En ce moment

Lettre aux officiers de l’armée comorienne

Tribune: Mesdames et messieurs les officiers de l’armée comorienne.
Il m’incombe la responsabilité de vous écrire, en ces heures graves de notre histoire, pour vous rappeler à l’ordre de vos missions, le seul ordre que vous êtes tenus à respecter en termes de droits et de devoirs.

Lorsque vous vous êtes engagés à porter l’uniforme que vous offre la république, vous avez mis, consciemment, votre vie au service la nation, nous ne pouvons que saluer votre bravoure et votre dévouement à la patrie.
Cependant, je me permets de vous le dire, vous êtes en ces derniers temps dépossédés de vos missions historiques, celles qui ont été précisées dans la loi numéro 97/10AF portant création, missions, organisation et fonctionnement de l’Armée Nationale de Développement.
Dans l’article 2 de cette loi, vos missions ont été citées, noir sur blanc, et il est incompréhensible que vous soyez amenés à les ignorer et pire, à les bafouer à coups de mitrailles.

Il vous a été assigné d’être au service de la nation et non au service d’un homme. Comment avez-vous accepté de passer outre cette mission au point de devenir une milice politique à la solde d’une faction?
Il vous a été demandé clairement de préparer et d’assurer, en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes formes d’agressions la sécurité, la défense de la partie et des intérêts supérieurs de la nation ainsi que la sauvegarde de la population.
Comment se fait-il que vous transgressiez cette lourde mission au point de tourner vos fusils contre cette population que vous étiez censés sauvegarder?

Parmi les nobles missions qui vous sont confiées, il a été insisté sur votre contribution à l’édification du processus démocratique et à la consolidation de l’état de droit.
Vous êtes en train de trahir cette mission en acceptant de vous en prendre violemment aux responsables politiques de l’opposition, à réprimer les manifestants pacifiques et à arrêter les acteurs de la vie démocratique. Et maintenant, par nos armes, vous vous plaisez à percer le cœur de nos cités, à violer notre honneur légendaire, comme ce que vous venez de faire à la ville de Ntsudjini, toute honte bue, le jour glorieux de notre indépendance.
Que vous arrive t-il pour quitter votre noble rôle de défense de l’ordre républicain pour une posture d’oppresseur à tel point que vous soyez, pour le moment, le visage de la peur, les bras de la tyrannie et les exécuteurs de la répression ?

Mesdames et messieurs les officiers, je vous demande d’oser le courage. Si vous consentez à troquer votre uniforme contre la veste politique, osez le courage de vous battre sans nos armes, le courage d’épargner nos valeureux soldats de cette haute trahison à la nation et le courage de vous préparer à affronter la justice pour avoir choisi d’être au service d’un homme contre le peuple.

Il n’est pas trop tard pour vous ressaisir, mesdames et messieurs les officiers, de vous remettre au service de la république, de refuser de faire couler le sang et les larmes de ce peuple qui vous a fait des hommes et de femmes de courage et de valeur.
Ce peuple qui vous paie. Ce peuple qui vous nourrit. Ce peuple qui vous habille. Ce peuple qui vous arme pour sa protection. Ce peuple que vous êtes amenés à martyriser.
Moi j’ose vous dire de refuser d’obéir dès lors qu’il s’agit de servir aveuglément la dictature qui met à terre notre cher pays et c’est le peuple qui vous saluera au garde à vous.

Connaissant la culture de soumission qui vous est inculquée depuis des décennies, je parie que votre réaction à cette lettre sera de vous demander ce que je cherche en liberté et que vous jurerez de me faire subir ce à quoi vous excellez, à moi ou à mes proches.
Pour votre gouverne, comme beaucoup d’autres patriotes, j’ai déjà vécu cette épreuve avec les mercenaires et ce n’est pas pour autant que j’ai renoncé à me battre pour notre cher pays.
Qu’il vous soit contraint de vous mettre en émulation avec les forfaitures de ces affreux, c’est votre choix même s’il n’est pas respectable.
Mais, s’il vous plaît mesdames et messieurs les officiers, si vous êtes dans l’impuissance de dire non à la répression de votre peuple, déposez nos armes si non, attention! Attention.

Dini Nassur

La Rédaction

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*