L’héritage soilihiste « ye tarehi ndo hakim »

Quel usage peut on ou doit on faire de l’héritage politique de la révolution soilihiste ?
Mon intention n’est pas de faire à travers ces lignes le bilan des deux années et demi de révolution politique, culturelle, sociale et économique.
L’objet de cette chronique est de poser deux affirmations qui me semblent évidentes.

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Le jour où il dit que « ye tarehi ndo hakim », seule l’histoire est juge de nos actes, il ne put si bien dire.
Ma première affirmation est de reconnaître les progrès constatés dans la société comorienne d’aujourd’hui en matière d’égalité ;  entre les hommes et les femmes, entre les urbains et les ruraux, entre la notabilité et la jeunesse, entre les travailleurs manuels et les fonctionnaires des administrations, etc.
D’autres combats sont à mener, bien sûr. Mais reconnaissons que nul pays au monde n’a vu sa jeunesse, ses femmes et ses ruraux prendre le pouvoir politique, économique et social en seulement une décennie.

Ceux qui sont nés après les années 70 doivent savoir que le pouvoir politique fût détenu par des natifs de Moroni, Iconi, Mitsamiouli, Foumbouni, Mbeni, Domoni et Mutsamudu. Aucune femme ne put devenir ministre et il fallait approcher la cinquantaine et montrer patte blanche de « grand marié » pour être pris au sérieux et considéré comme intelligent et intégré dans le cercle fermé « des personnes responsables ».
Je voulais rappeler, si besoin était, qui  pouvait exercer le pouvoir à Moroni avant cette révolution qui n’a duré que de 1975 à 1978.
Allez savoir qui faisait commerce sur la place de Moroni ? Quelles étaient leurs origines sociales ?
Cette même affirmation reconnaît l’apport de la révolution soilihiste dans le timide mais évident changement des mentalités dans notre société.
L’attaque frontale qu’il a perpétrée contre « le Mila nantsi wugangi » a produit ses fruits. Nombreux sont les Comoriens qui  raisonnent de façon rationnelle face aux problèmes de la vie. Désormais nous consultons plus le médecin que le moilimou. Nous investissons de plus en plus de moyens et d’argent pour nous soigner y compris à l’étranger au détriment des sommes accordées aux sorciers et aux différents charlatans.
Je ne déclare pas que la société comorienne est devenue cartésienne, pour autant, grâce à la révolution soilihiste. Reconnaissons toutefois qu’il y a tout de même d’énormes avancées à plusieurs niveaux dans nos pratiques culturelles et sociales.
Ma seconde affirmation pose par conséquent la pertinence de l’usage de cet héritage pour le développement des Comores d’aujourd’hui et surtout de demain.

Est il pertinent de prendre en compte le riche héritage politique et surtout économique de la révolution soilihiste pour en faire le projet de société de demain ?
Il nous a laissé un plan quinquennal dans lequel s’inscrivent une profonde réforme agraire, une organisation administrative et étatique, une politique du commerce intérieur et d’exportation, une grande ambition en matière de production agricole, pêche et en matière de transformations agroalimentaires.

Des objectifs nationaux en matière d’enseignement, de santé pour tous, et d’autosuffisance alimentaire étaient chiffrés et bancables.
Enfin, cette révolution voulut se donner les moyens de garantir une vraie indépendance pour le pays notamment en mettant en place une ambitieuse politique de formation des cadres.

Mon analyse se voulait succincte mais cherchait à poser cette triple question.
– « Est-ce que le projet de société que nous avait proposé Ali Soilihi dans les années 70 est-il applicable dans la société comorienne d’aujourd’hui ?
– Si oui, est-il applicable en l’état ?
– Enfin, selon toutes hypothèses, y a t-il les femmes et les hommes épris de justice, d’humilité, de modestie et d’amour désintéressé pour le pays pour porter un projet soilihiste remis à jour ?

Said Halifa

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