MAYOTTE : La bombe à retardement explose

 

Affichez votre publicité sur Comores infos: Cliquez ici pour en savoir plus

« Que veulent les Anjouanais ? Les Anjouanais veulent un lycée… Que veulent les Mohéliens ? Les Mohéliens veulent un lycée… Que veulent les Comoriens ? Les Comoriens veulent un lycée… » C’est ce que chantaient les femmes qui manifestaient à Koungou ce jeudi et barraient la route.
Depuis plus de 15 ans, les ministres se succédaient à Mamoudzou, ils visitaient « la plus grande maternité de France », qui accueillait de 5 à 10.000 naissances par an. Et le directeur, le président, le député leur expliquait que près de 75% des naissances étaient le fait de femmes vivant en situation irrégulière sur le territoire.
Depuis, ces enfants ont grandi. Ils vivent dans des conditions souvent indignes, sur les hauteurs de nos villes. Leurs parents se cachent, se terrent, survivent… Avec pour seul espoir : que leurs enfants aillent à l’école, qu’ils apprennent à lire, à écrire… Qu’ils aient un jour un métier, gagnent leur vie. Et pour cela, les parents, parfois les mères seules, parfois les enfants seuls, survivent tant bien que mal. Sous les quolibets, les moqueries, les insultes. Ils n’ont pas tous les droits. Ils ne peuvent pas poursuivre leurs études en Métropole, ni même ici, c’est difficile. Ils ne peuvent pas faire de stage, travailler, se promener librement.
Cette population gonfle, grandit. Proportionnellement elle devient très importante, majoritaire déjà dans certaines communes. D’autant que nombre de mahorais quittent l’île : les femmes seules avec leurs enfants, les handicapés, les jeunes sans emploi… Le vase communicant fonctionne. Sur les plages on retrouve parfois des malades, des handicapés, des enfants venus d’Anjouan pour de meilleures conditions de prise en charge, de meilleures conditions de vie. Et les mahorais vont à la Réunion, en Métropole…
Ces enfants, nés ici, grandissent ici. Ils ne connaissent souvent pas du tout les autres îles d’où sont venus leurs parents. Ils vivent ici, rejetés en partie, témoins des conditions dramatiques dans lesquelles sont leurs parents. Et la rancœur grandit, la colère gronde. Le ressentiment contre cette île grandit aussi parfois. Cette île qui les accueille, les nourrit, leur offre l’espoir d’une vie meilleure que celle de leurs parents. Et en même temps cette île qui les martyrise.
Les plus âgés ont 15, 20 ans et sont désormais sans activité, sans emploi, sans argent… Parfois sans toit. Cette misère, ce sous-prolétariat, comme certains l’ont appelé, génère des envies devant les vitrines des magasins, devant les caddies remplis des supermarchés. Cela génère de la prostitution, mais pour les jeunes hommes, à défaut de pouvoir accéder à tous ces biens, ils vont se servir. Cela aboutit à la violence, à des cambriolages, de la prison, au pire une reconduite à la frontière, avec le danger que constitue le voyage du retour en kwassa. Car retour il y aura…
Les mères qui manifestent à Koungou, et barrent la route, ont aucune idée du coût de construction d’un lycée, des procédures, des délais nécessaires, du manque de foncier. Elles ne savent pas que l’Education nationale a accumulé un retard incroyable dans la construction d’établissements scolaires à mayotte. Mais elles veulent éviter, à tout prix, à leurs enfants de sombrer dans cette spirale infernale de la violence et de rester dans la misère, come toutes les mères. Elles espèrent encore dans la République française qui va offrir à leurs enfants une éducation qu’elles n’ont pas eue.
Les gamins, qui ont jeté des pavés sur les voitures la semaine précédente à Kawéni, ont déjà basculé. Ils sont de plus en plus nombreux, incontrôlés, incontrôlables.
Le député d’alors Mansour Kamardine avait évoqué une « bombe à retardement ». Elle explose, avec chaque enfant qui bascule dans la violence… Et ça risque de durer quelques années, si on ne considère pas que ces enfants sont désormais d’ici, de mayotte, mahorais, mais exclus. On ne peut plus les maintenir à l’écart.
On doit maintenant payer le laisser-aller coupable durant des années, l’accueil bienveillant, l’emploi, le logement de ces populations, dans lesquels tout le monde trouvait son intérêt : les travaux des champs et tous les travaux ingrats laissés aux clandestins, les constructions pas chères… empêchant en parallèle aux entreprises du BTP en particulier, faisant face à une concurrence déloyale, de se développer, à l’agriculture de se moderniser.

Laurent Canavate

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*