Sale temps pour les ahmadis

Les forces de l'ordre investissent la mosquée des Ahmadis
La mosquée ahmadie avant
La mosquée ahmadie avant l’inauguration (image d’archive) KAY

Depuis ce dimanche, la mosquée de la communauté musulmane Ahamadia est transformée en commissariat de Police. L’Ahmadiyya Muslim est une minorité musulmane qui se réclame sunnite, d’environ 10 millions d’adeptes dans le monde, née en Inde. Parce que les ahmadis reconnaissent leur fondateur, Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908), comme prophète et messie, les autres courants sunnites les considèrent comme des hérétiques. C’est sous le commandement du ministre de l’intérieur en personne, qu’une expédition mixte, de la police nationale et de la gendarmerie, a investi le lieu de culte des Ahmadis à Anjouan, fermé depuis le jour de son inauguration en octobre dernier. Après quelques transformations à coup de masse pour effacer toute trace spirituelle, la mosquée de cette petite communauté pacifique et discrète établie à Anjouan avant même les chiites est baptisé par le ministre Mohamed Daoudou présent lors de l’opération, en poste avancé de la police à Mirontsy.

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L’acte fait débat à Anjouan et sur les réseaux sociaux entre ceux qui qualifient les Ahmadis de secte religieux et hérétique qu’il faut éradiquer et ceux qui voient en cette opération le prélude de multiples conflits interconfessionnels en perspective dans l’île étoile. Tout comme les chiites, les Ahmadis sont persécutés et traités de secte par certaines dignitaires religieux de l’île et cette fois par l’Etat. A l’image de ce qu’ils vivent au Pakistan depuis 1974, où un amendement à la Constitution du pays stipule que les Ahmadis ne sont plus considérés comme musulmans. Ils subissent également, au-delà de l’excommunication et donc l’impossibilité de se rendre à La Mecque, de nombreuses persécutions. Au Pakistan, tout comme les chrétiens, les Ahmadis sont victimes de maintes humiliations et attentats, notamment dans leurs mosquées. A Mutsamudu, un imam qui préfère garder l’anonymat s’interroge sur les visées profondes de cette action de force. « Je m’interroge sur le visées réelles de cette opération. J’ai la ferme conviction qu’on nous prépare autre chose plus regrettable que l’apparat d’un pseudo lutte contre le prosélytisme religieux à Anjouan. Il est temps de se ressaisir et penser autrement à la façon de cohabiter. Pas en violant les lieux de culte des uns et des autres », confie-t-il à Comores-infos.

La mosquée ahmadie dimanche 9 janvier 2017
La mosquée ahmadie dimanche 9 janvier 2017 (Photo KAY)

Vient aussi une question de droit. L’occupation de ce lieu privé ou de culte aurait-elle reçu le feu vert d’une décision de justice et sur quelles bases ? On apprend aussi dans la foulée qu’une note verbale ferait en ce moment le tour de l’île, interdisant les prières de vendredi dans les mosquées autres que ceux reconnus et agréées (par l’Etat ?). En somme, il n’est désormais admis qu’un seul  Djimoi  dans les « petites localités ». Les Djaoula devraient passer une longue nuit d’insomnie.

L’islam tolérant et pacifiste tant prôné aux Comores prend des proportions inquiétantes qui auront certainement des conséquences fâcheuses dans un proche avenir. Estiment certains anjouanais interrogés par Comores-infos.

Quid des Ahmadis

Pour comprendre les Ahmadis, il convient de se référer à un ouvrage paru aux éditions L’Harmattan, en 2014 : Ahmadiyya: un Islam interdit. « Les Ahmadis ont avant tout un problème identitaire : ils se réclament de l’islam bien que les musulmans ne les considèrent pas comme tels », estime Asif Arif, avocat et auteur de cet ouvrage. Selon les adeptes de cette communauté, le mouvement serait fondé en 1889 en Inde par Mirza Ghulam Ahmad. L’ahmadiyya se réclame du sunnisme, branche majoritaire de l’islam dont le chafiisme comorien se réfère aussi. Il compterait aujourd’hui plus de dix millions de fidèles dans le monde. Ils respectent les cinq piliers de l’islam et le credo (aqida). Ils se basent sur la Sunna, corpus des enseignements de Muhammad, mais avant tout sur le Coran, la référence suprême des musulmans. Ce mouvement considéré comme secte musulman chez nous, s’appuierait sur la tradition hanafite, l’une des quatre écoles juridiques sunnites selon Asif Arif. Et de rappeler que l’islam étant « une religion protéiforme et qu’elle ne peut donc guère s’envisager dans une dynamique unique : l’islam appelle nécessairement à plusieurs interprétations ».

Si spécificité ahmadie il y a, elle est donc avant tout de l’ordre de l’interprétation. Trois revendications des Ahmadis sont sujettes à controverses : la première, le fondateur de la communauté lorsqu’il affirme être l’un de ces illustres savants religieux envoyés par Allah pour dynamiser la compréhension de l’islam auprès de leurs contemporains. La deuxième, Mirza Ghulam Ahmad se revendique ensuite comme prophète. Une affirmation à l’encontre de « la compréhension littérale de l’orthodoxie d’un verset du Coran : “Muhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes, mais le messager d’Allah et le dernier des prophètes. Allah est Omniscient” (33 : 40). En effet, l’islam opère une distinction parmi les envoyés de Dieu entre les messagers (rassul) et les prophètes (nabi). Si un messager est prophète, un prophète n’est pas forcément un messager. Contrairement à un prophète, un messager apporte des prescriptions ou des révélations supplémentaires. Ainsi, pour Mirza Ghulam Ahmad, sa qualité de prophète « ne se heurte pas à la  prophétie de Muhammad. Il lui est soumis et n’apporte aucune autre loi », précise Asif Arif. Et enfin, lors de la création de l’Ahmadiyya, Mirza Ghulam Ahmad s’est déclaré messie. À la suite d’une révélation, il se serait vu « promis dans l’hindouisme, le zoroastrisme et le christianisme. S’il s’est nourri d’autres sources pour justifier sa messianité, il n’a jamais opéré de syncrétisme : l’ahmadisme se réclame uniquement de l’islam », déclare Asif. Ceux sont ces deux dernières revendications qui auraient marqué la fracture entre l’ahmadiyya et l’orthodoxie musulmane.

KAY avec lemondedesreligions.fr

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