Tunisie : le principal syndicat annule son appel à la grève

12 décembre 2012

Tunisie : le principal syndicat annule son appel à la grève

Manifestation de demandeurs d’emplois de l’UGTT à Tunis, le 11 décembre 2012 ©AFP

TUNIS (AFP) – (AFP)

Le principal
syndicat de Tunisie a annulé mercredi son appel à
une grève générale jeudi lancé pour
dénoncer une attaque d’un groupe proche des islamistes
au pouvoir, invoquant « le climat
d’insécurité » deux ans après la
révolution qui a lancé le Printemps arabe.

« La décision a été prise d’annuler la
grève en raison de la situation difficile que traverse
le pays, des tensions existantes, du climat
d’insécurité, des menaces à nos
frontières et pour préserver la paix sociale »,
a annoncé à la presse Houcine Abassi,
secrétaire générale de l’Union
générale tunisienne du travail (UGTT).

Cette décision a été prise après six
heures de discussions tendues entre les 81
délégués de l’instance dirigeante de
l’organisation syndicale, au lendemain de l’annonce d’un
projet de compromis avec le gouvernement dirigé par les
islamistes du parti Ennahda.

Selon le contenu du texte dont l’AFP a obtenu une copie,
l’UGTT a renoncé à sa principale revendication : la
dissolution de la Ligue de protection de la révolution,
sorte de milice pro-Ennahda aux méthodes brutales et
accusée d’avoir attaqué un cortège et le
siège du syndicat le 4 décembre à Tunis.

L’accord prévoit néanmoins la création sous
dix jours « d’une commission mixte formée par le
gouvernement et l’UGTT pour enquêter sur les violences
(du 4 décembre) attribuée à la Ligue de
protection de la révolution ».

Cette commission remettra son rapport, un mois après sa
formation, au Premier ministre Hamadi Jebali.

Visiblement dépité, l’un des 81
délégués syndicaux, Mounir Yacoub, a
indiqué à l’AFP que l’annulation de la grève
avait été décidée par « une
majorité très serrée » et a estimé
que l’UGTT n’avait « rien » obtenu du gouvernement.

Le gouvernement et Ennahda avaient vivement dénoncé
l’appel à la grève lancé la semaine
dernière par la centrale syndicale, alors que le pays
voit les manifestations sociales dégénérer en
violences et les attaques de groupuscules islamistes se
multiplier ces derniers mois sur fond d’impasse politique,
faute d’un compromis sur la future Constitution.

Ces graves tensions interviennent par ailleurs alors que la
Tunisie fête le 17 décembre le deuxième
anniversaire du début de sa révolution, la
première du Printemps arabe, alors que les espoirs en
matière de lutte contre le chômage et la
misère n’ont guère été concrétisés.

L’appel au débrayage laissait aussi craindre de nouveaux
heurts, alors que partisans du syndicat et ceux d’Ennahda
sont à couteaux tirés depuis le dernier grand
mouvement social, fin novembre à Siliana (sud-ouest).

Cette grève régionale avait
dégénéré en cinq jours d’affrontements
entre policiers et manifestants, faisant 300 blessés.

Dans ce climat difficile, le président Moncef Marzouki a
d’ailleurs annulé un déplacement en Pologne et en
Bulgarie cette semaine notant « la situation
délicate dans le pays et la montée des frictions politiques ».

L’UGTT —qui revendique un demi-million de membres— est une
organisation historiquement très influente en Tunisie.

Dans son histoire, ce syndicat n’a appelé qu’à deux
grèves nationales, l’une en 1978 dont la
répression a fait des dizaines de morts, et une autre,
le 12 janvier 2011, deux jours avant la chute du régime
de Ben Ali.



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