Nord Mali : envoi d’une force armée approuvé, mais calendrier incertain

12 novembre 2012

Nord Mali : envoi d’une force armée approuvé, mais calendrier incertain

Réunion de la Cédéao, le 11 novembre 2012 à Abuja ©AFP

DAKAR (AFP) – (AFP)

Le feu vert
des chefs d’Etat ouest-africains à l’envoi de milliers
de soldats dans le nord du Mali pour en chasser les
islamistes, est un pas décisif dix mois après le
début de l’offensive des groupes armés dans cette
région où ils ont laminé l’armée et
l’Etat malien.

En approuvant les recommandations de leurs chefs
d’état-major d’envoyer 3.300 hommes au Mali, les
dirigeants ouest-africains réunis dimanche à Abuja
ont réussi à surmonter leurs divergences de
départ sur une telle intervention, mais ils se passera
encore plusieurs mois avant qu’elle commence, selon des experts.

Les dirigeants de la transition à Bamako ont attendu
septembre pour demander une intervention, et des chefs
d’Etat comme le Burkinabé Blaise Compaoré,
médiateur de l’Afrique de l’Ouest dans la crise
malienne, ont toujours privilégié le dialogue,
d’autres, dont le Nigérien Mahamadou Issoufou, l’usage
de la force.

« Il y a eu beaucoup de progrès ces dernières
semaines en terme de cohérence internationale »,
souligne Gilles Yabi, d’International Crisis group (ICG)
à Dakar, « mais nous ne sommes cependant pas à
la veille d’une intervention qui se décline dans la
durée », même après accord de l’ONU
associée à sa préparation.

Si, sur « le plan politique et des principes il n’y a plus
de divergences majeures », il doute « que tous les
détails de l’intervention aient été finalisés ».

Le nombre précis d’hommes envoyés par les pays de
la Communauté économique des Etats d’Afrique de
l’Ouest (Cédéao), leur niveau de formation, les
moyens et capacités militaires de la force, son
financement, restent encore flous.

Or, estime Jean-Charles Brisard, spécialiste des
questions de terrorisme, « il faut mettre en place une
offensive massive et rapide car le principal risque, c’est l’enlisement ».

Gilles Yabi table sur une intervention « au deuxième
semestre 2013 », soit un an et demi après le
lancement de l’offensive dans le nord du Mali, en janvier,
de la rébellion touareg du Mouvement national de
libération de l’Azawad (MNLA), à la faveur du
retour de Libye d’ex-rebelles touareg des années 90,
lourdement armés.

Le MNLA était alors allié aux groupes islamistes
armés, Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ansar
Dine (Défenseurs de l’islam) et le Mouvement pour
l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) qui
l’ont rapidement chassé de cette vaste région qui
occupe les deux-tiers du territoire malien.

« Remise sur pied de l’armée malienne »

Depuis juin, ils y imposent avec rigueur la charia (loi
islamique), en procédant à des exécutions par
lapidation, des amputations de présumés voleurs,
des coups de fouet aux buveurs d’alcool, aux fumeurs et
autres « déviants ».

L’armée malienne a été humiliée dans le
Nord et l’Etat y a disparu.

La chute de cette région a été
précipitée par un coup d’Etat militaire qui a
renversé le 22 mars le président Amadou Toumani
Touré, accusé d’avoir laissé Aqmi s’installer
et prospérer dans le Nord sans donner à son
armée les moyens nécessaires pour combattre ces
jihadistes venus d’Algérie.

Les putschistes, dirigés par un obscur officier, le
capitaine Amadou Haya Sanogo, ont rendu le pouvoir à
des autorités civiles de transition, sous pression
internationale, en particulier de la Cédéao.

Mais le capitaine Sanogo reste influent à Bamako où
il a été nommé à la tête d’une
structure chargée de réformer ce qui reste d’une
armée bafouée, composée d’environ 5.000
hommes sous-équipés, censés participer à
la reconquête du Nord.

« Un axe important est la remise sur pied de l’armée
malienne », estime Gilles Yabi et « cela aussi prendra
du temps ».

La décision du sommet d’Abuja de ne pas confier au Mali
le commandement de la force, risque de froisser une partie
de l’armée et les organisations « patriotiques »
opposées à toute intervention étrangère,
compliquant encore un peu plus la tâche des
autorités de transition.

Le sommet a rappelé que, parallèlement à la
force armée, le dialogue avec des groupes du Nord
rejetant le terrorisme et la partition du Mali devait se
poursuivre.Il est actuellement en cours, via la
médiation burkinabé, avec un des groupes
islamistes, Ansar Dine.

Une perte de temps, selon Jean-Charles Brisard : « Ansar
Dine est un point de focalisation aujourd’hui.Mais en
réalité c’est un leurre d’Aqmi, la solution
politique est un leurre.Il y a une problématique
sécuritaire qui doit être résolue sans
préalable politique.C’est aux jihadistes de
déposer les armes ».



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