Mr le Président, ressaisissez votre quinquennat. Il est toujours temps de bien faire…

N’oubliez jamais que vous tirez votre légitimité de la Constitution. Celle-là même qui gomme votre minorité présidentielle pour faire de vous le chef de l’État. Qui gomme votre minorité parlementaire pour faire de vous le chef du gouvernement. Celle-là même qui fait également de vous le chef de l’administration, celui de l’armée et qui s’en remet à vous pour garantir le fonctionnement continu des institutions qu’elle a crée.
C’est pourtant celle-là même dont vous vous en éloignez jour après jour. La Constitution vous fait don du pouvoir mais prenez garde, elle sait payer l’ingratitude.

Mr le Président, n’oubliez jamais que selon la constitution, vous êtes celui qui determine et conduit la politique de la nation. Vous en êtes, donc, le seul responsable. Ressaisissez-vous, ressaisissez vos vice-présidents, ressaisissez les ministres, les directeurs généraux, les militaires, les procureurs. Renouvelez la Cour, organisez l’election ordonnée par celle-ci, desserrez l’étau sur la presse et sur l’opposition. Mettez de la solennité et de la rigueur à vos prises de parole.
Voyez comment les libertés sont bafouées, les institutions neutralisées, et à présent, l’intégrité physique de vos concitoyens attentée. C’est l’escalade d’une violation du droit qui finira forcement par la violation de nos personnes, corps et âme.

Mr le Président, les institutions sont plus fortes que vous. Elles sont, surtout, plus endurantes. À la fin, vous serez béats de constater qu’elles vous ont survécu. Stratagèmes, torpillages, ambitions démesurées n’auront pas suffit. Elles l’emporteront. Parce que, le droit, comme la nature, est ainsi fait : la créature se courbe devant son créateur. Les pouvoirs constitués s’inclinent devant le pouvoir constituant. Or, celui-ci, n’est pas le politique, mais le peuple. Il n’est pas la ruse mais le suffrage universel. Une telle énergie, de telles dépenses, autant de débats jetés à corps et à peine perdus eussent mieux gagné à servir l’intérêt général, le respect de la Constitution et in fine l’amelioration des conditions de vies des citoyens.

Mais d’ici là que du temps perdu. Pas grave, l’on cessera bientôt de compter. 42 ans et 6 constitutions plus tard, a-t-on besoin d’assises pour comprendre que le problème ce sont les hommes, bien plus que les institutions ? Celles-ci, nous les avons changé et pas qu’une fois. Mais les hommes eux, ce sont toujours les mêmes…

Mohamed Rafsandjani, doctorant en droit.

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