« On ne change pas une équipe qui gagne »

​   Cet après midi, l’histoire s’est répétée, cruellement, au Stade Olympique El Menzah de Tunis. Les Comores jouent contre le Togo d’Adebayor. Les togolais ouvrent le score, avant que Ben Elfardou égalise, puis donne l’avantage aux verts. Les verts se voient revenir au score dans le temps additionnel. On jouait un match amical mais une victoire aurait pu donner de la force et un capital de confiance supplémentaires à nos joueurs qui vont dans quatre jours affronter le Gabon et son serial buteur, Aubameyang dont l’Europe entière est sous le charme. Les verts prennent un but gag, à la fin du match, douchant un peu les ardeurs de leurs fans. Cruel scenario mais c’est aussi le foot!

  Les Comores mènent 2 à 1, et malmènent des togolais en perte de confiance, peu inspirés, mais surtout qui ont regardé de haut les Cœlacanthes. Le coach, au lieu de conserver cet acquis, procède à trois changements qui ont libéré des espaces. La punition ne s’est pas fait attendre. Contre la Zambie, le Mozambique, l’Ouganda, à Mistamiouli, on prend un but, toujours à la dernière minute. A Ouagadougou, une première-temps valeureuse, avant de sombrer en deuxième période, en prenant deux buts en l’espace de quelques minutes. Un habituel et fâcheux problème de concentration. Quand cela va prendre fin ? 

  Elfardou, notre avant-centre, Youssouf Mchangama, notre meneur de jeu, Bachirou, le milieu défensif, sortent, remplacés par des joueurs certes talentueux mais peu habitués aux joutes internationales. Une manière de tendre le couteau pour se faire poignarder. Le Togo, sans se faire prier, égalise, suite à un coup franc. C’était dans le temps additionnel. Le but était l’œuvre d’ d’Agbéniadan Komlan, le remplaçant du capitaine Adebayor. Un coaching payant pour l’éternel Claude Leroy, entraîneur des Eperviers. 

Le Togo, sans se faire prier, égalise, suite à un coup franc, dans le temps additionnel. Le but était l’œuvre. Cruelle désillusion, celle de voir la victoire nous filer entre les doigts, alors elle nous tendait ses bras, grands ouverts. Alors qu’elle déployait ses grandes ailes en direction de notre banc. Le match prend fin. Les verts  » punis »  sur une baisse de régime dans les tous derniers instants du match, mais aussi suite à des changements un peu trop approximatifs. On ne change pas une équipe qui gagne au risque de s’exposer à une situation fatale : faire chapoter le mécanisme bien en place. Pour cet après midi, un coaching raté. A oublier. 

   Je ne suis pas coach, je parle en tant que passionné d’un sport auquel je voue une ferveur indéfectible : le foot. Mais dans ce sport, comme tous les autres, il y a des principes auxquels on ne déroge pas : on ne change pas une équipe qui gagne. On ne modifie pas un dispositif bien huilé. On ne bouscule pas un ensemble homogène, hermétique, surtout quand on mène au score. On a vu des verts dynamiques, disciplinés, très bons balle au pied, qui ont su poser énormément des problèmes à des togolais mal en point, et un peu trop nombrilistes, face aux supposés petits poucets comoriens,  mais des togolais qui étaient d’abdiquer, de rendre les armes. Alors pourquoi s’entêter à modifier cela ?  Pourquoi changer de monture au milieu du gué ? Un pari toujours risqué. 

  Amir Abdou est un jeune entraineur. Il apprend tous les jours, de ses défaites comme de ses victoires. Je ne cherche pas à être négatif à ses prestations. Je ne vise pas à l’accabler : j’admire sans réserve son travail, son abnégation. Et il est très injuste de lui en tenir rigueur. Amir est un type talentueux, qui travaille d’arrache-pied pour que notre équipe nationale puise se rivaliser avec les grands du continent. La route pour y arriver n’est pas loin. Fini le temps où notre équipe prenait une valise copieusement remplie à chaque sortie. Fini le temps où on faisait de la figuration. Fini le temps où on connaissait l’issue du match avant d’avoir commencé. Aujourd’hui notre équipe joue bien, impressionne par sa jeunesse fougueuse, joueuse, et héroïque, malgré ses moyens financiers affreusement limités. Et quand il lui arrive de perdre, c’est toujours dans la dignité et le respect parce qu’elle sait vendre chèrement sa peau. Du spectacle, du pur bonheur, un peu de colère, légitime, suite à cette égalisation qui tombe comme un cheveu sur la soupe. 

 De l’espoir aussi pour des lendemains qui enchantent. C’est pour bientôt la participation à une CAN vu l’envie, l’enthousiasme et le talent de nos joueurs. J’y crois, fermement, raisonnablement, ce n’est pas de la douce utopie. Un match nul face à une grande formation du continent, cela est de bon augure parce que prometteuse. Un avenir, haut en couleur, nous sourit et c’est aux principaux acteurs de notre foot de conserver cet acquis. 

Bon vent à Amir Abdou, dans son métier ingrat et imprévisible, mais toujours alléchant. 
Abderemane Ali

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