Saandiat, l’ylang du monde

Un sourire éburnéen mêlé à une grâce d’ylang qu’une musique métissée rendrait aérienne. Saandiat Ibrahima est une fleur des îles que les vents ont porté vers d’autres rives. Une fleur forte qui a su garder, dans la valse des cultures, des racines profondes, tout en s’imprégnant des couleurs de ses périples. Un modèle d’authenticité et d’ouverture mais également, de courage et de bravoure. Car quitter le paisible berceau moronien pour l’inconnu est un grand saut que cette mère de trois italo-comoriennes a su faire, au-dessus des aléas de ses récits.

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Le premier envol…
« J’ai quitté les Comores en 1985 pour rejoindre mon actuel mari au Mali. Au début, c’était difficile étant la première fois que je quittais ma famille, les amis, et surtout ma chère mère à laquelle j’étais très attachée. Cependant, elle-même m’a encouragé à relever ce défi. »

Une nouvelle famille…
« L’accueil du peuple malien m’a aidé à m’intégrer progressivement et à me sentir comme chez moi. Preuve en est que l’on s’est marié à Bamako avec des témoins dont l’épouse de l’actuel président, et que mes deux premières filles sont nées dans ce pays. »

La dévotion de son époux à l’UNICEF et la rupture du cordon avec son chez-soi, lance-amarre entre plusieurs étapes…
« Après avoir vécu au Mali, mon mari a été muté au Pérou où on est resté six ans et où j’ai eu ma petite fille. Par la suite, on a vécu six ans en Tunisie, sept au Chili et cinq en Uruguay. Pendant toutes ces années, j’ai pu connaître des cultures différentes, des paysages merveilleux et lier des amitiés sincères et profondes. Je pense qu’il est très important pour moi et ma famille de fréquenter des gens du pays au lieu de s’isoler dans le milieu d’expatriés. (…) Chaque déménagement implique l’abandon d’amis, de la maison, des habitudes, et ils ont été parfois très douloureux, en particulier pour nos chers enfants. On quitte le connu vers l’inconnu, on tourne une page pour en ouvrir une nouvelle. D’autre part, il y a le désir de changement, la curiosité, l’envie de connaître d’autres réalités et de commencer une vie nouvelle. »

Le goût des nuances et des différences, reflet d’une âme éclectique d’artiste…
« Pendant plusieurs années, je me suis dédiée aux soins et au développement de mes filles en essayant de les accompagner et d’être une référence pour elles. Cela ne m’a pas empêché de cultiver mon côté artistique. Ayant été chanteuse aux Comores, j’ai fréquenté dans chaque pays le milieu musical. En plus, j’ai développé mes capacités culinaires en créant de nouveaux plats intégrant les traditions culinaires de différents pays. J’ai aussi appris la peinture sur porcelaine et céramique. Ces dernières années, j’ai commencé à peindre des tableaux qui ont été exposés en Uruguay. »
Quand elle peint le tableau d’elle-même…
« Je me considère comme une femme africaine qui a eu la chance et le courage de sortir de son milieu traditionnel et de se mesurer à d’autres réalités. Cela m’a permis de m’enrichir tout en gardant mes racines et d’être la personne que je suis maintenant. »
Entre exister et humilité d’être : la lutte et le laisser-être…

« Je n’accepte et n’accepterai jamais d’être discriminée ou méprisée à cause de mes origines ou de ma couleur de peau. Pour cela, on doit apprendre à ne pas discriminer les autres pour les mêmes raisons. Le lieu de naissance est le fruit du hasard et du destin, donc on doit l’assumer avec fierté sans pour autant se sentir supérieur. »
Aller vers l’autre…

« Je crois que pour se sentir inclus dans une société, il faut faire l’effort de la connaître et le premier pas vers les autres. Tout en gardant ses propres racines. C’est ainsi qu’en plus du comorien, ma langue maternelle que naturellement je n’ai pas oublié, j’ai amélioré le français et j’ai appris l’espagnol, l’italien, et un peu de bambara. »
Sa conception du modèle féminin ?
« Je ne pense pas être en mesure de définir un modèle de femme. Chaque femme devrait lutter pour se faire respecter, être traitée avec égalité, avoir la liberté de prendre des décisions, avoir accès à l’éducation et à un travail digne. »
Regards croisés sur l’archipel, entre amour et amertume…

« Je pense qu’on n’oublie jamais ses propres racines et des Comores je garde les souvenirs de mon enfance, de mon quartier, les parfums, les odeurs, la musique. (…) Ce qui me lie à mon pays et me manque de lui, c’est ma famille qui y vit encore et mes amis d’enfance. J’ai l’impression qu’il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour les jeunes générations et pour cela la majorité rêve de tenter sa chance ailleurs. Je pense aussi que les plus nantis se cachent derrière des traditions pour préserver leur pouvoir et leur privilège. Je trouve aussi que certaines de mes compatriotes donnent plus d’importance aux apparences au lieu de donner la priorité à l’éducation et à la santé de leurs enfants. »
Son conseil à ses semblables voyageuses…

« Avoir l’esprit ouvert, ne pas avoir honte de ses origines, essayer de s’intégrer, de prendre connaissance de la culture des autres et faire des efforts pour apprendre les langues trouver les moyens de se procurer nos produits. »
Le Mali dans le cœur, les Comores dans l’âme et riche des marques diverses qu’ont embrassé ses pas, Saandiat Ibrahima poursuit aujourd’hui le voyage entre l’Italie et la France où résident ses enfants et ses deux petites-filles. Souhaitons longue route à notre ylang du monde !
Mzé Hamadi Naïma’l-Nour / Salwa msag

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