Mali : Diango Cissoko, nouveau Premier ministre

12 décembre 2012

Mali : Diango Cissoko, nouveau Premier ministre

Capture d’image de la télévision ORTM montrant le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra annonçant sa démission, le 11 décembre 2012 à Bamako ©AFP

BAMAKO (AFP) – (AFP)

 Le
Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra a été
contraint mardi à la démission par d’anciens
officiers putschistes hostiles à une intervention
étrangère contre les islamistes qui occupent le
Nord du Mali, et le président par intérim a
désigné son successeur.

Selon un décret lu par la chaîne de
télévision publique malienne ORTM, le
président par intérim, Dioncounda Traoré, a
nommé au poste de Premier ministre le médiateur de
la République, Diango Cissoko.

Agé de 62 ans, M. Cissoko était médiateur de
la République depuis mai 2011.

« La priorité, c’est la récupération du
nord et l’organisation des élections (…) Je veux
faire un gouvernement d’union nationale », a affirmé
mardi soir à l’AFP le nouveau Premier ministre.

M. Diarra a annoncé à l’aube sa démission et
celle de son gouvernement après avoir été
arrêté dans la nuit par une vingtaine de
militaires, sur ordre du capitaine Amadou Haya Sanogo, chef
de l’ex-junte qui avait renversé en mars le
président Amadou Toumani Touré.

M. Diarra a fait cette annonce au cours d’une brève
allocution à la télévision malienne, sans
fournir d’explications.Il se trouvait mardi en
résidence surveillée chez lui à Bamako, selon
un membre de sa famille.Les habitants de la capitale
vaquaient normalement à leurs occupations.

 Le départ forcé du Premier ministre survient
au lendemain de la décision de l’Union européenne
d’envoyer au Mali 400 militaires début 2013 pour former
l’armée malienne en vue de rétablir le
contrôle de Bamako sur le Nord du pays, occupé
depuis huit mois par des islamistes armés.

Cet envoi
sera la première concrétisation d’un engagement
étranger sur le terrain, alors qu’est attendu avant
Noël un feu vert de l’ONU sur le déploiement d’une
force internationale.

Le capitaine Sanogo, chef des putschistes, a justifié
son action mardi soir dans un entretien à la
télévision publique malienne.

 « Rien ne marchait » avec M. Diarra comme Premier
ministre, « au lieu d’être le chef d’équipe
pour conduire, il était quand même le point de
blocage », a affirmé le capitaine Sanogo à
l’antenne de l’ORTM.

Le capitaine Sanogo assure que l’ex-Premier ministre « va
très bien », « qu’il est chez lui depuis hier
soir ».Il dément que M. Diarra ait été
placé en résidence surveillée à son
domicile comme l’a affirmé à l’AFP mardi matin un
membre de la famille de M. Diarra. »Il n’est ni
arrêté ni en résidence surveillée »,
a déclaré l’officier.

Le capitaine
Sanogo a par ailleurs démenti être
« opposé » au déploiement d’une force
internationale dans le nord du Mali. »Nous ne nous
sommes jamais opposés à quoi que soit (…) Nous
en avons besoin tant que ça peut sauver des populations
maliennes », a-t-il déclaré.

Le nouveau coup de force des putschistes survient alors que
le Mali et la Communauté économique des Etats
d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont demandé au
Conseil de sécurité de l’ONUd’autoriser rapidement le
déploiement d’une force internationale de 3.300 hommes
dans le pays.

Lundi, l’UE a mis sur les rails sa mission de 400 militaires,
dont 250 formateurs qui devront dès le premier
trimestre 2013 réorganiser une armée malienne en
piteux état depuis sa débâcle face aux
groupes armés.

Alors que M. Diarra s’était prononcé à
plusieurs reprises en faveur d’une intervention
étrangère rapide, le capitaine Sanogo, devenu chef
d’un comité de réforme de l’armée, l’avait
acceptée du bout des lèvres, disant
préférer compter sur l’armée malienne pour
reconquérir le Nord.

La démission de M. Diarra sous la pression des
putschistes a suscité la réprobation en Afrique et
en Occident.

La Cédéao « condamne tout agissement, en
particulier celui de militaires, contre toute
personnalité de la transition » au Mali, a
déclaré à Abidjan le président de la
commission de cette organisation, Désiré
Kadré Ouédraogo.

 Elle a appelé à ce que la sécurité
de M. Diarra soit assurée. »Nous tenons ceux qui
entraveraient ses mouvements pour responsables de sa
sécurité », a déclaré à l’AFP M. Ouédraogo.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon
s’est lui déclaré « troublé » par le
coup de force et a « appelé une nouvelle fois à
la fin de l’ingérence des militaires dans la politique ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est dit
« prêt à envisager des mesures
appropriées, dont des sanctions ciblées contre
ceux qui empêchent la restauration de l’ordre
constitutionnel et agissent pour miner la stabilité du Mali ».

Sur la même ligne, le département d’Etat
américain a « condamné cet acte commis par la
junte militaire », qu’il a exhortée à
« cesser ses ingérences perpétuelles dans les
affaires politiques et gouvernementales maliennes ».

L’UE a appelé l’armée « à cesser
d’interférer dans la vie politique », et la France a
demandé la formation rapide d’un « nouveau
gouvernement représentatif ».

Ce nouvel épisode de la crise au Mali prouve la
fragilité des autorités civiles de transition.

La France et les Africains souhaitent une adoption rapide
à l’ONU de la résolution sur le déploiement
de la force internationale, mais Washington doute des
capacités du Mali et de ses voisins à mener à
bien l’opération.



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