Mayotte veut une coopération gagnant-gagnant avec Ngazidja

Said Ahamadi alias Raos, 3e vice-président du Conseil Général de Mayotte chargé de la coopération régionale et des affaires européennes a effectué une visite de travail à Moroni. Et cet élu mahorais veut mettre en place une convention entre Ngazidja et Mayotte pour permettre le développement des deux entités.                                                              Said Ahamadi alias Raos

Question : Vous êtes à Moroni depuis quelques jours, quel est l’objectif de votre visite ?

Said Ahamadi : Le 9 Août 2012 en séance plénière, l’assemblée départementale de Mayotte a décidé par délibération de me permettre d’effectuer une mission de prospection dans l’île de Ngazidja en vue de discuter avec les partenaires de l’île dans un but d’accomplir et de conclure à l’avenir une convention de partenariat économique pour permettre le développement des deux entités.

Question : Après quelques jours de prospection, qu’est que vous avez pu constater ?

S.H : J’ai d’abord rencontré le gouverneur de Ngazidja. J’ai trouvé une autorité accueillante, ouverte, sensible et réaliste qui m’a certifié qu’il avait reçu la délégation de Mayotte lors des 8e Jeux des Jeunes pour montrer son ouverture et son attachement à un développement économique, culturel, éducatif et social entre son île et Mayotte. C’est un pas en avant dans le sens de la réconciliation des îles. Dans la foulée, j’étais reçu par le maire de Moroni qui a facilité mes déplacements en jouant son rôle d’autorité et d’interface et qui est aussi très en avant, souhaitant des solutions concrètes pour régler des problèmes quotidiens. Ce qui l’intéresse c’est que la région de Mayotte puisse, en collaboration avec Ngazidja, permettre de résoudre la question des déchets qui polluent sa ville, aider sa commune à mettre en place un système d’Etat Civil, un système de gouvernance de gestion communale qui soit effective dans l’intérêt des administrés et des agglomérations. Il souhaite que la coopération qui peut s’établir puisse lui être bénéfique en tant qu’élu territorial.

Question : Pourquoi la Grande-Comore et non pas Anjouan ou Mohéli ?

S.H : Nous avons pu avoir un regard sur les trois autres îles du canal de Mozambique qui nous entourent. Quand nous avons regardé la situation des Comores et de l’Union, nous avons vu que l’île qui présente les meilleures caractéristiques pour une convention de développement rapide reste la Grande-Comore. C’est une prospection dynamique. Il y a une ligne directe qui existe entre Mayotte et Moroni. Donc nous souhaitons nous les jeunes avoir des bases nouvelles de développement. A Anjouan, nous avons des difficultés liées au transport aérien. Donc il n’y a pas assez de sécurité.

Question : Là on sent une rupture de la politique française qui privilégiait beaucoup plus Anjouan notamment pour réduire la pauvreté et limiter le passage clandestin entre Anjouan et Mayotte…

S.H : Nous travaillons dans le cadre de nos compétences. Quand j’étais maire de Koungou je venais souvent à Moroni, à Mutsamudu et à Fomboni. J’étais l’un des premiers élus mahorais à avoir cassé le tabou, de venir aux Comores. Mes collègues ne m’ont pas élu président de la commission de coopération par hasard. C’est parce que j’avais déjà noué des relations et j’avais aussi une certaine expertise. Effectivement, nous les jeunes, nous regardons l’avenir avec espoir et nous voulons mettre en place une coopération gagnant-gagnant. Cela veut dire que nous allons mettre entre parenthèse les sujets qui ne concernent pas notre domaine de compétence. Maintenant, il y a aussi une évolution qui nous permet de dialoguer directement avec les îles. Au jour d’aujourd’hui, notre rôle c’est de voir quel partenaire a la même volonté que nous, qui veut avancer avec nous. Ce qui nous intéresse à Mayotte, c’est de développer le tourisme. On peut faire un package dans le domaine touristique entre Mayotte et Moroni.

Question : En quoi cette nouvelle coopération est différente de celle qui a été amorcée par le groupe de travail de haut niveau (GTHN) qui parlait des échanges économiques ?

S.H : Pour la simple raison que le problème ancien se fondait sur les idées et des notions générales. Nous souhaitons faire un travail concret. Cela suppose l’identification des problèmes. On parle de la question de la pauvreté. Comment voulez-vous réduire la pauvreté s’il n’y a pas une meilleure éducation. Il faut d’abord renforcer l’éducation. Si les mahorais et les grand-comoriens se mettent d’accord pour développer la musique, nous avons des artistes grand-comoriens qui sont populaires à Mayotte. Donc cette coopération artistique doit être renforcée sur la base d’un texte juridique qui le permet. Nous devons aussi connaitre la culture. Nous sommes surpris de constater qu’à Mayotte beaucoup de mahorais n’acceptent pas qu’ils soient considérés comme des africains. Même des grand-comoriens refusent le concept d’africain parce qu’il y a eu une masturbation intellectuelle de certains auteurs. Nous voulons corriger ces raccourcis historiques qui ont été faites. Il va falloir que les grand- comoriens acceptent leur africanité. Nous sommes venus leur dire mahorais et grand- comoriens sommes tous des africains. Sur cette base là nous pouvons dialoguer. Si Mayotte et Moroni sont ensemble, ils peuvent être des locomotives pour la lutte contre la pauvreté.

Question : Après avoir fait cette prospection, quelle sera la suite ?

S.H : il faut que je vous informe que je serai reçu par l’ambassadeur de France à Moroni. C’est une première qu’un élu de la région de Mayotte vienne ici à Moroni et qui soit reçu par l’ambassade de France. C’est un signe de normalisation des échanges et nous souhaitons nous appuyer sur cette ambassade qui connait mieux le terrain et nous devons faire en sorte que les élus qui viennent ici passent par l’ambassade pour tenir le même langage et réussir cette coopération. Nous espérons dans un avenir proche recevoir le gouverneur de Ngazidja à Mayotte et avec lui écouter ce qu’il peut attendre de nous en matière de coopération. Et en 2014, quand Mayotte sera officiellement région ultra périphérique, les comoriens pourront voir ce qu’ils peuvent identifier et proposer comme projets communs dans tous les domaines.

Propos recueillis par Mohamed Youssouf HKZ

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