RDC : la rébellion aux portes de Goma, civils et militaires fuient

18 novembre 2012

RDC : la rébellion aux portes de Goma, civils et militaires fuient

Des chars de l’armée congolaise se retirent du village de Rugari, à 37 km de Goma, en juillet 2012 ©AFP

GOMA (RDCongo) (AFP) – (AFP)

Militaires,
autorités et civils congolais ont commencé
dimanche à fuir Goma, la capitale régionale du
Nord-Kivu, dans l’est de la République
démocratique du Congo (RDC), les rebelles du Mouvement
du 23 mars (M23) étant aux portes de la ville, a-t-on
appris de sources concordantes.

« Beaucoup de militaires et d’autorités (de la
province) sont partis » de Goma, a déclaré
à l’AFP par téléphone une source onusienne,
qui attendait à un point de ralliement mis en place
dans la ville par l’ONU pour ses personnels.

Une source humanitaire occidentale a évoqué une
« débâcle des forces armées de RDC qui
évacuent la ville de Goma ».

« Nous sommes en panique générale », a
déclaré à l’AFP un chauffeur de taxi de Goma. »C’est comme si les rebelles étaient en train de
repousser nos militaires.En ville, les boutiques sont
fermées.Moi, comme d’autres, je vais rejoindre ma
famille », a-t-il dit.

En fin de matinée, les rebelles avaient eux-même
annoncé qu’ils se trouvaient tout près de Goma.

« En ce
moment, nous sommes à Kibati, à 5 kilomètres
de Goma », a déclaré à l’AFP le
lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire
de la rébellion. Affirmant n’avoir pas l’ambition
de prendre la ville, il a ajouté : « Si toutefois
l’armée de Kabila (le président) nous attaque,
nous allons poursuivre l’ennemi jusqu’à ce qu’il soit
rejeté très loin de Goma ».

Selon une source militaire occidentale, des officiers des
forces armées ont commencé à partir par
bateaux vers Bukavu, la capitale du Sud-Kivu distante
d’environ 80 kilomètres au sud.Le gouverneur du
Nord-Kivu, Julien Paluku, est parti sur l’un de ces bateaux,
a déclaré une source administrative à Bukavu.

L’aéroport, situé à quelques centaines de
mètres du centre-ville, a été fermé et
seuls quelques éléments de la Garde
républicaine congolaise y sont encore stationnés,
a ajouté cette source militaire occidentale.Un vol
civil qui devait y atterrir a été
détourné, a indiqué un proche d’un passager.

Dans la matinée, un colonel congolais avait affirmé
à l’AFP que des affrontements se déroulaient
« au camp de Kanyarucinya », à une dizaine de
kilomètres de Goma.Ce camp regroupait vendredi selon
le Haut commissariat aux réfugiés 30.000 personnes
déplacées.Mais des milliers d’autres personnes y
sont arrivées depuis, dont un grand nombre de femmes et d’enfants. 

Fuyant les combats, des colonnes de centaines de
déplacés – et des militaires ayant quitté le
front – étaient arrivés aux portes de Goma avec
leurs effets personnels et leurs chèvres, en
espérant rejoindre d’autres camps de
déplacés, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Débandade »

Le
porte-parole de la province du Nord-Kivu, Célestin
Sibomana, très inquiet, a évoqué « une
débandade » et pointé l’inaction des Casques
bleus dimanche, selon lui. La mission de l’ONU en RDC,
« la Monusco actuellement ne fait absolument rien ! »,
a-t-il dit. 

Dimanche, les Casques bleus n’ont pas bougé pour
protéger Goma, ont constaté différentes
sources dont un photographe de l’AFP réfugié dans
la base de Munigi, principale base des Nations unies au nord
de la ville.Dans leur avancée vers Goma, les rebelles
ont dépassé ce camp situé à environ 5
kilomètres de la ville, a constaté le photographe.

Les Casques bleus de la Monusco étaient intervenus
samedi pour appuyer l’armée régulière
congolaise avec des hélicoptères de combat, ce qui
n’avait pas empêché les rebelles de prendre la
petite ville de Kibumba, à 25 kilomètres au nord
de Goma. 

Mais le M23 a exigé, dimanche matin, que la Monusco
cesse de soutenir l’armée. « Nous mettons en
garde la Monusco qui est en train de bombarder nos zones au
lieu de montrer sa neutralité sur le terrain (…)
S’ils continuent à nous bombarder, nous allons
réagir », a déclaré le porte-parole du mouvement.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, réuni samedi
soir à New York, a demandé l’arrêt de
l’avance de la rébellion vers Goma, et que « tout
soutien extérieur et toute fourniture d’équipement
au M23 cessent immédiatement ».

La RDC et l’ONU accusent le Rwanda, frontalier de la
région du Kivu, de soutenir les rebelles, ce que Kigali
dément.Le porte-parole du gouvernement congolais,
Lambert Mende, avait affirmé samedi soir que
« 4.000 hommes en colonnes motorisées et à
pied » étaient arrivés « en provenance du
territoire rwandais », mais le Rwanda a réfuté.

Le M23 a été créé début mai dans le
Nord-Kivu (est) par des militaires congolais qui avaient
pour la plupart combattu au sein de la rébellion
pro-rwandaise du Congrès national pour la défense
du peuple.Ils ont officiellement intégré
l’armée en 2009 après un accord avec le
gouvernement, mais se sont mutinés en avril dernier,
arguant que Kinshasa n’avait pas respecté ses engagements.



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