Mohamed Ali Soilihi, Vice-président chargé des Finances : «Le problème des étudiants trouvera bientôt une solution»

Mamadou

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Exclusivité. En marge de la réunion du Comité intergouvernemental d’experts sur le thème de l’économie bleue (2-5 mars à Madagascar), le vice-président en charge des Finances a accepté de répondre à nos questions sur la situation des étudiants comoriens dans la Grande Ile, sur les avantages que notre pays peut tirer de l’économie bleue et sur le sempiternel sujet des arriérés de salaires aux Comores.

Vous participez à la 19ème réunion du Comité intergouvernemental d’experts sur le thème de la valorisation de l’économie bleue pour le développement de l’Afrique de l’Est. Que représente ce nouveau concept pour l’Union des Comores ?
Le concept d’économie bleue est nouveau, mais, comme toute thématique nouvelle, il a obtenu une forte adhésion. Au niveau du gouvernement comorien, nous avons décidé d’y adhérer et de nous approprier ce nouveau concept. Au-delà de sa nouveauté, il faut que cela puisse se traduire par quelque chose de concret, pour nos pays. L’économie bleue est l’économie des Etats insulaires. Dans notre région, il n’y a pas que la pêche, bien qu’elle représente, il est vrai, une richesse inestimable pour les pays de l’Afrique de l’Est et en particulier de l’océan Indien. Ce nouveau concept englobe aussi les richesses de la mer, mais aussi celles des côtes et du fonds marin.
Les Etats comme Madagascar, Maurice et Seychelles se sont bien approprié le concept et ont défini une politique nationale de l’économie bleue qui s’est concrétisée par la mise en place de structures dédiées à ce concept. Les Seychelles ont même créé un ministère chargé de l’économie bleue. Les Comores sont encore très loin. Toutefois, notre adhésion au concept est déjà un pas. J’espère que cela va se traduire par la mise en place d’une politique d’économie bleue aux Comores et des structures administratives conséquentes.

Comment l’Union des Comores, très en retard, compte-t-elle s’y prendre pour répondre aux exigences de ce nouveau concept ?
Nous allons tout d’abord œuvrer pour la mise en place d’une politique nationale de l’économie bleue, en valorisant nos côtes et en renforçant notre politique de protection de l’environnement, en particulier marin. Nous avons une politique de l’environnement qui date de plusieurs années et qui permet d’avoir des programmes de protection de nos côtes. Nous avons créé une société de pêche qui consiste surtout à développer nos ressources halieutiques tout en menant un programme de sauvegarde de l’avenir. Cela veut dire que nous ne voulons pas surexploiter les ressources halieutiques nationales. Notre objectif est d’exploiter le secteur tout en garantissant l’avenir de la pêche elle-même. Cette politique consiste à faire en sorte que la régénération des futures ressources halieutiques soit sauvegardée.
Sur les questions du fonds marin comorien, ce n’est plus un secret pour personne : le pays a des contrats avec des sociétés étrangères dans le cadre de l’exploration des ressources pétrolières et gazières. Nous sommes actuellement en phase d’études. Nous souhaiterions que ces richesses pétrolières et de gaz des Comores puissent être exploitées afin d’aider le pays à se développer, mais également que cette richesse puisse être exploitée de façon rationnelle et fasse l’objet d’une coopération entre notre pays et les Etats voisins comme le Mozambique, la Tanzanie, Madagascar et les Seychelles.

 

Monsieur le vice-président, la grande majorité des étudiants comoriens de Madagascar rencontre d’énormes difficultés pour régulariser leurs séjours et vous avez rencontré certains parmi eux. Qu’est-ce que vous leur avez proposez pour régler le problème ?

 
Effectivement, un responsable de mon niveau ne peut pas venir à Madagascar sans aborder cette question. L’une des préoccupations majeures du gouvernement comorien est la vie des ressortissants qui se trouvent dans la Grande Ile et tout particulièrement celle des étudiants. Nous sommes très préoccupés par cette question-là ; nous avons eu beaucoup de rapports venant de notre ambassade à Madagascar ; la question attire toute notre attention. Depuis l’accréditation du nouvel ambassadeur, M. Kambi Elyachourtui, il nous informe régulièrement sur ces difficultés. Il nous a fait part des démarches entamées sur le plan diplomatique pour essayer d’aider la diaspora comorienne de Madagascar et surtout les étudiants.
Cette diaspora rencontre d’énormes difficultés tant au niveau de l’administration qu’au niveau de la santé. Mon arrivée ici à Madagascar devrait permettre d’entamer des discussions avec les autorités malgaches pour la énième fois, les sensibiliser sur les difficultés que rencontre notre diaspora et plus particulièrement les étudiants en vue de la régularisation de leur séjour. Je vais donc rencontrer les autorités malgaches au plus haut niveau dans le cadre de la coopération bilatérale, qui s’est améliorée ces derniers temps. Les gouvernements comorien et malgache ont des rapports amicaux qui permettent justement d’engager ces discussions et pouvoir venir en aide à la communauté comorienne de Madagascar.

Depuis votre arrivée à Tana, quelles sont les autorités que vous avez rencontrées ou les démarches entamées ?
Je suis arrivé très tard. Donc, je ne pouvais pas rencontrer des responsables, sauf au niveau des autorités diplomatiques parce que Mme la ministre des Affaires étrangères est venue personnellement m’accueillir à l’aéroport. Nous avons déjà évoqué la situation des étudiants comoriens à Madagascar et tous les deux, la ministre et moi, avons décidé de porter la question au plus haut niveau. Avec elle, nous avons ensuite rencontré le chef de l’Etat, qui a bien pris cette question au sérieux et nous espérons que le problème trouvera bientôt une solution. Je sais que les autorités malgaches sont sensibles à cette question ; les députés malgaches vont être saisis du sujet.

Y a-t-il un espoir de trouver rapidement une solution à ce problème afin de permettre aux étudiants de poursuivre leurs études en toute tranquillité?
J’ai rencontré personnellement les représentants de leurs associations. J’ai pris bonne note de leurs différentes interventions. Lors de nos entretiens, j’ai mesuré les difficultés auxquelles ils font face pour continuer à étudier, avec ce poids lié à la régularisation de leur séjour. Les difficultés sont énormes au point que certains ont abandonné leurs études. Ces associations m’ont remis des documents. Je dispose donc d’assez d’éléments pour mieux aborder la question auprès des autorités malgaches. La résolution de ce problème relève d’une volonté politique, aussi bien du coté du gouvernement comorien que du coté du gouvernement malgache. Il y aura d’abord l’accord de principe, les accords politiques et il y aura enfin la commission mixte malgacho-comorienne qui va bientôt siéger. C’est dans ce cadre-là que les questions d’ordre administratif vont être réglées.

Il y a trois ans, l’Etat comorien avait réussi à arrêter le cycle des arriérés de salaire. Ces derniers temps, on a renoué avec le passé : les agents du service public accusent trois mois d’arriérés de salaire. Comment expliquez-vous cela?
C’est une question qu’on ne devrait pas aborder dans le cadre de cette interview parce que nous ne sommes pas aux Comores, mais à Madagascar pour la 19ème réunion du Comité intergouvernemental d’experts. Je vois que c’est une question inévitable quand on rencontre une journaliste comorienne. A notre arrivée en 2011, il y avait quatre mois d’arriérés de salaires; nous avons réussi non seulement à les régler, mais aussi à maintenir la régularité des paiements pendant trois ans et demi. Tout récemment, nous avons recommencé à accumuler les arriérés. Nous avons mis en place un système qui devrait permettre de ne plus accumuler des arriérés de salaire, mais les recettes de l’Etat ont connu une chute, en particulier au niveau des recettes fiscales et surtout douanières. Et l’appoint que constitue l’aide budgétaire n’est pas assez suffisante pour pouvoir pallier au déficit des recettes fiscales. Quand le programme de citoyenneté économique fonctionnait normalement, on pouvait avoir un appoint avec les recettes non-fiscales, issu de ce programme. Malheureusement, ce programme a connu une chute depuis un an et demie. Les ressources de financement des salaires sont les recettes fiscales et non-fiscales, l’aide budgétaire et les fonds de la citoyenneté économique. Les ressources de la citoyenneté économique ayant été rompues, il est normal que l’on traverse ces difficultés conjoncturelles. Quand on a des recettes fiscales mensuelles qui tournent à un milliard de francs, avec une masse salariale mensuelle de 2,2 milliards, vous imaginez qu’on ne va pas boucler les fins du mois sans un apport de l’extérieur. Nous pensons qu’une rectification de la masse salariale et une reprise progressive du programme de citoyenneté nous permettront de faire face aux accumulations d’arriérés de salaires et d’assurer leur régularité. Depuis 2013, nous ne sommes plus sous programme de Breton Wood. De ce fait, l’aide budgétaire n’est plus automatique comme dans le passé.
Propos recueillis à Antananarivo
par Mariata Moussa

Alwatwan

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