RDC : les policiers se déploient dans Goma, un camp de déplacés attaqué

2 décembre 2012

RDC : les policiers se déploient dans Goma, un camp de déplacés attaqué

Des Congolais font la queue dans le camp Mugunga III, le 2 décembre 2012 ©AFP

GOMA (RDCongo) (AFP) – (AFP)

Les policiers
poursuivaient leur déploiement dimanche dans Goma, 24 heures après le repli des rebelles du M23 de la ville stratégique dans
l’est de la République démocratique du Congo, mais
l’attaque d’un camp proche de déplacés a très
vite rappelé l’insécurité persistante dans
laquelle vivent les civils .

En fin d’après-midi, l’armée, dont le retour avait
été annoncé pour dimanche, n’était pas
arrivée dans la capitale du Nord-Kivu, et n’était
désormais plus attendue avant lundi après-midi.

Signe de la situation sécuritaire précaire qui
régnait encore dans la zone quelques heures après
le retrait des rebelles, un camp de déplacés
situé à une dizaine de km de Goma, dans le village
de Mugunga, s’est fait attaquer dans la nuit de samedi
à dimanche.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les
réfugiés (HCR) n’a signalé aucun mort, mais
des cas de viols et de pillages lors de l’attaque par des
hommes armés non identifiés.

Les rebelles du M23, des mutins qui combattent l’armée
régulière de RDC depuis environ huit mois dans la
riche province minière du Nord-Kivu, ont accepté
de se retirer de Goma et de ses environs après une
forte mobilisation internationale, notamment des pays
voisins des Grands Lacs, et en échange d’une promesse
de dialogue — délicat— avec Kinshasa.

Ils se sont engagés à se retirer vers les positions
qu’ils occupaient avant leur récente offensive sur
Goma, plus au nord, dans le territoire du Rutshuru.

 Depuis
leur départ, des centaines de policiers de RDC ont
repris du service dans les rues de Goma, avec mission de
« sécuriser » la ville.En fin d’après-midi,
l’armée n’avait cependant toujours pas opéré
son retour, et n’était désormais plus attendue que
lundi après-midi.

Geoffrey Muheesi, un membre ougandais d’un mécanisme de
vérification régional, chargé notamment
d’observer le retrait de la rébellion, a expliqué
ce retard en raison du long trajet à parcourir par
route par l’armée.

En attendant, dans les rues de Goma, les bâtiments
désertés de l’armée servaient encore surtout
dimanche de terrain de jeu à des enfants.Au QG
déserté d’un régiment d’infanterie, un groupe
de jeunes garçons traînait dimanche au milieu d’un
amas de documents déchirés, de paquets de
préservatifs et de balles.

Radio Okapi brouillée

Dans le camp
attaqué dans la nuit, les déplacés
attendaient nerveusement une distribution de nourriture.

« Ceux qui ont été pillés, surtout, sont
énervés, ils ne veulent pas nous parler, » a
glissé Egide Sumusaza, un membre de l’ONG Caritas, en
charge de la distribution de nourriture.

Selon le responsable du camp, Eraston Ngulu Ndibito, les
hommes armés qui ont attaqué le camp portaient
« des mitraillettes et des lance-roquettes ».Lui-même a parlé de « six cas de viols ».

Des vivres — une distribution de nourriture venait d’avoir
lieu —, des téléphones, de l’argent et des habits
ont aussi été volés, a-t-il ajouté,
affirmant que des adolescents avaient été
emmenés pour porter le butin.

« J’ai porté de la farine et une valise, » a
témoigné un jeune homme de 15 ans, revenu au camp
après avoir été réquisitionné pour
transporter les marchandises. »Si on ne marchait pas
bien, ils nous frappaient, » raconte-t-il.Il dit aussi
que certains, « qui ne voulaient pas obéir », ne
sont pas rentrés.

Le M23 avait pris Goma le 20 novembre, et d’autres
localités des environs dans la foulée.

Le mouvement
est composé d’ex-rebelles essentiellement tutsi
congolais, qui avaient été intégrés
à l’armée de RDC en 2009 à l’issue d’un
accord de paix avec Kinshasa.Ils se sont mutinés en
avril, estimant que le gouvernement n’avait jamais
pleinement respecté ses engagements.

Dimanche, le porte-parole du gouvernement de RDC, Laurent
Mende, a assuré que le président Joseph Kabila
allait désormais écouter leurs « griefs (…) incessamment ».

Les pourparlers s’annoncent cependant délicats pour le
pouvoir.Longtemps, le gouvernement a catégoriquement
exclu toute négociation avec les rebelles et rechigne
encore à employer le terme même de négociation.

Signe de la tension qui règne à Kinshasa, la
diffusion de Radio Okapi, une radio
nationale parrainée par l’ONU, a été
brouillée dans la capitale, un fait inédit depuis
le lancement de la station il y a dix ans.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la
Communication congolais a justifié sa décision par
le refus d’Okapi de lui « remettre son cahier des charges
dans le cadre du passage à la télévision
numérique terrestre ».

Mais pour l’un des rédacteurs en chef de la station, qui
s’exprimait sous couvert d’anonymat, la mesure intervient
surtout après la diffusion, jeudi, d’une « interview
de Jean-Marie Runiga », le chef politique du M23.



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