Opinion : Lettre au futur patron du Comité national olympique

Monsieur le Président nouvellement élu ! Le 9 décembre courant, vous serez élus au poste de président du Comité national olympique (Cno). Pour accomplir la mission qui vous est confiée, vous serez accompagnés durant les quatre ans à venir par trois vices présidents, un secrétaire, un trésorier, un contrôleur et quatre membres. Ensemble vous formerez le bureau exécutif. Je vous demande de bien vouloir innover et apporter votre touche personnelle.

Premièrement: la gouvernance et le management doivent être séparés. C’est votre mission première. Regardez ce que fait Jacques Rogge aujourd’hui et, avant lui Antonio Samaranch. Vous avez les compétences pour mener à bien votre tâche. Il est du devoir du Cno de préparer les athlètes présentés par les fédérations. Vous confiez au management le suivi des bourses octroyées par le Cno. Eh oui monsieur le président, le Cno a donné des bourses à des athlètes pour les jeux d’Atlanta en 1996, Sydney 2000, Athènes 2004, Beijing 2008 et Londres 2012. Les bénéficiaires de ces bourses n’ont pas été suivis. Il est de votre devoir de sensibiliser les fédérations qui ont profité de ces bourses pour avoir les résultats escomptés. Edwin Moses (Usa), Serguei Bubka (Ukraine) Saïd Aouita (Maroc) et Guy Drut (France) ont tous leur mot à dire dans le management de leurs fédérations respectives. J’ai toujours en mémoire une anecdote concernant Michel Hidalgo, entraineur et sélectionneur de l’équipe de France de football victorieuse de la coupe d’Europe des Nations en 1984. Au lendemain de ce succès, le président de la République française de l’époque, en la personne de François Mitterrand, lui avait proposé le poste de ministre des Sports. Le breton des Côtes d’Armor a décliné l’offre en disant qu’il ne savait pas comment faire de la politique. Il ignorait que justement le natif de Jarnac le voulait pour son coté management et non pour la gouvernance. Il y a toujours des hommes pour assurer les missions de la gouvernance. Par contre, la priorité doit être donnée au management. Les anciens sportifs de haut niveau ne manquent pas dans notre pays. Vous en trouverez dans votre bureau exécutif. Un ancien médaillé d’or des jeux des îles de 1979 est prêt à vous servir.

Deuxièmement: sensibiliser l’Etat pour qu’il vous soutienne surtout financièrement. Vous n’êtes pas sans savoir, monsieur le président, que depuis 1993, date de notre reconnaissance au niveau international, le Comité national olympique vit avec les subsides de la solidarité olympique. Chose impensable pour les autres pays membres bien soutenus par leurs Etats respectifs. Ce n’est pas à l’Etat de venir vers vous, mais plutôt c’est à vous d’aller vers lui. Le Cno n’a pas réussi à se faire une place au niveau du sport en général. Un constat amer mais réel pour vous prouver la véracité de mes propos: les jeux des jeunes des îles de l’Océan indien ont eu lieu chez nous cette année. En juillet 2012 pour être précis. Le grand absent fut le Cno. Vous savez aussi que les membres du bureau exécutif du Cno se voient régulièrement refuser de visas par les ambassades des pays concernés? Chez nos confrères, le courrier du Cno a la même valeur que le courrier envoyé par un ministère. Pas plus loin que les 9 et 10 octobre 2012, les Comores ont raté une opportunité de taille: la présidence du Cij. Une réunion pour élire le président du Cij a eu lieu à Saint-Denis de La Réunion. Cette occasion nous aurait permis d’avoir de l’expérience à travers les jeux des îles qui auront lieu à La Réunion en 2015 pour organiser ceux de 2019 sur nos terres. Je rappelle que les Comores sont candidats et ont de fortes chances de les organiser avec le retrait des Maldives. Pour que des choses de cette nature ne se reproduisent plus, il est de votre devoir de donner au Cno sa place qui lui revient de droit aussi bien au niveau national qu’au niveau régional et continental (Acnoa et autres). Sachez que le comité d’évaluation viendra prochainement inspecter nos infrastructures, mais surtout constater l’engagement de l’Etat. Il viendra vérifier sur place, tout comme l’état d’avancement du dossier.

Troisièmement: créer une cellule de communication digne de son nom. Elle permettra au néophyte en sport de tourner sa langue mille fois avant de se prononcer sur les résultats enregistrés par nos athlètes lors des jeux olympiques d’été. Il a toujours tendance à vous accuser à tort d’être le responsable des contre performances de nos athlètes. Je sais très bien que celles-ci sont à mettre au crédit des fédérations concernées. Dans les autres pays, les fédérations sont pointées du doigt en cas de résultats médiocres alors que chez nous, et seulement chez nous, on vous accuse de tous les maux du sport comorien. Les comités nationaux olympiques du monde entier travaillent avec une sérénité peu commune. Ils établissent des projets et vont les soutenir devant la solidarité olympique qui les finance à son tour. L’homme de la rue doit connaître le rôle du Cno et ne plus le confondre avec les fédérations. Ce travail passe par une communication réfléchie et bien rodée.

Quatrièmement: consolidez les acquis de vos prédécesseurs. Un des vos prédécesseurs, si ce n’est vous-même, avait fait venir Juan Antonio Samaranch aux Comores. Ce dernier avait toute suite compris que les Comores auront toutes les difficultés du monde à faire retentir leur hymne national aux jeux olympiques, faute d’infrastructures pour préparer les athlètes. Sa visite à l’Injs lui avait tellement touché qu’il a aussitôt envoyé dés son retour, des experts venus faire des études du stade de Maluzini. C’est à partir de cette étude que les autorités chinoises effectueront leurs travaux du stade omnisport de Maluzini.

Cinquièmement: vous le savez, monsieur le Président, mais je le redis, les Comores passent par l’universalité pour participer aux jeux contrairement aux grandes Nations du monde qui passent par les minimas. Certes, l’universalité nous offre une assurance de deux places aux jeux avec une femme et un homme. Je ne suis pas un adepte de cette démarche. J’ai l’intime conviction qu’avec des infrastructures de haut niveau, nous aurons des athlètes performants. Comme tous les pays du monde qui envoient des êtres humains comme nous, nous afficherons des ambitions nouvelles pour avoir des médailles. Nous passerons par les minimas et avec un peu plus de courage et de volonté nous viserons une médaille. Nous sommes un des rares pays qui vont aux jeux avec la certitude de revenir sans médailles puisque nous passons par l’universalité. C’est triste mais c’est le cas monsieur le président.

Sixièmement: Sachez enfin, monsieur le président, que Mayotte participe aux jeux des îles sans drapeau, ni hymne national et ne peut en aucun cas les organiser. Ce mérite revient au Cno qui réussit là où les politiques ont échoué. Le Cno défend l’Unité nationale sans avoir l’appui de l’Etat en retour. Il s’agit d’un acquis qui ne peut être consolidé que par la sensibilisation des autorités. A la longue, Mayotte se trouvera dans l’obligation de réintégrer l’ensemble comorien. A force de constater leur présence sans intérêt, les athlètes mahorais reviendront dans leurs origines. Il n’est pas interdit de rêver monsieur le président.

Par Papa Moirab

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