L’intégrité territoriale, un consensus trahi ?

Par Ahamada Hamadi (*)

La géopolitique régionale et ce monde furibond laissent poindre des bouleversements et des réorganisations que toute entité de notre zone se doit de percevoir et de maîtriser pour espérer exister et compter. Les grandes manœuvres sont là, en action souterraine depuis longtemps, aux mains d’architectes combattants de l’ombre, férus de malice et grands maîtres dans la manipulation.

La question de Mayotte, véritable préoccupation pour toutes les parties prenantes de la région, est un grain de sable, un cheveu dans la soupe qu’il faut écarter parce que difficile à éviter. Elle est aussi une opportunité, une chance pour certains, pour la destination recherchée et attendue.

En Union des Comores, cette cause est sacrée. Elle est nationale. Elle est citoyenne. Elle est un goulot d’étranglement pour la survie du pays. Elle est un garrot encrassé qui bloque développement, émancipation et épanouissement. Mais, dans son approche, chacun y va de sa musique, ce qui est normal, avec, faut-il le souhaiter, la même orchestration, la même envie, le même désir, emporté par la saveur de son contenu, enivré par le parfum de son impact, ici et là-bas.Mais, peut-elle être un instrument ? La tentation existe. D’aucuns pensent qu’elle est un marche-pied. On refuse de l’imaginer vraiment par dégoût, de le croire par éthique, de le dénoncer par peur de singularité.Nombreux regardent, observent et s’inquiètent.

Depuis une quarantaine d’années, rien de concret, aucun début de solution dans la recherche toujours lente et épuisante d’une issue à cette crise n’est sorti des contacts, des pourparlers, des rencontres entre l’Union des Comores et la France. Au-delà du rapport de force entre les deux protagonistes, on peut se demander si nous autres Comoriens, l’élite en particulier, sommes sincères dans la revendication de la comorianité de Mayotte, si nous croyons sincèrement à son retour pour nous y investir avec cœur et raison. Est-ce qu’on fait semblant pour plaire à la population ou s’engage-t-on pour réussir ? La revendication est-elle à la mode pour bien évidemment vouloir seulement être de la partie ? Dire cela est pour quelques-uns un sacrilège. Bien sûr, j’entends déjà les indignations, les interrogations, les accusations. Comment peut-il ? Au nom de quoi ? Quelles sont les preuves ? Qui vise-t-il ? Qui veut-il jeter en pâture ? Donnez des noms ! Je propose de nous calmer.Ne nous interdisons rien dans le débat. Secouons le cocotier et assoyons-nous pour parler franchement. La passion et l’émotion ne sont jamais les meilleurs compagnons de la sérénité et de la rationalité. Je pose seulement une question toute naïve. Quel est le profil de la plupart de ceux qui, jusqu’à aujourd’hui, sont dans les cuisines de cette question ? Quel est leur parcours ? Qui sont-ils vraiment ?Je suis toujours admiratif et séduit par la verve et souvent la hargne de certains, quand ils ont Mayotte comorienne dans la bouche. D’aucuns font preuve d’un équilibrisme patriotique enviable pour ne pas laisser leur part de francité inonder leur comorianité. Ils ont leurs deux patries en conflit. Ils choisissent de porter les intérêts comoriens. Tant mieux. D’autres, à l’unique nationalité comorienne,en représentation ou en citoyen,en parlent mais ont des comportements et des fidélités qui sèment le doute et créent un trouble. Ils influent sur l’orientation de la stratégie comorienne pour ensuite se retrouver de l’autre côté en collusion flagrante.

Dans un pays où on a fini par être convaincu que les carrières nationales se font et se défont par l’étranger, qu’on ne peut être dans la lumière que lorsque le projecteur est hors des frontières, comment être patriote sans perdre des plumes, sans être rejeté dans les marges ? Je ne discrédite pas la double nationalité. Je dénonce la versatilité de l’éthique, l’effondrement de la rectitude, la loyauté évanescente et souvent à géométrie variable quand on prétend servir son pays et défendre ses intérêts.On ne travaille pas pour son pays quand on ne croit en rien, quand on ne partage pas ses défis et ses espérances, quand on veut se servir au lieu de servir. Cette forme de mercenariat, badigeonné de patriotisme, huilée par la malice existe. Elle cause du tort à notre pays. Les ennemis de l’intérieur sont souvent les plus dangereux.

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(*) Diplomate de formation, l’ambassadeur Ahamada Hamadi a été secrétaire général du ministère des Relations extérieures et conseiller du président de l’Union des Comores

1 commentaire sur L’intégrité territoriale, un consensus trahi ?

  1. Je ne suis pas fière de vous on a pas le choix c est tout. Vous êtes tous des gros cons imbéciles qui ruinent son peuple. Allez-y pourrir en enfer. RIBA TOUT. politique politique plutôt criminels.

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