Tunisie : les heurts reprennent à Siliana, la crise menace de s’étendre

1er décembre 2012

Tunisie : les heurts reprennent à Siliana, la crise menace de s’étendre

Des forces de sécurité tunisiennes rassemblées durant des heurts à Siliana, le 30 novembre 2012 ©AFP

SILIANA (Tunisie) (AFP) – (AFP)

 Des
heurts ont éclaté samedi pour le cinquième
jour consécutif à Siliana, épicentre de la
colère des Tunisiens face aux espoirs déçus
deux ans après la première révolution arabe,
et la crise menaçait de s’étendre, des violences
ayant été signalées dans d’autres régions.

Comme les deux jours précédents, une centaine de
jeunes ont attaqué les policiers à Siliana, 120 km
au sud-ouest de Tunis, à coups de pierres, et un agent
a été blessé à la tête, selon une
journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre ont répliqué avec de grandes
quantités de gaz lacrymogènes, et les
protestataires bâtissaient à nouveau des
barricades de pneus et de branches enflammées.

Selon des témoins, à une vingtaine de
kilomètres plus à l’est, des habitants de Bargou
ont barré une route et jeté des pierres sur des
véhicules de la police qui a répliqué avec
des gaz lacrymogènes.

Signe des
tensions croissantes, des heurts ont également eu lieu
dans la nuit de vendredi à samedi entre des
manifestants disant soutenir les habitants de Siliana et des
policiers au Kef (nord-ouest) et à Sbeïtla
(centre-ouest, région de Kasserine), selon des
médias locaux et des témoins.

Ces villes, respectivement à 70 km à l’ouest et
à 120 km au sud de Siliana, sont considérées
comme des points de tensions importants.Comme Siliana,
elles sont situées dans l’intérieur de la Tunisie,
zone marginalisée où les manifestations avaient
été violentes lors de la révolution de 2010-2011.

A Siliana, l’armée s’est retirée de la ville à
la demande de la police, selon des sources interrogées
par l’AFP, alors que la population avait favorablement
accueilli la venue des militaires, la police étant
accusée d’usage excessif de la force.

« L’armée a proposé de venir et assurer la
sécurité pendant quelques jours, mais le
ministère de l’Intérieur a refusé », a
expliqué un policier à l’AFP, des propos
confirmés par deux de ses collègues.

Le
gouvernement, dirigé par les islamistes du parti
Ennahda, a exclu de céder à la pression de la rue.

 Des négociations sont néanmoins en cours
à Tunis avec la principale centrale syndicale, l’UGTT,
qui réclame la démission du gouverneur de Siliana,
un plan d’aide économique et le retrait des renforts policiers.

La présidence veut un nouveau gouvernement

Alors que les crises se succèdent depuis
l’été, le président Moncef Marzouki a
appelé vendredi soir à la formation d’un
gouvernement restreint à même de stabiliser le
pays, le cabinet actuel se montrant incapable de
répondre aux attentes de la population, selon lui.

Le ministre des Droits de l’Homme et porte-parole du
gouvernement, Samir Dilou, a jugé ces déclarations
« dangereuses » tout en indiquant que la proposition
était examinée.

Le discours du président « comporte plusieurs points
importants et dangereux qui seront discutés au sein du
gouvernement dans les prochaines heures », a-t-il dit,
selon l’agence officielle TAP.

Le chef de l’Etat, un laïc allié aux islamistes,
n’a pas le pouvoir de remanier le gouvernement, mais il a
indiqué avoir « peur » que les violences,
déclenchées par l’exaspération de la
population face à la misère et au chômage, ne s’étendent.

Ces questions
étaient au coeur de la révolution de janvier 2011
qui avait marqué le début du printemps arabe.Mais
l’économie, minée par l’insécurité et la
crise de la zone euro, son principal partenaire commercial,
peine à se rétablir.

Ces troubles interviennent à l’approche du deuxième
anniversaire, le 17 décembre, du début de la
révolution tunisienne, déclenchée par
l’immolation d’un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre-ouest).

Outre les manifestations sociales, les attaques menées
par des groupuscules salafistes se sont multipliées ces
derniers mois.Parallèlement, la Tunisie est
plongée dans une impasse politique, sans compromis en
vue sur la future Constitution.



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