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Madagascar : quand Marc Ravalomanana joue avec le feu

Grand perdant de l’élection présidentielle au vu des résultats provisoires complets qui seront dévoilés le 27 décembre, Marc Ravalomanana a appelé ses partisans à une grande mobilisation samedi 29 au cœur de la capitale. Une provocation dangereuse.

Il n’a même pas attendu l’annonce des résultats provisoires complets, ce 27 décembre à 16h, pour rejeter l’issue du scrutin. Se sachant perdant, dénonçant une élection « non crédible » et « non transparente », Marc Ravalomanana a appelé ses partisans à se rassembler le 29 décembre sur le parvis de l’Hôtel de ville d’Antananarivo – que dirige sa femme – pour exprimer leur refus des résultats. Si on se doutait que le candidat n°25 serait mauvais perdant, cette initiative est gravement irresponsable car elle risque d’envenimer un scrutin qui s’est déroulé dans le calme.

Inquiétude

L’inquiétude monte face à cette détermination à nier l’évidence. Les marchands qui occupent le parvis de la mairie de la capitale ont été sommés de partir. Son équipe, qui se trouve toujours au siège de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), continue son travail de confrontation des PV, sans communiquer au sujet des soi-disant preuves de manipulation. Marc Ravalomanana est allé jusqu’à demander à la Céni de surseoir à la proclamation des résultats provisoires complets pour un recomptage total des voix !

Dès la proclamation de ces résultats, le candidat déchu compte déposer des requêtes – dont on ne connaît ni le nombre, ni les motifs – auprès de la Haute Cour constitutionnelle dans un délai de deux jours. S’agit-il d’un simple effet d’annonce ? Il est permis de le penser, alors qu’il n’avait pas contesté les résultats du premier tour, qui l’avaient vu arriver en deuxième position…

Attitude va-t-en-guerre

Cette attitude va-t-en-guerre n’est pas sans rappeler la crise électorale de 2002 causée par le passage en force de Marc Ravalomanana, autoproclamé président alors qu’il aurait dû se confronter à Didier Ratsiraka au second tour. Qui a oublié que la crise de 2009 trouve son origine dans la politique autoritaire de l’ancien Président, marquée par l’emprisonnement d’opposants, la fermeture de sociétés et d’usines et la censure ? A l’évidence, il a été le premier responsable du soulèvement populaire qui a mené Andry Rajoelina au pouvoir.

Sera-t-il l’instigateur d’une troisième crise en 2018 ? De la contestation à la révolte, il n’y a qu’un pas. En s’apposant ainsi à la Céni et à la communauté internationale, il risque ni plus ni moins de mettre en danger la paix dans le pays. Si c’était l’élection de la dernière chance pour lui, espérons qu’il n’entraîne pas le peuple malgache dans sa chute.

Guillaume Lafargue
Chercheur/Journaliste
Paris et Antananarivo

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