Mayotte : la chasse aux Comoriens se poursuit

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Tsimkoura, Mtzamboro, Poroani et Choungui, les Comoriens des trois autres îles installés à Mayotte sont, depuis dimanche, désignés à la vindicte publique : en plus d’être pourchassés, leurs maisons sont incendiées. La gendarmerie française, dépêchée sur place, ne fait que constater les dégâts et ses effets collatéraux. Contre toute attente, elle ne réagit pas.

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Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, assis au bord de la route, désespérés, les yeux hagards et leurs baluchons à la main, attendent une aide française qui ne viendra jamais, ou un cri de colère des autorités comoriennes.
Humiliés, indexés, bousculés, ils ont fui la misère des trois îles de l’archipel pour en vivre une toute autre, plus humiliante : ils sont considérés comme étrangers dans leur propre pays, condamnés à vivre clandestinement, le plus souvent séparés de leurs enfants par la volonté de la France, qui fait fi des lois internationales parce que assurée du silence complice de l’Etat comorien.

Mayotte renvoie ses frères et sœurs, considérés comme «clandestins». Des centaines sont placés en Centre de rétention administrative (Cra), plus nombreux que les placements effectués dans tous les départements français réunis.
Par bateau ou par avion, les expulsions vers les trois autres îles représentent près de 40% du total national des reconduites aux frontières en France. C’est dire l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Ceux qui ont le malheur de faire l’objet d’une rétention administrative sont, dans l’écrasante majorité des cas, renvoyés vers Moroni.

On compte 20.000 personnes pour la seule année 2014 à Mayotte contre 15.000 éloignements dans tous les centres de rétention existant en terre française.
A Mayotte, les Comoriens placés n’ont pas de voie de recours, ne peuvent pas s’opposer à une expulsion, leurs conseils n’ont pas le temps de les défendre, parce qu’ils sont «expulsables» quelques heures après leur arrestation.
Mayotte a permis à Paris de battre le record des reconduites aux frontières à la grande satisfaction de l’électorat d’extrême-droite, aujourd’hui courtisé à la fois par la droite et la gauche.

A l’aller, des centaines de Comoriens périssent en mer, tous les mois, pour tenter de joindre les côtes mahoraises, transformant ce bras de mer en cimetière marin.
Pendant que des Comoriens, pour la plupart en provenance d’Anjouan, sont dans les rues de Mayotte, sous la pluie, 13 bureaux d’Anjouan sont appelés à choisir le président de l’Union. Cette île croupit sous une misère criante ; la pauvreté y est plus marquée que dans les autres îles.
Le silence pesant qui entoure cette chasse aux Comoriens à Mayotte n’est pas sans conséquence sur les relations séculaires qui unissent les habitants de  l’archipel. Et c’est Mayotte qui risque d’en payer le prix.

Ces drames nous arrivent pendant que Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies est aux Seychelles pour assister à la célébration de leur 40e anniversaire en tant que nation souveraine et son adhésion à l’Organisation des Nations Unies. Il se rendra également à l’île Maurice pour prendre part au 23e Congrès international sur l’arbitrage commercial, avant de visiter la grande île de Madagascar. Les Comores ne sont pas inscrites dans son agenda.

Les Comores sont pourtant le seul pays de la région qui n’a pas encore achevé sa décolonisation. Le seul pays au monde qui subit un déplacement de population, dans son propre territoire par une puissance étrangère alors qu’il bénéficie paradoxalement d’une vingtaine de résolutions des Nations unies  et de l’Union africaine condamnant la présence française à Mayotte.

Or justement, l’Onu est le lieu où en principe se construit un avenir meilleur pour tous les êtres humains, à travers le maintien de la paix et la sécurité dans le monde, le développement des relations amicales entre les nations, la réalisation de la coopération internationale, le respect des droits de l’homme. Quarante et un an après son indépendance, les Comores sont encore en quête de paix et de stabilité.

Ahmed Ali Amir / Alwatwan

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