Mes relations avec Fahmi said Ibrahim: une nécessaire mise au point pour comprendre ce personnage

Nos relations privées commencèrent alors que Fahmi avait à peine 13 ans et ce n’est pas le lieu pour évoquer davantage de leurs origines, mais ceci permettra de comprendre qu’elles s’inscrivaient de la part d’un aîné dans l’ esprit de bienveillance que suscite la jeunesse.

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Après avoir terminé une licence au Maroc, Fahmi retourna à Paris et là je lui conseillai vivement d’acquérir au minimum une maîtrise. Il m’indiqua que pour cela il lui faudrait valider les points acquis à Paris II, où il avait étudié quelques mois. Son intention disait-il,  était de devenir avocat mais sans passer par le CAPA à Paris.

Je demandais alors à mon ami, Me JB Toinette, alors bâtonnier du Barreau de Moroni, de lui faciliter son installation et c’est  grâce à Me Toinette que ce souhait devint réalité malgré ses limites.

Le temps passa, puis durant les derniers mois du régime d’Azali, nous étions alors en 2005, il se rapprocha à nouveau de moi. Il tenait à m’informer du danger imminent auquel les Comores étaient confrontées. Ce danger avait un nom. Il s’appelait Abdallah Sambi. C’était expliquait-il alors « un islamiste, chiite radical et illuminé sous le contrôle de l’Ambassade iranienne de Tananarive ».

Il entendait soutenir, lors du  scrutin présidentiel qui était annoncé, M. Caambi el Yachrouty. Ce choix était dicté « par la sagesse »,  » Sambi devait être combattu par tous les moyens ». Fahmi était très clair là dessus. Sambi c’est le diable en personne.

D’ailleurs il me confia également que les Français dont son ami l’Ambassadeur Job  étaient très inquiets des relations de son jeune frère avec les islamistes et leur chef Sambi,  il jugeait ses relations indignes et dangereuses. Il désespérait de pouvoir les stopper.

Il vint donc à Paris pour nous rencontrer, Thoueybat et moi. Il tenait à nous présenter son candidat, M. Caambi que je connaissais déjà fort bien. Nous eûmes un dîner de travail avec un Homme Politique français de haut rang, il ne cessa de développer la thése que Caambi était la seule personnalité capable de vaincre la menace islamique véhiculée par Abdallah Sambi, l’homme de Téhéran.

Il me supplia alors de tout faire pour lui organiser à Ouagadougou une rencontre avec le Président Blaise Compaoré, afin d’obtenir son soutien mais après lui avoir exposé le projet politique  dont la colonne vertébrale était de s’opposer à l’élection de Sambi, ce  » chiite islamiste ».

J’accédais à leur requête et les deux hommes furent reçus à Ouagadougou par les autorités du Faso. Ils dégagèrent au cours de cet entretien une impression générale d’amateurisme qui ne pouvait en aucun cas se traduire en soutien politique. Il n’y eut pas d’autre rencontre.

Caambi  m’avait alors indiqué que le  » jeune homme,  qui n’avait aucune expérience, lui avait demandé sans vergogne, en échange de ses activités de lobbying auprès de l’Ambassadeur Job, le poste de ministre des Affaires Etrangères », poste qu’il n’entendait évidemment pas lui offrir d’ailleurs. Il se préparait à lui octroyer un poste au sein de son Cabinet.

L’élection a eu lieu et Caambi  ne fut pas qualifié pour le second tour, il se rangea parmi les soutiens de Sambi, tandis que mon  choix était porté sur Ibrahim Halidi et le Prince Said Ali Kemal.

Peu de temps après l’élection de Sambi, Fahmi revint alors vers moi pour m’informer qu’il cherchait à obtenir un poste de conseiller auprès du Président Sambi. Ma surprise fut totale. Je lui rappelai ses diatribes virulentes contre « l’Ayatollah » »qui n’en avait même pas le titre ». J’évoquais aussi le cas de son jeune frère, un ancien juge d’une grande intégrité mais qui a milité dès la première heure et qui était devenu membre du cabinet de Sambi, il y avait là un cocktail de contradictions qui créait un écheveau d’incompréhensions.

Je  lui ai donc conseillé assez vivement de poursuivre ses activités professionnelles, de rester l’avocat qu’il était. Il m’indiqua en réponse que ses aînés, Saïd Hassan  Saïd Hachim, Ali Mroudjae, Ali Bazi et Ali Mlahaili lui avaient conseillé de rechercher l’attribution du Gouvernorat de Ngazidja. Ce ne fut qu’un intermède, il modifia sa stratégie et m’informa qu’il mettrait à profit l’appui des anciens pour obtenir en coulisses le poste de ministre des affaires étrangères. C’est ce qui s’est passé, Fahmi fut nommé ministre des affaires étrangères et son frère débarqué du gouvernement. Il n’y avait pas de place pour deux, c’est à nouveau la fratricide d’Abel contre Caïn.

Il connaissait alors mes relations d’amitié avec le Professeur Alpha Condé et le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner .

Il vint donc naturellement après sa nomination me rencontrer à Paris et me pria de le présenter au Quai d’Orsay, il souhaitait une rencontre officielle avec les hauts cadres du Ministère pour, lors de cette rencontre, rassurer ses interlocuteurs de son amitié, de sa loyauté et de son attachement à la vigueur des « liens » historiques qui unissent les Comores et la France.

J’ai tenu à lui expliquer que des relations d’Etat à Etat ne se fondent pas sur l’amitié et la loyauté mais sur le Respect et la Confiance.

Il m’indiqua alors que le nouvel ambassadeur de France à Moroni ne l’aimait pas, qu’il avait échappé à son influence et qu’il était carrément kidnappé par un collège de personnalités comoriennes.

Il y avait donc du pain sur la planche et une rencontre de haut rang lui fut réservée au Quai d’Orsay ; malheureusement il n’avait rien à proposer et n’exprima que des mots creux.

Il commença à faire des déclarations sur la levée possible et imminente du visa Balladur et surfant sur la vague populaire mais ne pouvant le réaliser,  il changea radicalement et ses propos devinrent outrageuses contre la France , ( pour rappel il a la double nationalité).

Sa défense des intérêts comoriens, tant à Paris qu’à Bruxelles, fut un échec total.

Il me tenait au courant de certains épisodes de sa vie, c’est ainsi qu’il m’appela un jour , alors qu’un sommet de l’Union Africaine se tenait à Kampala, pour me dire , avec un brin de suffisance qu’il avait remis à sa place Jean Ping », le Président en exercice de l’Union Africaine.

Il accusait en effet l’Union Africaine de recevoir des personnalités de l’opposition à Addis Abeba et se demandait si le dialogue avec des opposants déclarés était bien dans la vocation de l’UA. Il m’annonça ensuite avec orgueil le départ de Jean Ping.

J’étais assez surpris de le voir conduire récemment la délégation de l’opposition à la rencontre des autorités de l’U A à Addis et d’agir ainsi pour le bénéfice de Sambi afin d’obtenir un soutien pour résoudre la crise constitutionnelle des Comores.

Alors qu’il essayait de me convaincre que Sambi était le protecteur de la minorité bourgeoise et aristocratique des Makabaïla  et que son devoir était désormais de soutenir ce protecteur. Je l’invitai à mettre de l’ordre dans ses idées et d’écrire son programme politique en restant proche du Prince Kemal qui avait eu ses préférences par le passé.

J’ai vivement regretté certains de ses actes

Des actes en effet qu’il n’a pu commettre sans se sentir  couvert par sa hiérarchie. Certains sont graves et le pire c’est qu’il le reconnaît sans que cela la gêne. Ainsi il facilita la distribution des postes de représentation diplomatique à l’UNESCO à  des libanais et justifia sa décision en affirmant que ses amis libanais aideraient en contrepartie les Comores à négocier le retour de Mayotte au sein de l’Union des Comores. Cette décision revint carrément à dilapider la souveraineté des Comores et lorsque je lui demandai pourquoi il avait agi ainsi, il fut incapable de donner la moindre réponse. Bien entendu, la nomination d’un ambassadeur relève du  décret présidentiel. Un jour,  il avoua à Thoueybat avoir agi  en novice et inexpérience. Il fit là un mal considérable au pays et l’image des Comores en fut fort affectée.

Probablement avais-je raison lorsque je lui conseillai de demeurer l’avocat qu’il avait voulu être. La politique a des exigences, des règles. La moralité, les convictions, les principes, l’honnêteté, le langage de vérité, la constance en sont des valeurs cardinales. Cet homme est une girouette qui n’hésitera jamais à retourner sa veste.

Sambi était à ses yeux » le grand Satan, le chiite, le plus dangereux islamiste des Comores », il  s’est mis à son service sans vergogne, sans retenue et sans honte en attendant qu’un vent favorable le conduise ailleurs. C’est l’histoire connue du rat et du scorpion amenés à traverser la rivière.

Fahmi a tenu des propos outranciers et insultants par proxy, il est coutumier du fait,  il croit peut être ainsi se dédouaner de ses écarts de langage qui ont un spectre très inclusif. Il devrait savoir puisqu’il est avocat que des preuves doivent être fournies à l’appui des accusations qu’on profère. En fait ceci traduit un manque de moralité, une absence de principes. A cet effet d’autres souvenirs me reviennent, ils sont terribles. C’était en 1995, nous étions dans les moments qui suivaient la tentative de coup d’Etat  du mercenaire français Bob Denard, alors que je lui disais combien cette affaire me blessait. Il savait le rôle que j’avais joué pour obtenir l’expulsion de Denard. Pourtant il me dit sans la moindre gêne: « Denard est comorien ». Il justifiait son coup, j’étais abasourdi.

Lorsque les hommes oublient le sens des mots qu’ils prononcent, ils sont irresponsables. Dans de tels cas,  la chose publique devrait leur être interdite. Il y a des règles, il y a des principes et celui qui les oublie perd son âme. Et à celui qui perd son âme je voudrais rappeler cette tirade d’Othello ‘Mon âme, j’ai perdu mon âme, je ne suis plus qu’une bête. »

Said Hilal

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