Un système éducatif et de santé transformés en champs de ruines

« Quand le gouvernement s’excuse et s’accuse ».
Dans cette tribune libre adressée à la presse, l’ancien ministre, Ibrahima Hissani Mfoihaya, rappelle au gouvernement les exigences actuelles de la population comorienne. Pour lui, la solution ne réside pas dans les excuses, mais plutôt dans la recherche de solutions.

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Politique

Face aux multiples difficultés qui étranglent les Comoriens au quotidien, le gouvernement semble avoir trouvé enfin une parade : les excuses.

Par la voix de son porte-parole M. HOUMED Msaidié, il vient de présenter des excuses au peuple pour avoir plongé le pays dans l’obscurité et maintenu cette situation même pendant ce mois sacré.

Il en donne la raison, à savoir que la livraison des groupes électrogènes attendus et la date d’apparition du croissant lunaire ne concordent pas malheureusement.

A les entendre donc, nos autorités se seraient tout simplement trompées dans l’appréciation du déroulement du calendrier lunaire. Conduit jusqu’au bout, ce raisonnement plutôt absurde donnerait à croire que l’apparition du croissant lunaire a pris de court le gouvernement.

On peut s’étonner que les experts hors pair qui nous gouvernent, entre autres, le Directeur de cabinet du Président de la République et le ministre de l’Intérieur porte-parole du Gouvernement n’aient pu situer le mois de ramadan sur le calendrier lunaire utilisé par les musulmans depuis 15 siècles !

Système éducatif et de santé transformés en champs de ruines

Le gouvernement s’excuse du manque d’eau à Fomboni dans cette île de Mohéli où il suffit pourtant de frapper fort le sol avec le pied pour que l’eau surgisse. Et il regrette d’imposer le même calvaire aux habitants de la capitale et sa périphérie.

Dans la foulée, il faudra s’attendre à des excuses également pour avoir transformé le système éducatif et le système de santé en champs de ruines. Car nos gouvernants croyaient bien faire en nommant à la tête d’ El-Maarouf , notre hôpital national de référence , une équipe incompétente qui a transformé l’établissement en mouroir, faute de pouvoir entretenir les groupes de secours et de manquer d’autorité pour exiger que la société nationale d’électricité y maintienne le courant en permanence.

Car le gouvernement n’a jamais prévu, que suite aux coupures intempestives de courant à El-Maarouf, des bébés mourraient comme des mouches dans les couveuses et que des patients succomberaient par hémorragie sur les tables d’opération. Le gouvernement s’excusera aussi du fait que l’équipe citée soit incapable d’assurer la disponibilité de l’eau potable de l’établissement.

Déclassement imminent de notre seul aéroport international

Il va encore s’excuser du fait que les mêmes personnes, qui ont servi dans le précédent gouvernement et qui sont « le relais qui rassure » n’ont rien fait pour éviter le déclassement imminent de notre seul aéroport international. Ils découvrent que les recommandations faites par l’OACI depuis 2004 viennent à échéance en décembre 2015.

De toute manière, il leur suffira d’indexer la France en l’accusant de vouloir la fermeture de l’aéroport de Hahaya pour favoriser celui de Dzaoudzi pour que l’opinion n’y voie que de la fumée.

Je voudrais rappeler que la dernière mise aux normes de l’aéroport international Prince Said Ibrahim a eu lieu en 1995 -J’étais alors ministre des Transports et du Tourisme. C’est précisément la France qui nous avait accordé un prêt d’un milliard trois cent millions de francs, via l’AFD, pour financer les investissements exigés à l’époque.

Trois régimes se sont succédés depuis 2004 : Azali, Sambi et maintenant Ikililou. Aucun n’a mesuré les conséquences d’un tel déclassement qui nous couperait du reste du monde !

Je présume que ce gouvernement s’excusera aussi de ne pas être en mesure d’assurer une circulation décente intra et inter-iles des personnes et des biens, faute de routes praticables, d’avions et de bateaux aux normes. Et qu’il regrette de ne pas être capable d’assurer une desserte correcte du pays grâce à des solutions innovantes visant notamment à éviter à nos compatriotes de la diaspora le clavaire qu’ils subissent chaque été.

Faut-il rappeler qu’à mon initiative, en 1995, le gouvernement auquel appartenait l’actuel ministre de l’Intérieur et que soutenait l’actuel directeur de cabinet du Président, avait résolu ce problème avec Emirates et Soudan Airways ?

Rapacité, incapacité, médiocrité, incompétence

Le gouvernement devra sans doute présenter d’autres excuses au pays pour n’avoir pas su exploiter la fibre optique disponible depuis 2010, -qui nous a coûté la bagatelle de 26 millions de dollars- et d’avoir été incapable d’optimiser les liaisons satellitaires. Ici comme partout ailleurs, les critères de choix des hommes ont été scrupuleusement respectés : rapacité, incapacité, médiocrité, incompétence, décalage avec les réalités de la gestion moderne des administrations financières ou des sociétés.

A titre de comparaison, TELMA, qui est l’équivalent malgache de notre Comores TELECOM, emploie 1400 agents et notre société nationale, plus de 2000 agents. Pourtant notre population totale est l’équivalent d’un quartier de Tananarive !

Le gouvernement s’excusera d’avoir des conseillers juridiques qui incitent le président à prendre des mesures aberrantes comme les décrets relatifs aux scrutins législatifs et des conseillers communaux ou celui qui viole les articles 7.2, 7.3 et 9 de la Constitution et des lois sur la décentralisation promulguées par ce même président en plaçant l’administration des collectivités sous l’autorité du ministre de l’Intérieur !

Le gouvernement est désolé de découvrir qu’il a accumulé les arriérés de salaires des fonctionnaires et qu’il a consacré l’essentiel des moyens et prérogatives de l’Etat aux seules fins de se perpétuer au pouvoir en violation de la constitution et les lois.

M. Sambi, présenté comme le plus grand danger

L’expulsion manu militari de députés de l’Assemblée de l’Union, le spectacle affligeant des manœuvres autour des conseils des îles d’Anjouan et de Ngazidja, le remplacement des résultats des scrutins communaux par des chefs de villages qui ont choisi les maires en lieu et place des conseillers élus, sont autant d’‘exemples éloquents illustrant cette dérive.

Ainsi, « le relai qui rassure » perdurera pour le bonheur des Comoriens !

Sur un autre plan, le gouvernement s’excusera de consacrer autant d’énergie à dénoncer M. Sambi, présenté comme le plus grand danger qui menace le pays.

A l’évidence, cette campagne est déclenchée et orchestrée pour faire diversion. Car il ne faut surtout pas que les Comoriens ordinaires se souviennent que ce gouvernement et les exécutifs des îles à l’exception de Moheli ont été choisis par le même Sambi qui avait sillonné tout le pays pour dire tout le bien qu’il en pensait

C’est à croire que l’alliance objective entre M. Sambi et le gouvernement, qui est « son relai qui rassure », n’a jamais été rompue. Chacun y trouve son compte :

Cette stratégie permet au gouvernement de détourner l’attention des immenses difficultés quotidiennes auxquelles la population est confrontée, et à M. Sambi, de faire parler de lui donc, donc de s’offrir ainsi qu’à son parti, une publicité à bon compte!

Un référendum ou la Cour constitutionnelle

La bipolarisation ainsi installée (Gouvernement et autres satellites contre Sambi et autres satellites) exclut toute autre alternative, sous entendant un choix qui se résume à ces deux-là, chacun présentant l’autre comme le chaos assuré!

Quoiqu’il en soit, il faut reconnaître que la stratégie est géniale

Mais en réalité, cette campagne est un non-événement ! En fait , il faut rappeler qu’il existe une constitution, des institutions chargées de juger de la constitutionnalité des actes des administrations ou des citoyens ; il n’appartient ni au gouvernement, ni à un citoyen quelque soit son rang, de se situer au-dessus des lois où de les interpréter à sa guise.

Deux voies s’offrent donc à ces « protagonistes de circonstance» : soit le peuple se prononce par référendum si oui ou non il veut qu’on mette un terme à la tournante, soit on laisse la Cour constitutionnelle dire le droit et la constitutionnalité des candidatures.

Car, comme j’ai eu l’occasion de le dire au ministre de l’Intérieur jeudi dernier, lors de la réunion qu’il a convoquée à cet effet, si M. Sambi constitue une menace de séparatisme, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas formé une commission « vérité réconciliation » pour permettre à M. Mohamed Bacar, M. Jaffar Salim et consorts de faire leur mea culpa comme ce fut fait en Afrique du Sud à la sortie de l’apartheid , sachant que ce pays ami nous aurait certainement apporté son aide, pour véritablement exorciser les démons et tourner la page de cet épisode tragique en scellant une véritable réconciliation nationale? Est cela avoir le sens des responsabilités ?

Ibrahima Hissani Mfoihaya, ancien député, un ancien ministre de l’Education et ancien ministre des Transports et du tourisme. Titulaire d’un master 2 de gouvernance.

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