Mohamed Abdulhamide : Né pour réformer

PORTRAIT. Dans l’enseignement, dans l’administration d’Etat, comme en religion. partout où il est passé il a su insuffler son envie incompressible de changer les choses. Avec une réussite certaine.

image

Mohamed Abdulhamide s’est retiré, dit-il, de la scène politique pour «observer». ‘‘Je reste chez moi lorsque je reviens de l’université où j’enseigne la géographie. Je m’occupe de ma famille et m’emploi dans la confrérie shadhuliyat dont je milite depuis dix ans au sein du khalifa de la ville d’Ikoni’’, précise-t-il d’entrée de jeu. L’ancien ministre du Développement rural, de la Pêche, de l’Artisanat et l’Environnement, sous Azali Assoumani, a une carrière plutôt appréciable.
Après sa licence de géographie et d’aménagement du territoire et sa maîtrise de géographie obtenu à l’Université Paul Valery de Paris 1 et Lyon 3, il revient au pays en 1985, le natif d’Ikoni commence par enseigner la géographie au lycée Saïd Mohamed Cheikh (Lsmc) de Moroni où il deviendra le chef du département Histoire-géographie et plus tard, en 1992, proviseur.

Dans le petit monde de l’Education nationale aux Comores, indique-t-il, Mohamed Abdulahamide est «synonyme d’enseignement moderne» de cette discipline. ‘‘C’est un enseignant qui n’aime pas la méthode du par coeur qui consistait à encombrer la mémoire avec les dates, des noms de fleuves ou de montagnes de France. il aime introduire l’enseignement de l’histoire par les documents et la géographie par la réflexion sur les cartes et les données chiffrées», a écrit, à ce propos, Aboubacar Saïd Salim, dans la préface de ‘‘Les relations internationales de 1870 à 1975’’, un livre de l’enseignant qui n’est pas encore publié..

Abdulhamide se rappelle de la médiation qu’il a menée pour désamorcer la grève des enseignants à une certaine époque. C’est d’ailleurs, croit-il savoir «pour sa rigueur et son esprit méthodique» qu’il a été nommé proviseur du plus grand établissement scolaire du pays. Aujourd’hui il se désole en constatant l’état de détérioration dans laquelle se trouve cet établissement, mais surtout de la passivité de ses responsables actuels et des autorités compétentes devant cette situation. A son époque, il avait initié la création des «Amis du lycée» pour soutenir l’établissement, mais «à mon départ on n’y a pas donné suite».
Abdulhamide a, en mémoire, les difficultés qu’il a vécues avec la création et la «pullulation» des écoles privées qui sont, s’est-il laissé convaincre, à l’origine de la baisse du niveau scolaire. C’est ainsi qu’il va créer, quand il était directeur de l’office des examens et concours et après les trois ans passés à l’Institut de formation des enseignants et de recherche en éducation (Ifere), le service spécial pour suivre les établissements scolaires privés.
Quelques années plus tard, il sera nommé ministre de l’Agriculture et de la Pêche. A ce poste, il s’était «distingué par son souci de dialogue avec le monde paysan et les pêcheurs dont il se sentait très proche.

C’est à cette époque que sera créé le syndicat national des agriculteurs comoriens et que sera ouvert le marché des agriculteurs avec l’appui de l’Afd. L’ex-ministre sera également à l’origine de l’immatriculation des embarcations de pêche ainsi que de la formation de marins pêcheurs et du projet de pêche semi-industriel.
Parallèlement, il a eu à discuter à Bruxelles des accords de pêche entre les Comores et l’Ue. Avec l’aide d’un expert arabe, il a sollicité l’annulation des accords dits des 3 P comme pêcher, payer et partir. «J’avais formulé le voeu de voir ce grand ensemble soutenir un formation en matière de pêche industrielle».

A cette époque la partie européenne a posé la question des bateaux battant pavillons comoriens et qui pêchaient sans licence. ‘‘Nous avions réagi et avec l’aide du ministre des Transports d’alors, Msaidié, nous avions annulé ces pavillons et traduit en justice les auteurs de ces irrégularités», se souvient-il.

Homme aimable, au rire facile, mais surtout pieux, ce père de deux enfants se verra confié le rôle de khalifa de la confrérie shadhuliya al-yashrtuya d’Ikoni, sa ville natale, après la mort du cheikh Saïd Bacar.
Il y apportera son envie de faire changer les choses et son savoir faire avec, notamment, la création des statuts de la confrérie au niveau de la ville, l’ouverture d’un compte à la Bic et à la Meck.
Nassila Ben Ali

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*