des valets du regime doivent ils craindre pour leur intégrité physique et leur liberté de conscience ?

Il faut croire qu’Amina et Oubeidillah remettent au goût du jour des valeurs comme l’Abnégation, la Résistance, la Détermination, l’Amour, la Justice, l’Honneur, la Solidarité, la Foi, la Volonté, le Respect, l’Honnêteté intellectuelle et Morale, la Liberté, la Solidarité et tant d autres principes.

A ce rythme-là c est toute une jeunesse entière de Ndzouani, à Maore, en passant par Ngazidja et Moili sans parler de ces enfants nés aux Amériques, en Asie, en Arabie, en Europe où sur le continent africain qu’ il va falloir enfermer. Bon nombre d entre eux aspirent un jour à rentrer pour apporter aussi leur savoir-faire au pays afin de le faire grandir et pour contribuer à son développement durable.

Amina la Lionne que tu es ne manque ni de convictions, ni de forces et de courage. Cependant nous t’envoyons quand même de la force, du courage et beaucoup d’amour et de prières.

« Ils ont essayé de nous enterrer mais ils ne savaient pas que nous étions des graines », proverbe mexicain.

« Chaque génération à dans une relative obscurité une mission à accomplir ou à trahir », Frantz Fanon

Unité

Solidarité

Développement

Vendredi 6 décembre 2019

Mvukisho Ye Masiwa

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*