QUAND ÉTUDIANT RIME AVEC POLITICIEN !

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D’étudiants à politiciens, il n’y a qu’un pas que les Comoriens de Dakar franchissent.

« Il m’a été notifié que les étudiants Comoriens au Sénégal étaient tous des politiciens ». La phrase vient de M.Ansudine Abdallah, ancien ambassadeur des Comores auprès du Sénégal.

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Politiciens pédagogues, les étudiants Comoriens de Dakar le sont dans l’âme. Toutefois, ces dernières années, cette réalité prend des proportions plus qu’inquiétantes. Ces « ambassadeurs » Comoriens jadis unis par la volonté de réussir ensemble, se découvrent des appétits politiques personnels et disproportionnés.

En herbe, en puissance ou confirmé ?

Cette tendance à la politisation de l’espace estudiantin Dakarois est l’œuvre d’une amicale dont certains vouent une adoration sans frontière pendant que d’autres la fuient pour des raisons flagrantes. À l’origine, cette dernière (Aeescos) devait cultiver le savoir-vivre dans  l’unité, le développement personnel, la prise d’initiative, la prise de responsabilité, l’esprit républicain…

Les étudiants Comoriens de Dakar s’y reconnaissent dans cette amicale qui n’a rien d’amical désormais. Cette structure divise en ce sens où, elle est représentative de tous les étudiants pour les uns, alors que les autres arguent une représentativité unique pour les membres ayant souscrit à l’adhésion. Une dissociation des mots « amicale et communauté » s’impose. L’Aeescos représente tous les étudiants Comoriens au Sénégal, mais tous les étudiants Comoriens ne sont pas l’Aeescos. N’est-ce pas antinomique ?

L’amicale des élèves, étudiants et stagiaires Comoriens au Sénégal (Aeescos) est devenue ces dernières années, le tendon d’Achille de la réussite des représentants Comoriens. Un véritable vivier pourvoyeur de déboires et de regrets à tous les niveaux.

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Études, quelles études ?

Autrefois objectif principal des étudiants Comoriens, les études sont devenues secondaires pour certains férus de l’Aeescos. Certains étudiants n’hésitent désormais plus à mettre en standby leurs « chères » études au profit d’impératifs aeescossiens. Au nom de l’Aeescos, des étudiants rentrent aux Comores sans les diplômes requis, sans les compétences indispensables et sans le savoir-vivre nécessaire. Des étudiants font 5, 6,7 voire 8 ans et regagnent les Comores sans un master pour les uns, sans la licence pour les autres et voire même avec le bac comme seul diplôme. La suspicion quant à la formation et les études des « dignitaires » de l’Aeescos demeure dans les esprits. Des non-diplômés en puissance !

De la politique mais aussi … de la politique

Aux yeux d’une frange d’étudiants Comoriens à Dakar, l’Aeescos est une entité dont l’aura est semblable à celle d’un État légalement constitué. Pour élire les « gouvernants » de l’amicale, tout un arsenal démocratique est mise en place à commencer par une période de campagne. Les candidats tissent des alliances, obtiennent des financements et font des allers-retours dans les différentes « maisons Comoriennes » avant d’organiser une journée de Face to Face. Ces élections (tout ce qu’il y a de démocratique) demandent une implication sans failles avec des grands meetings et un financement certain. Les partis s’activent, les conseillers se multiplient et les coups bas sont légion. Quand on vous dit politique…une commission électorale se charge de dépouiller les bulletins et de délibérer. Comme dans toute démocratie qui se respecte, les recours peuvent provoquer une annulation pure et simple du scrutin tant des irrégularités peuvent être constatées.

La suite consiste à organiser une  méga cérémonie d’investiture du président et de son bureau. Le caractère majestueux de cet évènement surprend même les invités de marque qui y prennent part. Un d’eux déclara en 2014 je cite « je n’avais aucune idée de l’aspect solennel de cette investiture. Sinon, je me serais préparé avec un discours pour mon intervention ». Le summum de cette hérésie n’est autre que la possibilité de destituer le président pour haute trahison et le bureau pour non-conformité à la « constitution ». La politique atteint son paroxysme dans l’Aeescos.

Une arène pour des prédateurs aguerris
Au sein de l’Aeescos, on trouve toutes les facettes d’un État plus particulièrement les plus sombres. Il y a les dinosaures, les jeunes loups, les lobbies furtifs, les fauves terrifiantes, les fervents supporteurs du népotisme et les interventions partisanes. On retrouve donc les équivalent aux Said Ali Kemal et Mtara Maécha, aux Mamadou et Msaidié dans deux grands partis politiquement insupportables. Le jeu politique dans l’Aeescos comporte des accusations de corruption, des corrupteurs et bien entendu des corrompus. Des incertitudes sur des malversations, des détournements de fonds, usurpation d’identité, faux et usage de faux constituent le lot quotidien. L’impolitesse est prépondérante et la fanfaronnade a pris le pas sur la retenue et le respect mutuel. L’estime de soi est décuplée au point de provoquer la mégalomanie, l’égocentrisme et une attitude dédaigneuse. Pour certains, l’Aeescos est l’équivalent de l’ONU à tel point qu’il ne faut pas attendre des Salams de la part d’un « haut gradé ». Répondre aux salutations est décidément un luxe dans ce labyrinthe rompu à la fabrique de politiciens (requins prédateurs ?). Rassurez-vous, la relève est déjà prête !

Med YOUSSOUF
Dakar, Sénégal

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