Mauritanie: le soldat qui aurait tiré par erreur sur le président livre son récit

Mohamed Ould Abdel Aziz, le 14 janvier 2012. AFP/ FETHI BELAID
Mohamed Ould Abdel Aziz, le 14 janvier 2012.
AFP/ FETHI BELAID

Le 13 ocobtre dernier, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz était blessé par balle en revenant vers Nouakchott. Certains Mauritaniens, les leaders de l’opposition en tête, continuent à dire leur scepticisme face à la version officielle présentant la fusillade comme une erreur. Une version pourtant confirmée, dimanche à la télévision nationale, par le lieutenant Ould Hmeida, qui s’est présenté comme l’auteur des tirs. Il était interviewé en compagnie du porte-parole de l’état-major, le colonel Teyib.

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Assis dans des fauteuils, les deux hommes en tenue militaire font face au journaliste. Pendant les 17 minutes d’interview, le lieutenant Ould Hmeida, un officier de l’armée de l’air, paraît décontracté.

Première précision apportée : le président n’aurait pas forcé de point de contrôle. D’après son récit, le lieutenant et son unité étaient en entraînement, à 40km au nord de Nouakchott. Vers 20 h, l’officier était au repos et en T-shirt.

Alors qu’il scrute l’horizon, des voitures arrivent de l’Est à grande vitesse, sur une piste. Il les trouve suspectes, saute dans son véhicule personnel avec un soldat, parvient à couper la route au premier véhicule, lui fait signe de s’arrêter, arme à la main. Le véhicule semble obtempérer.

La suspicion du lieutenant grandit car les passagers sont enturbannés. Le véhicule redémarre soudain. Malgré des tirs de sommation, la voiture accélère et s’éloigne. Le lieutenant vise alors, dit-il, les pneus. Il informe ensuite ses supérieurs de l’incident et n’apprendra que plus tard que le président était au volant de la voiture visée.

« Dans ces conditions, personne ne se serait arrêté », souligne le colonel Teyib, rappelant que l’officier et le soldat étaient armés mais pas en tenue, leur voiture banalisée et immatriculée à l’étranger.

Deuxième précision : le lieutenant n’a pas été sanctionné. Une reconstitution a été faite juste après les faits et l’officier a été entendu par l’état-major. Pour le colonel Teyib, il a manqué, sans doute par inexpérience, de professionnalisme mais ses intentions étaient bonnes. Avec ce témoignage, les autorités entendent sans doute mettre fin à toute rumeur d’attentat ou attaque terroriste.


Les doutes de l’opposition

La coordination de l’opposition démocratique ne croit pas à cette version. La COD estime par ailleurs qu’avec l’absence prolongée de Mohamed Ould Aziz actuellement en soin en France, le pays se trouve face à un vide juridique, explique son président, Saeh Ould Hennena.

« Je déclare que c’est un menteur ! Ce qu’on exige c’est qu’il y ait une enquête sérieuse, qui donnera l’occasion au peuple mauritanien de connaître la réalité de ce qui s’est passé ! On a avancé une hypothèse que c’est une erreur, et c’est tout ! Même si c’est une erreur ça n’exclut pas qu’il y ait une enquête sérieuse ! (…) Le président a subi au moins une opération chirurgicale. Depuis que l’incident a eu lieu, on a eu qu’un bulletin de santé.

Donc dans ce cas, je crois qu’il est vraiment raisonnable de se demander qui gère le pouvoir. Est-ce que lui, il est en mesure de gérer le pouvoir à partir de l’hôpital ? On dit qu’il a subi une deuxième opération. C’est vraiment… Il y a énormément de questions dans les rues mauritaniennes. Normalement, dans de tels cas, l’une des instructions doit saisir le Conseil constitutionnel de l’état de santé du président, qui doit engager la procédure constitutionnelle ! Le président du Sénat doit le remplacer ! Au moins il y a une délégation de pouvoir ! »

RFI

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