RELATIONS FRANCE – COMORES : PEUT-ON ESPÉRER MIEUX AVEC LE NOUVEL AMBASSADEUR DE FRANCE À MORONI ?

La France a depuis toujours manifesté un intérêt particulier pour les Comores. La visite du chef de l’Etat français, François Hollande, en août dernier aux Comores en est le témoignage. Bien qu’historiques, les relations entre les deux pays sont souvent troublées par la question de Mayotte. Rappelons que cette question a été tranchée du point de vue du droit international, dont de nombreuses résolutions ont sans ambages affirmé que l’Île de Mayotte fait partie intégrante de l’Union des Comores.
Dans la réalité, Mayotte est pour l’heure un département français d’outre mer. Et cette départementalisation qui se construit d’ailleurs dans la douleur semble plutôt bien accueillie par nos frères et sœurs mahorais. De plus, ces derniers ne regardent pas d’un œil clément la présence sur leur sol des comoriens des autres îles les accusant de leur voler leur pain. La récente manifestation des habitants de Mtsangamouji contre ce qu’ils appellent les migrants anjouanais en est la dernière triste preuve.ambassadeur de france

C’est pour dire que la question de Mayotte n’est pas aussi simple que certains le pensent, peut être le pensent-ils par principe, naïveté ou démagogie. Car, au-delà du juridisme pur, la question renvois aussi au réalisme et au pragmatisme. Sa résolution ne peut provenir, en effet, que d’une ferme et commune volonté des deux parties à construire ensemble dans le dialogue, comme le rappelle pertinemment le candidat Achirafi SAID HACHIM, réaffirmant que Mayotte est partie intégrante des Comores et croyant possible une solution qui convienne à tout le monde soit un « Québec comorien ou une sorte de province autonome comme Hong-Kong, mais jamais de rupture brutale avec la France », où plus de 300000 comoriens résident. Loin des positions de postures et rhétoriques démagogiques, c’est une proposition pleine de sagesse et de pragmatisme.

C’est donc dans l’intérêt des deux pays de s’ingénier à trouver un projet commun d’avenir qui prenne en compte toutes ces réalités et satisfasse les intérêts des deux peuples. Un tel projet ne peut être que le fruit d’une volonté commune émanant du sommet des deux Etats. Dans cette perspective, il convient de rappeler le rôle important que doit jouer le premier représentant de l’Etat français aux Comores, à savoir son ambassadeur, en posant dans l’exercice de ses fonctions des actes qui renforcent les liens historiques ente les deux pays et évitant les agissements qui fâchent.
D’où la question de savoir si l’on peut mieux espérer avec Monsieur Robby Judes, nouvel ambassadeur de France à Moroni ? En poste depuis le 9 juillet 2014, le nouvel ambassadeur des Comores, connaissant parfaitement les méandres de la diplomatie, déclare en tous cas aimer les Comores car être nommé dans ce pays « est un objectif dans sa carrière professionnelle », et il ambitionne de « fortifier les relations entre la France et les Comores ».
Les intentions semblent bonnes mais on ne peut le juger que sur l’aune de ses actes. Et Dieu seul sait que la tâche relève de la gageure ! Et il paraît déjà que ce haut diplomate d’origine guadeloupéenne et qui connait bien la Corne d’Afrique vient de commettre sa première loupée diplomatique en lâchant récemment que « Mayotte ne sera jamais comorienne ». Est-ce une bévue ou un acte prémédité ? Une chose est certaine. La phrase a fait le tour de la presse locale, provoquant la colère de l’opinion comorienne et des réseaux sociaux et n’aide guère à détendre le climat.

Espérons que son excellence Monsieur l’Ambassadeur, que d’aucuns jugent même amène et jovial, saura faire bon usage de ses talents de haut diplomate et de ses qualités d’humaniste de formation, pour désamorcer la bombe et se remettre rapidement au travail dans la construction d’un climat de confiance et de respect mutuel, un préalable impératif à tout projet de partenariat solide.
On attend de lui des actes forts pour préserver les relations bilatérales historiques entre les deux pays. Certes, il est en poste pour appliquer les orientations de la politique étrangère de son pays, la France ; il peut néanmoins aider à en inspirer un fléchissement dans cette zone particulièrement sensible, notamment l’assouplissement des conditions d’octroi des visas en métropole et des conditions d’entrée à Mayotte des comoriens des autres îles. On attend également de lui de remettre de l’ordre dans les services consulaires, qui ne respectent pas très souvent les droits des français d’origine comorienne. En effet, il est malheureusement établi aujourd’hui que l’accueil réservé aux franco-comoriens auprès de l’Ambassade et le traitement de leurs actes civils relèvent du chemin de la croix. Rappelons qu’en droit international l’ambassade est considérée comme une parcelle du territoire français ; il est tout aussi important de rappeler que la constitution française garantit à tout citoyen le respect de ses droits. Il est donc clair qu’appliquer un traitement différencié du fait de l’origine du citoyen est non seulement illégal mais condamnable. Osons espérer que le nouvel ambassadeur, et nous le souhaitons, saura joindre sa diplomatie à son humanisme pour rapprocher davantage ces deux peuples unis par l’histoire afin que leur avenir commun soit plus radieux.

TK

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