Moi, La « je-viens » qui ne parle pas le Shingazidja

comoresJe fais partie de ces je-viens qui ne maîtrise pas le Shingazidja*. Vous pouvez me jeter des pierres, cela ne résoudra pas le problème. Oui je considère cela comme un problème.  Ne pas pouvoir communiquer avec ses grands-parents est un problème. Aller aux Comores sans pouvoir prononcer une phrase est un problème.

Et pourtant mes parents m’ont toujours parlé en comorien. Ma compréhension est bonne. Mais impossible de pouvoir communiquer. Comprendre une langue sans pouvoir la parler est frustrant. En fait j’ai refusé de parler un mot comorien par blocage.  Un blocage qui date de mon plus jeune âge. La peur du jugement des autres et surtout de mon accent bien franchouillard. Parce que avouons-le une fois, les comoriens sont très moqueurs. Des moqueries dont le plus ancien date de mon enfance. Cela me rappelle la plus récente anecdote. Je parle avec un comorien résidant aux Comores. Il me presse pour que je lui parle en comorien me promettant de ne pas se moquer de moi. A peine je prononce un seul mot que la personne explose de rire.

Je ne leur jette pas la pierre. C’est vrai que nous les je-viens, donnons le bâton pour nous faire battre. Mais pourquoi d’ailleurs le taux de comorien issu de la diaspora ne parlant pas le comorien est-il si fort ? La faute aux concernés ne voyant pas l’utilité d’apprendre sa langue d’origine? La faute aux parents? La  faute à la société française qui au nom de la  sacro-sainte « intégration » dévalorise toutes personnes parlant leur langue d’origine ? Par manque de volonté ou une honte ? Chaque personne possède ses raisons. La question reste ouverte.

Bien sûr je ne cherche pas à désigner des coupables. Je généralise encore moins. J’admire ceux qui maitrisent la langue de Mozart tout autant que celle de nos parents. Une admiration qui me pousse aujourd’hui à faire partie de cette catégorie. Maintenant que j’approche 25 ans, je ne veux plus faire partie de ceux qui disent : « je comprends le Shingazidja mais je ne le parle pas ».

Se rappeler qu’une langue s’apprend. Si cela n’a pas été fait petit, cela se fera à l’âge adulte avec beaucoup de volonté et l’accent en moins.

Et qui sait, peut-être que d’ici 2 ans, je pourrai avoir une vraie conversation avec ma grand-mère.

 Hadidja H.

*Cela va aussi pour le Shimwali, Shindzuani et le Shimaoré.

Pour apprendre la grammaire, conjugaison et quelques mots de vocabulaires en shingazidja :

http://shingazidja.free.fr/

http://www.nonise-shi.com/

1 commentaire sur Moi, La « je-viens » qui ne parle pas le Shingazidja

  1. Originaire d’un village du Pas-de-Calais, je comprends le picard qu’on y parle, je puis le parler mais je ne me lamente pas outre-mesure de sa quasi disparition; il me suffit qu’il reste la langue de la CONVIVIALITé. « Qu’min ki vô? », pour « Comment ça va? » et le sourire vient ! C’est ce qui compte !
    N.B.: La langue de Mozart n’était ─ hélas ─ pas le français. 17.2.17

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