Pas d’émergence sans une lutte contre la corruption

La Stratégie de Croissance Accélérée de Développement Durable  (SCA2D) offre un cadre de développement à moyen terme pour jeter les bases de la réalisation de la vision du gouvernement qui est de « faire des Comores un pays émergent d’ici 2040, respectueux des droits de l’Homme, de l’égalité de genre et promouvant l’Etat de droit ». Cette émergence est relatée dans tous les discours du Chef de l’Etat. Dans son discours prononcé à l’ occasion de la journée mondiale des douanes, le Président de l’Union Azali Assoumani a réaffirmé son ambition d’enclencher une «  dynamique de développement pour «  atteindre l’émergence à l’horizon 2030 ».  

 

Selon l’encyclopédie Wikipédia,un pays émergent, ou économie émergente, ou encore marché émergent est un «  pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connait une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques et sociales converge vers ceux des pays développés avec une ouverture économique au reste du monde, des transformations structurelles et institutionnelles de grande ampleur et un fort potentiel de croissance » .

Le Centre D’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII, 1996) définit le concept de pays émergent à partir de trois critères suivants:

 

  • un niveau de richesse (revenu moyen par tête en 1996 inférieur de 70% au niveau moyen des pays de l’OCDE) ;
  • une participation croissante aux échanges internationaux de produits manufacturés (croissance des exportations de produits manufacturés supérieure de 2% par an à la croissance des échanges mondiaux) ;
  • une attraction exercée sur les flux internationaux de capitaux (rôle des places financières).

 

Ainsi l’émergence est étroitement liée à la croissance économique. Des nombreux économistes ont mené des travaux sur l’influence de la corruption sur la croissance économique. La Banque mondiale a édité une synthèse sur le sujet qui montre que «  la corruption génère des effets néfastes sur les investissements, les étrangers boudant les pays corrompus ». Elle affecte aussi les dépenses publiques car les recettes fiscales  qui sont détournées avec le développement d’une économie parallèle.

 

Les Comores figurent dans la queue de peloton du classement 2016 de l’ONG allemande TransparencyInternational. Un classement  qui concerne 176 pays, du plus corrompu au plus vertueux, sur une échelle de 0 à 100. Notre pays est le pays le plus corrompu de la région Océan Indien (153 e), derrière Maurice (47 e), la Tanzanie (116 e), Djibouti (123e) Madagascar (145e) et la Kenya (145 e). Au lieu d’intensifier sa lutte contre la corruption, les Comores ont tourné le dos à cette lutte.  Le 9 décembre 2016, le monde ont célèbre sans les Comores  la journée internationale de lutte contre la Corruption. Le thème de la Journée  était  » La corruption: un obstacle aux objectifs de développement durable ». Dans son message publié à l’ occasion de cette journée, l’ancien Secretaire Général des Nations Unies avait affirmé que le « Programme de développement durable à l’horizon 2030 est un nouvel instrument mondial ambitieux qui vise à transformer notre monde et à bâtir un avenir meilleur pour tous. Toutefois, alors que nous nous apprêtons à le mettre en œuvre, nous devons faire face à un obstacle de taille : la corruption ». Il a ajouté que «  tous les pays sont concernés par ce problème, et il appartient à chacun d’entre eux d’y mettre fin. La corruption étouffe les peuples, les collectivités et les nations. Elle affaiblit les systèmes d’éducation et de santé, sape les processus électoraux et accroît les injustices en entravant le fonctionnement des systèmes de justice pénale et en compromettant l’état de droit. Le détournement des ressources nationales et étrangères lié à la corruption anéantit les progrès accomplis sur les plans économique et social et accentue la pauvreté. La corruption est préjudiciable à tous, mais ce sont les groupes pauvres et vulnérables qui en souffrent le plus ». L’objectif 16 des objectifs du développement durable prévoit ainsi une réduction nette de la corruption et de la pratique des pots-de-vin et la mise en place d’institutions efficaces, responsables et transparentes à tous les niveaux.

 

 

La corruption est un phénomène social, politique et économique complexe, qui touche notre pays. Elle sape les institutions démocratiques, ralentit le développement économique et contribue à l’instabilité gouvernementale. Elle s’attaque aux fondements des institutions démocratiques en faussant les élections, en corrompant l’État de droit et en créant des appareils bureaucratiques dont l’unique fonction réside dans la sollicitation de pots-de-vin. Elle ralentit considérablement le développement économique en décourageant les investissements directs à l’étranger et en plaçant les petites entreprises dans l’impossibilité de surmonter les « coûts initiaux » liés à la corruption.

 

 

Aux Comores la dernière célébration officielle de cette journée date de 2011. 6 ans après, beaucoup d’eau a coulé sous le pont de nos attentes. La corruption a pris des proportions inquiétantes dans notre pays. Le nouveau président, Azali Assoumani  ne s’est pas engagé somme son prédécesseur dans une lutte contre la corruption. Il a plutôt envoyé des mauvais signaux aux investisseurs et à la communauté internationale en abrogeant certaines dispositions de la loi N° 08-13/AU du 25 juillet 2008, relative à la transparence des activités publiques économiques, financiers et sociales de l’Union des Comores, dans le décret N° 16-228/PR du 8 septembre 2016. Un décret finalement annulé le 13 octobre 2016, par la Cour constitutionnelle.

  

La corruption est devenue une véritable menace pour la stabilité et la sécurité des Comores. Elle sape les institutions et les valeurs démocratiques, les valeurs éthiques et la justice et compromet le développement durable et l’état de droit. Il ne peut y avoir d’émergence de l’ Union des Comores sans une lutte implacable contre la corruption.

Comores droit

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