Médecine traditionnelle : La vente des médicaments traditionnels est devenue un vrai business

Même si le ministère de la santé connait le phénomène, il ne disposerait pas de l’autorité pour interdire la vente de ces médicaments. «La loi de 2011 a parlé de la médecine traditionnelle, mais nous regrettons que les textes d’application qui nous permettraient d’agir ne sont pas élaborés, donc nous ne pouvons pas agir» déclare l’inspecteur de pharmacies et laboratoires.

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Carrefour Café du port à Moroni, mardi, il est 10 heures. Des gens s’attroupent autour d’un bonhomme qui a étalé, devant lui, sur une natte des petits paquets en sachets. A cet endroit, depuis quelques jours, c’est le même spectacle. On y vend de ces produits dits «médicaments traditionnels». Une vente qui devient, de plus en plus, un vrai business dans le pays. Le phénomène est perceptible partout. Des points de vente apparaissent à Moroni, alors que cette vente se faisait jadis à petite échelle, concentrée uniquement dans les marchés. Mais des marchands ambulants s’y sont aussi mêlés.
Les produits sont présentés sous diverses formes, en poudre, liquide, feuilles d’herbes séchées, etc. «Ce médicament, fait à base de bois rose, guérit 150 maladies, soit toutes les maladies qui dépassent les médecins», explique, à haute voix, Antoisse Makliki, le vendeur principal qui tient boutique sur le trottoir non loin du carrefour Café du port. «Ces médicaments sont sûrs et efficaces», clame-t-il pour vanter son produit devant la foule, composée de badauds et d’acheteurs. Et pour mieux attirer l’attention, il énumère les maladies en français et comorien, pour celles qui ont des noms comoriens. «Il peut guérir l’hypertension artérielle, le diabète, la chaude pisse, les pertes blanches, l’impuissance, le goutte, la typhoïde, le fibrome, la sinusite, lutte contre la fatigue, enlève la graisse dans l’estomac et la liste n’est pas exhaustive. Il guérit 150 maladies», lance un autre vendeur.

A la fin de l’explication, une jeune femme approche et demande tout bonnement un médicament contre le calcul rénal. «On m’a dit qu’il suffit de venir lui dire de quoi vous souffrez et il vous donne le médicament approprié», nous confie Souraya qui vient de se procurer un petit sachet d’herbes séchées. Sur les petits sachets sont collées des étiquettes qui font office de notice avec des numéros à contacter à Madagascar et aux Comores. Mais n’y figure pas de nom pour le médicament.

Said Ahmed, natif d’Uziwani, témoigne : «Ma femme était tellement grosse qu’elle n’arrivait pas à marcher mais après avoir pris ce médicament pendant deux semaines, elle a beaucoup dégraissé ; maintenant, nous partons d’Itsundzu à Makorani à pied pour aller travailler aux champs, ce qui n’était pas possible il y a quelques années». Un quinquagénaire confie avoir pris le même médicament pendant deux semaines, trois fois par jour, ce qui aurait stabilisé sa tension, mais plus intéressant, cela aurait amélioré ses performances sexuelles.

Si certains vendeurs rechignent à donner des informations, d’autres en donnent sans hésitation. Pour Antoiss Maklik, il s’agit d’une phase «d’essai, mais nous attendons l’agrément du ministre de la Santé pour ouvrir une pharmacie de médicaments traditionnels», explique-t-il. D’après lui, un certain Clembery Rasalomanana tiendrait un «cabinet» à Hadudja et ce serait le guérisseur, plus précisément, qui fait les prescriptions. «Certaines personnes viennent nous voir directement», lance-t-il. Au bout de deux semaines, ils auraient épuisé des dizaines de sacs de ces produits.

Même si le ministère de la santé connait le phénomène, il ne disposerait pas de l’autorité pour interdire la vente de ces médicaments. «La loi de 2011 a parlé de la médecine traditionnelle, mais nous regrettons que les textes d’application qui nous permettraient d’agir ne sont pas élaboré, donc nous ne pouvons pas agir» déclare Mirgane Mzé Hamadi, inspecteur de pharmacies et laboratoires. Il a évoqué le cas d’un Congolais spécialisé dans la médecine traditionnelle installé à Fumbuni qui aurait demandé l’agrément pour la vente de ce type de produits et qui n’aurait pas pu l’avoir faute de textes de référence. «Il faut des textes de loi qui régissent le secteur de la médecine traditionnelle pour pouvoir réglementer soient la vente des médicaments prescrits», a souligné Mzé Hamadi.

On assure que ces produits proviennent de Madagascar. Mais dans la Grande Ile, la médecine traditionnelle est un secteur reconnu avec des laboratoires agréés. Le professeur Ratsimamanga a beaucoup travaillé dans ce domaine notamment pour les vérifications scientifiques des plantes médicinales de l’île où au moins 1300 variétés sont répertoriées. La médecine thérapeutique s’y est très développée ces dernières années.

Abouhariat Said Abdallah et
Natacha Saadi (stagiaire) / Alwatwan

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