Tensions en Tunisie dans l’attente du nouveau gouvernement Jebali

Le premier ministre tunisien Hamadi Jebali, le 26 janvier.

Confrontée aux retombées de l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, la Tunisie reste, dimanche 10 février, plongée dans l’incertitude en raison du conflit ouvert entre le premier ministre Hamadi Jebali et le parti islamiste au pouvoir Ennahda.

Des rumeurs persistantes, relayées par les médias et les déclarations de hauts responsables politiques, font état d’une démission imminente des ministres du parti du président tunisien Moncef Marzouki (le CPR, Congrès pour la République, qui compte trois ministres et deux secrétaires d’Etat). Un membre du CPR a précisé dimanche que cette décision serait officialisée lundi.

LE COUP DE POKER DE JEBALI

Ces annonces interviennent alors que la classe politique et la rue attendent le résultat du coup de poker du premier ministre. Le jour de la mort de Belaïd, Hamadi Jebali avait pris de court son parti Ennahda et ses alliés laïcs de centre-gauche (dont le président Moncef Marzouki) en annonçant qu’il allait créer un nouveau gouvernement de « technocrates apolitiques ». Ce gouvernement, expliquait-il le 6 février, doit avoir « un mandat limité à la gestion des affaires du pays jusqu’à la tenue d’élections dans les plus brefs délais ».

Vilipendé par son propre camp mais soutenu par l’opposition laïque, Jebali a persisté samedi en menaçant de démissionner s’il ne parvenait pas à former avant le milieu de la semaine prochaine un cabinet de personnalités « compétentes », « sans appartenance politique ». Il a précisé que les ministres de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères seraient concernés aussi, alors que les islamistes refusent de lâcher ces postes depuis des mois.

Le CPR de Marzouki, dont le départ du gouvernement est annoncé dimanche par les médias algériens, avait déjà indiqué le 2 février que ses membres démissionneraient si les ministres des affaires étrangères et de la justice, issus d’Ennahda, restaient en place.

LE DROIT DE REMANIER SON ÉQUIPE

Depuis le 6 février, plusieurs dirigeants d’Ennahda ont toutefois annoncé leur intention de bloquer l’initiative du premier ministre. Selon eux, Hamadi Jebali doit, avant tout remaniement gouvernemental, obtenir la confiance des députés de l’Assemblée nationale constituante, où les islamistes sont en position de force avec 89 sièges sur 217.

Le premier ministre a rejeté cette proposition, estimant que l’Assemblée lui avait donné le droit de remanier son équipe en l’intronisant à la tête du gouvernement en décembre 2011.

Un groupe d’experts réunis par la présidence samedi 9 février a semblé lui donner raison. Leur argumentaire s’appuie sur la loi d’organisation provisoire des pouvoirs publics, selon laquelle le chef du gouvernement peut « créer, modifier et supprimer les ministères et les secrétariats d’Etat, et fixer leurs attributions et prérogatives, après délibération du Conseil des ministres et information du président de la République ».

LA CONSTITUTION TOUJOURS DANS L’IMPASSE

Mais la frange radicale d’Ennahda a prévenu qu’elle était prête à descendre dans la rue pour défendre la « légitimité des urnes », laissant présager la persistance des difficultés. Un premier rassemblement samedi à Tunis a réuni quelque 3000 personnes. Dimanche, un millier de personnes se sont également retrouvées à Gafsa, dans le centre du pays.

Une autre impasse de taille concerne la rédaction de la Constitution, bloquée par la division des courants islamistes, un boycott de l’ANC par quatre courants de l’opposition depuis le meurtre de Belaïd et les désaccords de principe sur la nature du futur régime.

Sans loi fondamentale, les élections promises par Hamadi Jebali ne peuvent avoir lieu, alors que l’impatience et la colère gagnent régulièrement la rue depuis des mois faute de réformes économiques et sociales, deux ans après la révolution initiée fin décembre 2011.

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