Premier forum de l’orientation et des métiers : Apprendre des métiers «en adéquation avec l’emploi»

Le constat est le même partout ou presque. Les jeunes Comoriens ne s’intéresseraient pas suffisamment aux métiers porteurs du moment. Plusieurs dirigeants d’unités du secteur privé incitent les jeunes à aller dans des métiers «autres que l’enseignement». «Nous sommes disposés à recruter mais comment le faire? La main-d’œuvre manque cruellement d’employés suffisamment qualifiés». Tel est l’un des leitmotivs lancés à l’occasion du premier grand rendez-vous comorien de l’orientation et des métiers. 

Par Abdallah Mzembaba

 

Du mardi au jeudi se tient le Premier forum de l’orientation et des métiers au Palais du peuple. L’événement se veut être un point de départ dans la détection de talents, l’apprentissage à des métiers porteurs ou encore l’orientation des jeunes comoriens dans leur choix de carrière. Un constat a été dressé que, d’un côté, il y a une main-d’œuvre abondante dans des métiers bien déterminés tel que l’enseignement, alors que de l’autre il subsiste un manque criant d’employés dans des métiers pourtant unanimement jugés d’avenir pour le pays.

De ce fait, plusieurs dizaines d’entreprises ont fait le déplacement au Palais du peuple pour, disent-t-elles, «mettre en lumière leurs activités, faire naitre des passions et pourquoi pas recruter ceux qui répondent aux critères qu’elles recherchent». 

«Déficit de main d’oeuvre qualifiée»

Patron de l’entreprise Cbe, Mahamoudou Ali Mohamed, estime que beaucoup de jeunes ignorent ce que font les entreprises et que c’est l’occasion pour elles de venir à leur rencontre. «Nous sommes obligés de recruter des étrangers dans certains postes alors que cela nous reviens très cher». Si cette situation persiste c’est parce que, selon lui, les jeunes Comoriens convergeraient vers les mêmes métiers et ignorent certains autres comme ceux que propose le secteur privé. «Aujourd’hui je suis en mesure de recruter, j’ai besoin de recruter mais comment puisque la main-d’œuvre que je vise n’existe pas ou du moins pas suffisamment au niveau local».

Mahamoudou Ali Mohamed citera en exemple la maintenance au niveau de la mécanique, de l’électrique ou encore de la soudure mais aussi dans le domaine du concassage.
Le constat est le même du côté de Moroni Terminal. Son coordinateur ressources et exploitations, Ali Ahmed Kombo, incite à aller dans des métiers autres que l’enseignement. «Nous sommes disposé à recruter mais comment le faire? La main-d’œuvre manque cruellement d’employés suffisamment qualifiés», lance-t-il.

A la question de savoir quelles filières ils recherchent, l’intéressé nous a parlé d’informatique, de gestion mais aussi de droit maritime. Comme les deux sociétés citées d’autres entreprises et institutions émanant d’horizons différents ont répondu présent, à l’instar de la Meck-Moroni, du Retaj, de Telma, de l’Anpi, de Graphica, de l’Alliance française, de Campus France, de France Alumni, de Synergie jeune, d’I2A, de la Bic, du commissariat à l’éducation ou encore de Karibu Hebdo.
  
Politique d’orientation

Le président de l’Université des Comores (Udc), Saïd Bourhani Abdallah, déclare que depuis son ouverture l’Udc «accueille des étudiants mal informés et pas du tout orientés» alors qu’ils «devaient l’être depuis le secondaire, en principe dès la classe de Troisième». Il mettra en exergue les chiffres de son établissement avec mille étudiants en 2003 à plus de neuf mille quatre cent en 2015-2016. Une hausse qui n’est pas prête de s’arrêter avec 54 pour cent de bacheliers en 2007, 68,96 en 2013 et 86,87 en 2014.

Mais Saïd Bourhani Abdallah se veut prévenant : «Il nous faut renverser une tendance ancrée à l’université : celle d’une université coupée du monde du travail». Selon lui, l’offre de formation actuelle de l’université ne répondrait pas de manière satisfaisante aux besoins du pays «avec ses formations généralistes, à dominance littéraire/sciences humaines et sociales».

Ambassadeur de France auprès des Comores, Robby Judes est, pour sa part, revenu sur le rôle de Campus France qui «occupe une place majeure dans notre dispositif, en permettant aux étudiants comoriens de compléter leur cursus dans des masters et des doctorats que n’offre pas encore l’Université des Comores, et en élargissant ainsi le panel des possibles en termes de formations».

De son côté le ministère de l’Education a réaffirmé sa volonté de mettre en place dans les meilleurs délais un centre d’information et d’orientation scolaire dans le but de mieux accompagner et faciliter l’insertion des jeunes dans le monde professionnel. 

Rompre avec le passé 

Abdou Mhoumadi a, par ailleurs, rappelé que «jusque-là nous nous sommes contentés d’envoyer nos étudiants dans les universités du monde sans nous soucier ni de la qualification recherchée, ni des besoins réels du pays ni de l’étroitesse du marché de l’emploi». Ce qui a pour conséquence d’aboutir à une situation qui n’aide personne au final puisque «nos élèves et nos étudiants choisissent le chemin qui leur semble le plus court et le plus rapide : les filières académiques, littéraires, qui sont à vrai dire les chemins les plus longs, les plus difficiles, les plus coûteux et les plus inadaptés pour bâtir sa vie et contribuer au décollage économique du pays».           

Alwatwan 

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