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« Ndizo Mgu ya ndzao » est perverti au profit des actes odieux et abominables

Ndizo Mgu ya ndzao ! (ce que Dieu veut !)

Comme le msadjadja (le désordre), la notion « ndizo Mgu ya ndzao » est bien ancrée dans la société comorienne. Cette notion remonterait vers le VIII siècle, lors de l’avènement de l’Islam dans cet archipel. Elle est traduite par ce que Dieu veut ou bien « nde yezi ya Mgu » (le pouvoir de Dieu). Mais ce pouvoir divin a été perverti au profit des actes odieux et abominables.

Pour mieux cerner et appréhender cette notion, il est important de s’appuyer sur quelques exemples concrets. Un blessé grave arrive aux urgences, à l’hôpital El Maarouf. Il meurt sur un blancard de fortune trente minutes avant l’arrivée d’un médecin (médecin après la mort). Cette histoire se termine par « ndizo Mgu ya ndzao ». Un autre exemple est celui d’un haut placé dans l’appareil de l’Etat qui détourne des fonds publics pour son compte personnel. La justice l’emprisonne, et une forte délégation de notables de son village se déplace pour aller voir le ministre de la justice pour obtenir la libération du voleur des contribuables comoriens. Car il est avant tout « l’enfant du village » (un système qui consiste à protéger, à tout prix, l’individu issu du même village, même s’il a commis une faute grave). Et un des notables s’dresse au ministre en lui disant que « zinu piya ye mwana hatru haumbilwa ni Mgu »(tout ce qui arrive à notre enfant vient de Dieu). Donc, la personne fautive n’est pas responsable de son acte. Et le dernier exemple est celui d’un mkufundi (second maître coranique) coupable d’un acte pédophile. Pour le déculpabiliser, un notable dit que « na swamihilwa ba mnyezimgu nde ufanyo »( qu’on le pardonne car c’est Dieu qui fait ça).

Après voir vu ces exemples, il nous parait essentiel d’approfondir cette notion qui déculpabilise des coupables en orientant notre réflexion sur ses causes profondes. Nous en avons trois : l’interprétation de l’islam, l’ignorance et la peur

Musulmane sunnite de rite chaféite , la majorité de la population comorienne adhère à un islam modéré mais qui est très spécifique, car elle mélange l’Islam avec quelques pratiques sociales antéislamiques. Le Manyahuli ou transmission des biens par voie matrilinéaire (un système qui est contraire au droit successoral cornique) en est l’exemple éloquent. Par rapport à cette spécificité, quelqu’un aurait dit « un islam tropical et humide ». Depuis fort longtemps, la plupart des enfants apprennent l’Islam à l’école coranique. Et la quasi-totalité de leurs maîtres coraniques martèlent quelques notions de la grandeur de Dieu, notamment « ndizo Mgu ya ndzao »(ce que Dieu veut). Une fois, un maître coranique disait à ses élèves que les embarcations mal construites et surchargées font naufrage car « ce sont des accidents inscrits par Dieu». Du coup, il confond entre catastrophe naturelle et une catastrophe humaine. Pauvre maître ! Et cette notion de responsabilisé nous renvoie au Coran : « Nulle créature ne rampe sur terre sans que ce qui lui est nécessaire ne dépende de Dieu » (Coran 11, 6). De ce fait, la majeure partie des enfants comoriens apprennent cette notion sans une moindre nuance entre ce qui dépend Dieu et la responsabilité de l’humain (l’être humain qui est doté de conscience pour juger le Bien et le Mal).

En ce qui concerne le udjinga, c’est un mot comorien qui veut dire ignorance. Souvent, certains Comoriens définissent l’ignorant comme celle ou celui qui n’a pas été à l’école française. Mais cette définition est sommaire et fausse, car le mdjinga est la personne qui n’a aucun savoir (savoir intellectuel, savoir manuel, savoir-vivre, etc.). Cette personne-là ne peut prétendre faire un travail de discernement parce qu’elle n’a pas les capacités intellectuelles lui permettant de différencier le pouvoir de Dieu et la responsabilité humaine.

Pour le uhara ou peur, c’est une émotion très forte qui persécute une personne lorsqu’elle est devant un danger ou une situation menaçante. Cette peur est très enracinée dans le mental d’une bonne partie des Comoriens. Une histoire de vol s’est produite à la Grande Comore en début de l’année 1980. Une personne fut cambriolée et lança un appel au secours : « Ye hunu kahuna ma isilamu» (est-ce qu’il n’y a des musulmans dans les parages ?). Un de ses voisins lui répondit : « Ngawo sha wo wahara » (il y en a mais ce sont des peureux). Une autre histoire est celle de l’expédition comorienne de Bob Denard (1995) pour renverser le régime de Djohar. Denard aurait dit à ses compagnons d’armes de ne pas avoir peur, car « tous les Comoriens sont peureux».

Paradoxalement, cette peur est rependue chez la plupart de ceux qui sont instruits (les cadres « intellectuels »). Ces derniers n’osent pas dénoncer et agir contre les tares (la perte de la dimension humaine par le paraitre qui tue l’être, un système qui est fondé sur le « shewo » ou honneur) et les travers (les droits des citoyens sont pervertis et sont devenus maladroits) qui caractérisent la déliquescence de notre société. Cette attitude lâche est fondée essentiellement sur un sentiment de peur. Le musta mdjinga ou pseudo intellectuel soutient l’insoutenable, car il a peur d’être indexé ou marginalisé par le mdjinga (l’ignorant) en le qualifiant de mwendza shonga (la personne qui incarne la débauche ou le mal). Il a aussi peur de perdre ces petits intérêts au niveau de l’Etat (poste bien placé, influence sur les décisions gouvernementales, etc.)

Pire encore, d’une façon délibérée, il soutient la notion de ndizo mgu ya handza. En faisant cela, il veut toujours maintenir les citoyens dans l’obscurantisme afin qu’il continue à les asservir.

Par conséquent, la notion « ndizo mgu ya ndizo mgu ya ndzao » caractérise un des aspects qui fondent, par excellence, l’ignorance au sein de notre société. Le 29 mai 1978, la dépouille de l’ancien président Ali Soilihi (il fut assassiné lâchement et sauvagement par le fameux mercenaire français Bob Denard) arrive dans le village de Chouani (village natale de sa mère). Une femme en larmes, elle s’adresse à sa mère en ces termes : «Ye ngaridjo ufanya, zinu haumbilwa » (nous ne pouvons rien faire, c’est son destin qui est voulu par Dieu). En terminant notre réflexion à la façon Polac (journaliste et écrivain polémiste français qui est décédé en 2012), nous nous posons la question suivante : « Ye ndazipvi izo mnyezimgu ya tso handza zi fanyishihe Komori ?» (c’est quoi ce que Dieu ne souhaite pas que ça se réalise aux Comores ?).

Ibrahim Barwane, anthropologue

(Le titre à été modifié par notre rédaction)

3 commentaires sur « Ndizo Mgu ya ndzao » est perverti au profit des actes odieux et abominables

  1. La doctrine de la Prédestination existent-elle en islam ou les comoriens l’ont empruntée chez certains courants chrétiens pour pervertir les âmes faibles?
    Moi je pense que certains de nos mentalités remontent de la période préislamique et on a fini par tout mélanger.
    À l’exemple du « Maynahuli ».
    En effet, la façon de faire l’héritage aux Comores notamment à Ngazidja est d’origine « Makuwa », un peuple vivant en Afrique de l’est.
    Alors sommes nous tous des makuwas?
    Hi!Hi! .

  2. A la lecture de vos propos, j’en conclu que Dieu ne réalise que les malheurs des comoriens. Cependant au lieu de renoncer à ce dieu de malheur le comorien à encore plus peur d’être privé du paradis et d’aller en enfer. Je suis pessimiste quand à leurs faculté de sortir de ce cercle vicieux.

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