Stratégie de lutte contre la corruption : Le président Ikililou appelle les autorités judiciaires à agir

Il a fallu donc attendre un peu plus d’un an, après sa prestation de serment, pour que la Commission nationale de prévention et lutte contre la corruption (Cnplc), remette, le 13 septembre dernier, au président Ikililou Dhoinine, le document de stratégie de lutte contre la corruption. Long de quarante-un pages, le document, dont Al-watwan s’est procuré une copie, revient sur un historique de la corruption depuis l’indépendance, mais aussi et surtout parle, des axes stratégiques, de leurs mises en œuvre et d’un plan d’action pour les cinq prochaines années.

La réduction significative de la corruption, peut-on lire dans le document, suggère la réalisation des trois objectifs intermédiaires. D’abord de rendre la corruption risquée : “par la diminution sensible des assurances d’impunité de la part des acteurs principaux et des récidivistes, et des sentiments d’exception de la part des commis de l’État”. Mais aussi rendre la corruption non-rentable, immorale et anormale : “Il s’agit donc d’inverser la tendance actuelle, concède le document, qui considère la corruption comme une voie normale, même obligatoire, et qui fait de l’intégrité une exception”.

Le manuel préconise, subséquemment, une marginalisation de la corruption qui “contribuera ainsi à propager les valeurs d’honnêteté et d’intégrité au sein de la société afin que celle-ci les protège et permette la réalisation des objectifs de développement”. Pour ce faire, trois actions sont privilégiées : la prévention, l’éducation et les sanctions.

La Cnplc espère ainsi, éliminer, d’une part, les opportunités de corruption, et de l’autre, changer les comportements et les mentalités et dissuader les individus par des peines sévères et appropriées. Mais des conditions devront être remplies, ne manque pas de préciser le document national, au premier rang desquelles, “une volonté politique imperturbable au plus haut niveau de l’État, confirmée par des actes concrets et visibles par tous, de prendre des mesures qui pourraient même atteindre certains très hauts dignitaires.”

Par ailleurs, parmi les axes stratégiques, la Cnplc prévoit de démanteler les remparts de la corruption. Pour cela, “il est nécessaire que la loi soit appliquée sans faille, et sans discrimination aucune, et que les corrompus ne puissent plus se réfugier derrière le système permissif qui prévalait jusque là“. Pareillement, les axes stratégiques suggèrent d’atténuer la vulnérabilité des agents de l’État, de réduire les risques de corruption et de promouvoir la culture du refus de la corruption.

La Cnplc s’engage dans sa stratégie à appuyer la mise en œuvre du nouveau Code des marchés publics pour éliminer les occasions de corruption liées à des décisions d’attribution de complaisance de marchés. “Ce document vient d’être établi grâce à la collaboration efficace de Michel Amiot et Bako Lalao Ramanandraibe”, a précisé le président de la Cnplc, Mohamed Halifa, avant de poursuivre : “Après avoir étudié les bases, la localisation, les formes et les causes de la corruption et ses impacts, il est proposé différents axes stratégiques devant permettre une éradication progressive du phénomène”.

Mais après un an d’exercice, la Cnplc a beaucoup à prouver, dans un pays, haut placé parmi les plus corrompus au monde. Pour l’heure, aucun acte de corruption présumée, remis à la justice par la commission nationale n’a fait l’objet d’ouverture d’enquête judiciaire. Rappelons que des membres de la Cnplc se sont plaints, il y a peu, que des personnalités (sans les citer) cherchées à étouffer des “dossiers sensibles” qu’elle avait transmis à la justice.

Au cours de son allocution, le président Ikililou Dhoinine a, une nouvelle fois, tapé du point sur la table en appelant les autorités judiciaires à agir.

Toyb Ahmed

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