Pourquoi le Général Salimo Amir doit-il mourir ?

Le 4 juillet dernier, la cour suprême des Comores a rendu une décision de non recevabilité du recours déposé par les avocats de Salimo Amir sur son renvoi devant la cour d’assises, par la chambre d’accusation, dans l’affaire concernant l’assassinat du Lieutenant colonel combo Ayouba. Cette décision reste dans la logique de l’instruction soit une instruction à charge, sans preuve. Curieusement, au regard du texte et de la réaction de l’avocate Maitre Harmia, il y a lieu de croire qu’il y a, dans cette affaire une mise en scène bien orchestrée.

1°) Les membres de la cour qui ont statué sont en grande partie les mêmes qui ont statué à la chambre d’instruction. Je veux parler de Nidhoime Attoumani, Procureur Général à l’époque de la décision, Nordine Abodo, Président de cette chambre, aujourd’hui procureur de la cour suprême. Il leur serait donc difficile de se renier par le seul fait qu’ils ont eu une promotion. Leur nomination à la haute cour pour statuer sur ce dossier marque en soi, un aveu des autorités politiques de finir comme cela, a commencé. Ce qui est au terme du droit inconcevable, car, la philosophie de l’appel est de permettre à d’autres magistrats non impliqués dans la première juridiction d’examiner les faits avec une nouvelle approche, pour que la décision finale de justice se rapproche de la vérité.

2°) le texte de la cour suprême révèle que le dépôt de l’appel était tardif parce que le délai prescrit est de 5 jours, sans préciser à partir de quand, drôle pour un texte judiciaire. Cet argument est balayé par l’avocate de la défense, Maitre Harmia, qui cite l’article 217 du code de procédure criminelle et la jurisprudence en la matière. Néanmoins, maitre Harmia n’a pas expliqué, par quelle astuce juridique, elle a pu déposer un recours par anticipation à une décision, car on le sait aujourd’hui, que jusqu’à présent, la notification n’a pas été faite par le procureur général. Si cette anticipation était une précaution d’usage, pourquoi le recours n’a-t-il pas été déposé dans les 5 jours par cette même précaution, suivant l’annonce de la chambre d’accusation, en attendant la notification officielle ?

3°) Il n’est un secret pour personne que le Général Salimo est un « Zanatane », détail parfois oublié, mais qui a tout son intérêt. Pourtant, entre les deux grandes catégories connues les « Zanatanes » et les « Tarékatanes »(les natifs et les élevés à Madagascar), s’est constituée une toute nouvelle catégorie dénommée : « les Adzoudzou » en opposition avec les « Com’red » ou camarades (nom prêté aux comoriens venus de la côte est de l’Afrique). Ce terme est retourné par les Comoriens pour désigner leurs utilisateurs. Il désigne par moquerie les Comoriens moyens et honnêtes et veut dire : les « vaut rien ».

Cette nouvelle caste de comoriens a pour devise : « Zanatane tsi sahirana » (tous les moyens sont bons pour gagner de l’argent).Elle regroupe en son sein, les adeptes de la corruption, de la prostitution, des vols en bandes organisées et bien d’autres.

4°) Juste avant le débarquement du 25 mars 2008, sur l’île rebelle d’Anjouan, des divergences d’approche, opposaient le chef de l’Etat et chef des Armées, Ahamed Abdallah Sambi, et son chef d’État-major des armées, le colonel Salimo Amir. Cette situation a poussé le Colonel Salimo, à l’époque, à s’exiler à Mohéli, pour préparer son plan d’attaque et de bataille en toute quiétude. Les premières escarmouches entre les rebelles de Mohamed Bacar et les commandos de reconnaissance dans la région de Moya, ont fait éclater au grand jour, les intentions de l’ex président Sambi, à savoir, son hostilité à l’idée d’un débarquement. Il aurait préféré, comme son prédécesseur, éterniser des préparatifs sans concrétisation de l’action.

5°) Le 31 août 2010, le jour de son arrestation, on a vu les hauts gradés militaires lui empêcher de retourner au camp de Kandani, alors qu’il n’était pas démis de ses fonctions et de surcroit, ces hauts gradés n’étaient pas censés connaitre la décision du juge. L’armée, contrairement à la gendarmerie, n’est pas, il faut leur rappeler, une auxiliaire de justice ! Ironie du sort, les gradés plus acharnés, contre le nouveau Général, sont ceux qui défendent la tradition militaire comorienne bien connue qui est : la désertion en cas d’intervention étrangère, l’absentéisme lors de la mobilisation et la maladie pour ne pas dire les plâtrages, pour s’épargner les champs des batailles.

En débarquant sur l’île d’Anjouan le 25 mars 2008, le Colonel Salimo et ses hommes, ont démenti toutes les théories, qui durant les 7 années de pouvoir du colonel Azali, prévalaient au palais, à l’Etat Major des armées et au gouvernement. Ces théories prédisaient des pertes humaines colossales et des insuffisances budgétaires. Or, sur ces points, le succès était total et aucune perte humaine n’était à déplorer. Néanmoins, malgré un succès total, aucun responsable politique n’a été poursuivi, hormis une mise en scène sur Mohamed Bacar, l’ex-chef rebelle. On voit là, la collusion entre hommes politiques et magistrats du moment.

En faisant ce choix de l’honneur national, de la dignité de sa profession, de la sagesse et de l’ordre, le colonel Salimo Amir a tranché avec ses illustres prédécesseurs de 1975, 1978, 1989, 1995 et 1998.

Ce « Zanatane » aurait pu s’inscrire dans les actions les plus lucratives, comme la vente des équipements militaires, comme certains l’ont fait, constituer son réseau de call girls, ou détourner les fonds de l’armée, ou monter une entreprise de sous-traitance fictive, mais il a fait l’autre choix.

Par son action et sa persévérance, il a montré qu’il n’était pas un Ali Soilihi Mtsachioi, qui, un 3 août 1975, a accepté de casser le dynamique de l’unité nationale, née le 6 juillet 1975, pour un pouvoir dont les conséquences dramatiques pour le pays entier, ne sont plus à démontrer, à commencer par l’instauration et puis la pérennisation du mercenariat au Comores depuis cette date, suivi, on le sait, du processus du démentiellement des Comores dont Mayotte est le pivot.

Il a prouvé qu’il n’était pas un Abdou Soefo, ni un Nordine Abodo, qui tous deux, d’abord à Mohéli, lors des négociations dites de réconciliation nationale, ont sacrifié les jalons de l’unité du pays, afin de préserver quelques privilèges de fonction. Un Abdou Soefo qui, une fois devenu ministre des affaires étrangères, n’a pas hésité une seconde, à ouvrir à l’île de Mayotte les portes des jeux des îles de l’Océan Indien et par voie de conséquence, son intégration dans les organisations régionales.

La liste serait longue, tant les « Adzoudzou », ont pris possession de l’éducation nationale où ils trafiquent les diplômes, dans les tribunaux, où les jugements se font au gré du montant réglé, à la police où le trafic des passeports et autres falsifications de visas dépassent maintenant les frontières du pays etc…

Comment alors ne pas comprendre que tout ce beau monde, avec la puissance qu’il représente, à la fois par le pouvoir, la force et la communication, n’use de tout son poids contre ce récalcitrant ? Croire en une justice comorienne à la solde des « Adzoudzou » et des plus offrants, cela ne reviendrait-il donc pas à confier son destin à un charlatan ou un Marabout ?

Il y a bien là, une preuve irréfutable, si besoin était, que cette affaire est un complot, monté de toute pièce avant ou après l’assassinat de lieutenant colonel Combo. La justice aurait démêlée le vrai du faux si elle s’en donnait les moyens, sauf qu’elle montre, qu’elle est partie intégrante du complot.

Le lieutenant colonel Combo est assassiné, à un moment où la tension entre le chef d’état Major des armées et la présidence était à son comble. Il avait dénoncé un complot visant sa personne et préparé par des gradés et des politiques. Malgré, la transmission par courrier de l’information, le procureur comme la hiérarchie politique, n’ont jugé utile d’ouvrir une information préalable.

Paradoxalement, les dirigeants politiques sont allés cherchés dans des pays tiers, des mercenaires pour leur confier la sécurité du pays sur le dos de l’armée nationale de développement et du parlement. L’opposition du Général Salimo Amir à ce projet, a ouvert les portes aux appétits des grades. Probablement, cette grande machination, qui a commencé avec l’assassinat de Combo, de manière lâche vise d’atteindre le Général Salimo Amir par le biais la loi falsifiée.

Si maintenant, on met bout à bout, les velléités des politiques, la jalousie des militaires, l’hostilité des séparatistes et la revanche des « Adzoudzou », on comprend pourquoi les tergiversations sont nombreuses pour aboutir sans nul doute, au passage à la guillotine de celui qui devait être notre modèle de dignité. Mais, cette volonté ne répond qu’à une pratique très célèbre chez nous, qui consiste à vénérer les traitres et les lâches pour orienter l’histoire, comme si celle ne se fait pas d’elle-même.

L’affaire Combo est une affaire bouclée par avance, où les magistrats, les avocats, les cadres militaires, et les hommes politiques travaillent de concert pour un jugement exemplaire : la peine capitale.

Aujourd’hui, le Général Salimo est en train de payer pour son amour à la patrie et à sa profession. Ayant été parmi les rares officiers comoriens à agir pour le métier qu’il a choisi au lieu des promotions déméritées, ayant démenti les rapports colportés par ses prédécesseur, dans la fonction qu’il occupait. Alors, il doit payer de sa personne pour que dans l’avenir, personne d’autre ne se hasarde sur la voie de l’honneur et de la dignité. Cette orientation, fixée depuis 37 ans par nos illustres dirigeants, ne doit pas avoir d’exception.

Par ce texte, je voudrai te dire toi, Salimo Amir, fils de paysan de Dzahadjou, que quel que soit le sort que l’on te réserve, tu dois avoir ta conscience tranquille, t’a accompli ton devoir, le peuple t’en sera reconnaissant aujourd’hui ou demain, peu importe. Bon ramadan.

Moroni ce jeudi 19 juillet 2012.
Abdoullatuf Abdouchacour.


1 commentaire sur Pourquoi le Général Salimo Amir doit-il mourir ?

  1. Bon jour!Je remercie tout d’abord la rédaction de Infos Comores infos pour la pertinence de cet article et M. Abdoullatuf Abdouchacour tout particulièrement.Cet article soulève une question très importante qui est celle de l’incarcération arbitraire de l’ancien général Salimo Amir.Si cette histoire est dans la bouche de tout le monde,peu sont ceux qui écrivent sur cette machination politico-judiciaire.Je voulais souligner aussi le fait que si je suis d’accord avec vous sur la question du citoyen Salimo Amir,je ne suis cependant pas d’accord avec vous sur celle qui consiste à classer les comoriens en « Zanatane », »Tarékatanes » et « Adzudzu » dans lesquelles castes on aurait tel ou tel comportement selon qu’on soit Zanatane,Adzudzu ou autre.Tout réside dans l’éducation de la personne!
    Et pour revenir au cas Salimo Amir,je voudrais vous dire mon indignation quant à la passivité du peuple comorien face cette injustice.Je me rends compte que nous continuons toujours à croire à tort, que le présidant quels que soient ses agissements est le représentant de Dieu sur terre,donc inamovible, jusqu’à ce que Dieu veuille lui même le déposer!Ce qui est très naïf à notre époque,cette époque où tout le monde connait ses droits devant la justice et où on sait qu’un présidant n’est rien d’autre qu’un citoyen comme nous que nous avons élu pour nous servir et seulement pour ça!Un maxime sénégalais dit « Je te prête le pouvoir de mon peuple,pour me rendre le développement de ma patrie »,c’est pour dire que c’est le peuple qui est souverain et c’est lui qui décide de ce qu’il veut!Alors je lance donc à tout le peuple comorien un appel pour s’unir et lutter contre les injustices que nous endurons au quotidien à commencer par celle des emprisonnements illégaux!Merci

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