Salim Allaoui Djaanfar: « Le Directeur de Cabinet doit adresser des excuses à Anjouan et aux Anjouanais »

Le secrétaire général du Gnec-Rénové, un des partis de la Mouvance présidentielle, a dû sursauter de sa chaise à la découverte des propos peu amènes prononcés par Youssoufa Mohamed Ali (Belou), le directeur de cabinet du président de l’Union, qui s’en est pris violement aux Anjouanais lundi dernier. Dans l’interview qui suit, Djaanfar Salim Allaoui, ancien Vice-premier ministre des Comores (2002) et ancien ministre de l’intérieur de l’ile autonome d’Anjouan (2002-2008), qui revendique « sa liberté de ton et d’appréciation » au sein de la Mouvance présidentielle a accepté de s’exprimer par rapport à ce qu’il qualifie de « dérapages verbaux » du premier collaborateur du président Azali à qui, il demande d’« d’adresser des excuses à Anjouan et aux Anjouanais ».

Dans une vidéo, le Directeur de Cabinet du Président de l’Union s’en est pris avec une très rare violence aux Anjouanais, quelle est votre réaction en votre qualité de responsable politique originaire d’Anjouan et appartenant justement à la Mouvance présidentielle ?

En effet, Dimanche 8 Juillet 2018, des Comoriens originaires d’Anjouan se seraient rendus coupables, de comportements indignes susceptibles d’entraîner le pays dans le chaos. J’ignore les tenants et aboutissants des auteurs de ces faits condamnables et pis, en battant le pavé munis de coupe-coupes et de gourdins pour je ne sais quelle cause. De telles attitudes relevant des milieux du grand banditisme sont non, seulement à proscrire mais à punir avec la plus grande fermeté. A l’occasion, une sortie médiatique musclée de Mr le Directeur de Cabinet chargé de la Défense, a fait état de ces incidents sur une tonalité et des propos qui ont suscité émoi et consternation à Anjouan, il faut reconnaitre que les propos du Directeur de cabinet ont été très mal vécus aussi bien à Ngazidja qu’à Anjouan. J’ai du mal d’ailleurs, à cerner ce rôle diffus du directeur de cabinet de la présidence de l’Union omniprésent sur tous les faits d’actualité, et qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans aucun pays du monde à moins que je ne sois pas suffisamment au fait de la gestion d’un Cabinet.

Ceci étant, cela ne remet nullement en cause mon appartenance à la Mouvance Présidentielle, mon rôle au contraire, est de veiller à interpeller et à appeler à promouvoir un climat apaisé dans nos rangs afin de préserver la quiétude nécessaire à la tenue du processus électoral en projection.

Le courroux du Directeur de cabinet semble avoir été provoqué par l’acte regrettable de ces jeunes qui dimanche dernier ont défilé dans la capitale armés de bâtons et de coupe-coupe et réclamant la libération de l’ancien président Sambi. Cette colère est elle justifiée ?

Si d’aventure, les jeunes étaient manifestement mus dans leur démarche guerrière par une volonté d’aller soustraire Sambi de son statut de personne astreinte à la résidence surveillée, je peux comprendre sans commune mesure le courroux du Directeur de cabinet mais la riposte me parait disproportionnée. Il appartient à la Justice de qualifier ces faits graves et de réserver à ces jeunes délinquants les peines prévues par la Loi en la matière.

Ces jeunes sont hélas sous la coupe des politiciens véreux et avides de pouvoir. Cette jeunesse en désarroi, est une proie facile pour toutes formes de tentation allant jusqu’à risquer leur vie pour servir une cause perdue d’avance. Ils n’hésitent pas à défier l’Autorité et les Institutions de notre pays. Ce qui est, à mon humble avis, inacceptable.

Déambuler dans les rues avec des armes blanches est un délit réprimé rigoureusement par la Loi et mieux encore ces pratiques ne font pas partie de nos mœurs et ceux qui prennent le loisir d’enfreindre aux Lois et Règlements de La République, doivent savoir qu’ils s’exposent à des poursuites.

Les propos de ce premier collaborateur du chef de l’Etat n’est pas sans rappeler ceux tenus par Hamada Madi Boléro, lorsqu’il occupait ce même poste, qui s’en était pris également aux Wa Ngazidja les accusant d’être à l’origine de certains maux qui touchent le pays. Des propos qui avaient alors provoqué un tollé général. Quelle peut être la raison de tels dérapages ?

En tous les cas, J’ai pris la peine et le soin de suivre la vidéo du Directeur de Cabinet chargé de la Défense au terme d’un point de presse et les propos virulents qu’il a tenus sous la forme de menaces à l’endroit non pas des Comoriens tout court ,mais spécialement en direction des Anjouanais établis à Ngazidja. Ce qui est, selon moi, une déclaration de guerre tout aussi à bannir de la part d’un haut responsable d’Etat que les actes ignobles commis par les jeunes désœuvrés. Monsieur Le Directeur en qui je voue respect, se doit d’adresser des excuses à Anjouan et aux Anjouanais et espérer que toutes les parties trouvent la force morale de privilégier l’esprit de tolérance et du pardon. A Anjouan, l’affaire a touché le cœur de tout le monde pour des propos venant d’un grand commis de l’Etat.

Le souhait des initiateurs des Assises nationales était qu’on puisse mettre à plat tous les sujets susceptibles de créer des tensions dans nos îles et qu’on parte sur des nouvelles bases. Mais à entendre aujourd’hui des propos comme ceux du directeur de cabinet du président, il semble que rien n’est encore gagné. Qu’est ce que vous en pensez ?

Les Assises Nationales ont vocation à asseoir un Etat Comorien moderne, à participer à la consolidation des Institutions, à améliorer le niveau de vie des Comoriens, à renforcer le processus de Réconciliation Nationale et à valoriser notre patrimoine culturel. L’objectif est de faire des Comores à terme, un pays prospère. Oui, il est question d’opérer une rupture par rapport aux usages politiques hérités des 43 dernières années. Certes le discours du Directeur de Cabinet de la Présidence est de nature à jeter le discrédit et à nous éloigner du schéma directeur des Assises Nationales et je le déplore mais il ne faut pas en faire un drame, non plus. En d’autres termes, si dans la gestion des événements tragiques de la journée du Dimanche 8 Juillet, sur les jeunes qui paradaient à Itsandra vers Voidjou, ces derniers sont étiquetés et ciblés comme tels, il suffisait de rapprocher les auteurs des manquements par rapport à leur revendication et d’où cette dernière pouvait éventuellement émaner et éviter de s’en prendre à une Communauté toute entière.

L’approche et l’appréhension de la problématique des jeunes a eu une lecture biaisée de la part du Directeur de Cabinet, ce qui explique les dérapages verbaux dans ses propos.

Propos recueillis par Faissoili Abdou ( interview initialement publiée dans le journal Masiwa)

1 commentaire sur Salim Allaoui Djaanfar: « Le Directeur de Cabinet doit adresser des excuses à Anjouan et aux Anjouanais »

  1. Djaanffar Salim, continuez à parler de justice alors que le « premier magistrat » du pays est le premier à violer le peu de justice qu’il y avait dans ce pays. Aujourd’hui il n y a strictement rien dans ce pays qui est à la dérive. Vous savez très bien ce qui se passe dans le pays. C’est vous les séparatistes d’hier qui ont commencé à foutre ce pays dans le chaos et vous voulez vous faire une virginité aujourd’hui et vous êtes prêt à tout foutre en l’air du moment que vous saignez encore une fois ce pauvre pays pour vos intérêts.Quelle honte ? Des excuses pourquoi faire , Des gens de votre espèce ne savent pas ce que c’est ? Pendant le séparatisme à Anjouan qu’est ce que vous disiez à la radio ? J’étais là et j’ai tout entendu et vu. vous feriez mieux de fermer votre gueule, comme celle de Belou, qui pue et ça nous fera des vacances.

    Ali

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