Sans électricité, Mitsamiouli se meurt

Mitsamiouli, autrefois un pilier de l’économie comorienne, n’est plus que l’ombre d’elle-même. La route qui longe la ville est truffée de nids-de-poule. L’énergie électrique y est aussi rare que le cœlacanthe. Les habitants, désabusés, n’attendent rien d’un Etat qui semble les avoir oubliés. Reportage.

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« La dernière fois que nous avons eu de l’électricité, c’était en décembre. Je m’en souviens parce que j’ai dû aller au mariage d’une voisine, vêtue d’une robe qui n’était pas repassée », témoigne Hadidja Mmadi, épicière.
« Je ne vends plus de produits carnés faute d’électricité ; les boissons gazeuses se vendent difficilement, les clients les préférant fraiches », a-t-elle regretté. Cette mère de famille loue la seule boulangerie de la ville grâce à laquelle le voisinage « peut recharger téléphones et lampes Led ».
Azdi Abdoulwahab, ex je-viens, est lui aussi amer. « La Ma-mwe ne nous ‘‘bipe’’ même plus ». Si ses souvenirs sont bons, cela fait « au moins deux mois depuis la dernière fourniture en électricité ». « Il est vrai que quand j’ai pris la décision de rentrer au pays, je savais qu’il traversait une crise énergétique mais la réalité dépasse de loin mes craintes », a-t-il dit, livrant ce détail : « à cause de l’obscurité, je n’ai pas jugé utile de me raccorder au réseau électrique ». Il songe plutôt à d’autres sources d’énergie, se disant sûr « que ce problème ne sera jamais résolu ». En attendant, il fait la queue tous les matins devant les bureaux de Comores Telecom pour recharger les téléphones. « Ce n’est qu’ainsi que nous sommes connectés au reste du monde ».
Le centre-ville tourne au ralenti. Des jeunes assis sous l’ombre des badamiers, un des arbres emblématiques de la capitale du Nord, rechignent à parler.
« Mdjomba Adele est mon ami, je ne dirais rien », affirme l’un d’eux. Il ajoute, un brin ironique : « l’obscurité ne le dérangeait pas ». Mdjomba Adele est un surnom d’Ibrahim Mzé, le directeur général de la Ma-mwe, originaire de la ville. D’où la crainte de certains à engager la conversation.
Professeur d’éducation physique et sportive de son état, Mahmoud Mroivili avance : « Nous sommes oubliés par l’Etat, l’obscurité est devenue une seconde nature. Certains ont peur de sortir la nuit à cause de l’obscurité », a-t-il dit.
Comment faire alors pour étudier, entreprendre, se détendre ? « Les plus fortunés se sont achetés des panneaux solaires ou des générateurs électriques ; nous nous rendons chez eux pour regarder la télévision ».
Dans la ville, comme ailleurs, la majorité des gens s’éclairent à la bougie.
Certains parviennent à tirer profit de la crise. Fahar Ismaila, propriétaire de deux vedettes de pêche et de deux congélateurs raconte : « Je me sers de mes congélateurs pour conserver mes poissons et loue l’espace restant pour 150 francs ». Grâce à cela, « j’arrive à faire des bénéfices. Certes, j’aurais gagné plus s’il n’y avait pas ce problème d’électricité ». A Mitsamiouli, les habitants ne tiendraient que grâce à une confiance infinie en Dieu…
Hier, vers 16h00, un cri d’ensemble s’est élevé des foyers : « wudja », (l’électricité est revenue !). Trois mois après…
Faïza Soulé Youssouf/ LGDC

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