Présidentielle – Comores : vers un recomptage des voix ?

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L’heure est à la méfiance et à la suspicion depuis l’annonce des résultats provisoires, selon lesquels le vice-président des Comores et candidat du parti au pouvoir, Mohamed Ali Soilihi, serait en tête.

9 heures, lundi 22 février – lendemain de l’élection présidentielle – le dépouillement des urnes, par la Commission électorale nationale indépendante, se poursuit dans le calme, selon, la Gazette des Comores, le quotidien indépendant d’informations générales. Selon les premières tendances issues du dépouillement, reprises par le quotidien indépendant, trois candidats forment le « trio de tête : Azali Assoumani, l’ancien président des Comores, Fahmi Said Ibrahim, le candidat soutenu par le parti de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, et Mohamed Ali Soilihi, le candidat du parti au pouvoir. » Mais « tout se joue dans un mouchoir de poche, pour la troisième place », précise le quotidien. Ce même lundi, l’éditorial du directeur de publication du quotidien national des Comores, Al Watwan, Ahmed Ali Amir,  ne mentionne aucunement les premières estimations. Toutefois, Ali Amir félicite la Commission nationale électorale pour sa promptitude à interdire la production de  procuration, à la suite d’une polémique autour de la délivrance véridique ou supposée de 30 000 documents. « La majorité des candidats a salué la commission parce que la peur des documents frauduleux comme par le passé risquait d’inverser des résultats dans bien des régions éloignées des feux des projecteurs », affirme-t-il ainsi . Pour le directeur d’Al Watwan. Les trois candidats arrivés en tête doivent se prêter au débat télévisé en direct au second tour. Une étape est franchie, selon lui.

Proclamation retardée

Mercredi 24 février, les résultats provisoires  sont proclamés par la Ceni. Prévus à 16 heures, mardi, ils sont finalement annoncés à 1 h 30 du matin, rapporte le journal Al Watwan. Avec 17,61 %, le candidat du pouvoir Mohamed Ali Soilihi « caracole en tête ». Il est suivi de Mouigni Baraka Said Soilih, le gouverneur de la Grande Comore qui obtient 15,09 %. L’ancien président Azali Assoumani ferme la marche avec 14,96 %. Fahmi Said Ibrahim, le candidat du parti Juwa (Soleil) et l’un des favoris, le talonne de près avec 14,45 %. Il ne fait pas partie du trio. Pourtant, « tard dans la nuit d’hier [dimanche], les partisans du candidat soutenu par le Juwa ont célébré ce qu’ils considèrent comme une victoire irréversible , avait affirmé lundi la Gazette des Comores. Détail important, les quatre candidats favoris sont tous arrivés les premiers, d’après leurs QG. Une annonce reprise par une partie de la presse locale. La bataille sur les chiffres est lancée.

Une attente suspecte et « des chiffres incohérents »

Mais, l’attente a été longue et suspecte, constate  la presse comorienne. « Ce report a nourri les rumeurs les plus folles. Certains parlent d’un coup fourré en préparation pour la disqualification d’un candidat tandis que d’autres expliquent cet ajournement par un problème de « conformité de chiffres », souligne une journaliste d’Al Watwan. Mais, mercredi, le journal national a aussi annoncé la saisie de la Commission électorale insulaire par Abdallah Salim, candidat du parti Juwa au poste de gouverneur de la Grande Comore. Ce dernier, « candidat malheureux », a signifié des « incohérences notoires des  résultats », rapporte le journal. Le total des suffrages pour les gouverneurs de l’île de la Grande Comore atteint 104 % au lieu de 100 %. À noter que la présidentielle était couplée avec l’élection des gouverneurs des îles.

Rejet des résultats provisoires par les candidats, dont Azali, et de Saïd Ibrahim

« La CRC [La Convention pour le renouveau des Comores] et le Juwa rejettent les résultats provisoires de la Ceni », informe la Gazette des Comores. Le Juwa demande à la Ceni un nouveau décompte des résultats, en présence de la communauté internationale. La CRC envisage « d’interpeller la Cour constitutionnelle », fait remarquer la Gazette des Comores. D’après le quotidien indépendant, les estimations du parti d’Azali Assoumani le placent en première position. « Selon le QG du parti Juwa, Fahmi Said Ibrahim devrait faire partie des trois candidats retenus pour le second tour », rapporte Mohamed Youssouf, un journaliste de la Gazette des Comores. Les deux parties, selon le journaliste « crient à la fraude ». Mais, ce ne sont pas les seuls constate-t-il. « À en croire Fahmi Said Ibrahim, 23 candidats à l’élection présidentielle sur les 25 contestent les résultats », souligne  le journaliste. Dernière information, venant de l’agence de presse comorienne HZK, 19 candidats organisent un grand rassemblement, ce samedi pour « dénoncer la fraude électorale ». D’après une partie de la presse comorienne, ces voix s’élèvent contre le parti au pouvoir, jugé d’être la source « des incohérences ». Dans la matinée de mercredi, d’autres résultats ont été présentés, lors d’une conférence de presse, tenue par Mohamed El-Had Abbas, le ministre de l’Intérieur, en charge des élections. « Dans son rapport, le ministère en charge des élections place Mohamed Ali Soilihi en tête avec 17,88 %, suivi de Mouigni Baraka Said Soilihi avec 15,60 % et enfin, Azali Assoumani avec 15,09 %. Fahmi Said Ibrahim se trouve relégué lui en 4e position avec 14,71 % », cite la Gazette des Comores.

Le directeur d’Al Watwan s’insurge sur Facebook

En parallèle, sur le réseau social, Facebook, le directeur de publication du journal Al Watwan accuse. « Qui peut après la diffusion du tableau sur les résultats du scrutin des gouverneurs de l’île de la Grande Comore, croire encore à l’efficacité de nos structures électorales et aux compétences des experts qui y sont affectés. Comment peut-on affronter froidement le pays et le monde entier pour sortir des chiffres aussi invraisemblables. Augmenter sans s’apercevoir 4,41 % pour en faire un total de 104,41 % et rajouter plus de 4 600 voix a de quoi vous foutre en rogne. » Pour le journaliste, travaillant depuis plus de trente ans pour Al Watwan, et récemment nommé directeur de publication, la démocratie est en péril aux Comores. « Après des élections propres saluées par l’ensemble de la classe politique et la communauté internationale, comment peut-on encore avec une audace insolente se tromper sur des calculs. Si l’intention était frauduleuse, qui a diligenté ces opérations et au profit de qui ? » s’interroge-t-il. Mais il ajoute : « Les communiqués des observateurs publiés après ces résultats, censés apporter des éclairages, sont si évasifs, imprécis et ambigus, qu’ils rajoutent à la confusion générale. » Ali Amir, en quête de cohésion, fait appel aux « responsabilités » et presse les Comores à se repositionner pour la paix. « Personne n’a intérêt à être élu sur la base de tant de suspicions au risque de fragiliser la prochaine présidence et de (dé)légitimer le pouvoir. »

Faissoili Abdou, lanceur d’alerte

La veille de ce cri alarmant d’Ali Amir, Faissoili Abdou, journaliste indépendant, basé en France s’était aussi manifesté sur Facebook. Il cherchait à comprendre la situation. « Mon cher compatriote, cher ami électeur, est-ce vraiment ton choix où est-ce le résultat des manigances de ces truqueurs qui veulent t’imposer un choix qui n’est pas le tien ? Toi que j’ai vu ces trois dernières années battre inlassablement le pavé pour réclamer sans succès de l’eau, de l’électricité, des soins pour les malades, des salaires réguliers », interrogeait-il. Une analyse lue et partagée par ses confrères aux Comores sur Facebook.

Par Houmi Ahamed-Mikidache

http://afrique.lepoint.fr

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