Tunisie : un syndicat prépare sa riposte après des heurts avec des islamistes

5 décembre 2012

Tunisie : un syndicat prépare sa riposte après des heurts avec des islamistes

Des personnes manifestent le 4 décembre 2012 devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail à Tunis ©AFP

TUNIS (AFP) – (AFP)

Le
principal syndicat tunisien s’est réuni mercredi pour
déterminer sa riposte après avoir été
attaqué la veille par des « milices » islamistes
pro-pouvoir, laissant craindre une nouvelle escalade en
Tunisie quelques jours avant le deuxième anniversaire
de la révolution.

Les dirigeants de l’Union générale tunisienne du
travail (UGTT, centrale historique), qui revendique quelque
500.000 adhérents, sont réunis dans l’Hôtel
international de Tunis pour répondre, selon un
communiqué, « à l’agression sauvage (…)
perpétrée par des milices criminelles
nahdaouies » en référence aux membres du parti
Ennahda qui dirige le gouvernement.

En fin d’après-midi, devant l’hôtel, deux groupes
de plusieurs dizaines de manifestants —syndicalistes et
islamistes— se faisaient face en attentant le résultat
de la réunion qui ne devrait pas être connu avant
le début de soirée.

D’ores et déjà, des grèves régionales ont
été décidées pour jeudi dans trois des
24 gouvernorats du pays par les branches locales de l’UGTT.Il s’agit de Sidi Bouzid, berceau de la révolution de
2011, Sfax, dont la capitale éponyme est la
deuxième ville du pays, et Gafsa, zone minière
très volatile.

Plusieurs grèves sectorielles ont été
annoncées aussi dans différentes localités du pays.

Le gouvernement et le président Moncef Marzouki ont, une
fois de plus, lancé des appels au calme mercredi, alors
que conflits sociaux et heurts se multiplient depuis
l’été face aux espoirs déçus de la
révolution qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali.

Cette crise éclate moins de trois jours après la
fin de la précédente flambée de violences,
lorsque pendant près d’une semaine manifestants
réclamant des meilleures conditions de vie et policiers
se sont affrontés à Siliana (120 km sud-ouest de
Tunis) faisant 300 blessés.

Les syndicalistes estiment avoir été victimes mardi
d’une attaque « préméditée » de la
Ligue de protection de la révolution, une sorte de
milice pro-pouvoir aux méthodes brutales qui s’est
donnée pour mission de défendre les revendications
de la révolte de 2011.

Cette organisation accuse de son côté l’UGTT
d’avoir provoqué les affrontements mais aussi
d’être responsable des cinq jours de violences à
Siliana, celles-ci ayant eu lieu alors que le syndicat
organisait une grève générale.

Le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, a d’ailleurs
volé au secours de la Ligue de protection de la
révolution, signe des tensions qui opposent
syndicalistes et islamistes, les deux groupes les plus
puissants en terme de militants en Tunisie.

« Je défends la Ligue car elle est un produit de la
révolution et qu’elle est indépendante et non
partisane », a-t-il dit en conférence de presse.

« Il semblerait que ce sont des milices
entraînées de l’UGTT qui ont ciblé des
citoyens » venus manifester mardi, a déclaré M.
Ghannouchi, qui est considéré comme le chef
d’orchestre de l’actuel gouvernement.

Le secrétaire général du syndicat, Houcine
Abassi, n’avait lui pas mâché ses mots mardi soir,
après les affrontements, en parlant des partisans d’Ennahda.

« Ils veulent s’attaquer au dernier camp capable de lutter
contre leurs desseins.Ils sont contre la justice sociale,
contre le développement, contre le dialogue
constructif », a-t-il lancé. »La porte de la
confrontation est ouverte.Ils l’ont voulue ».

Le président, jugeant que la Tunisie était au
carrefour entre « le chemin de la perdition et celui du
salut », a appelé la semaine dernière à la
formation d’un gouvernement restreint pour répondre
à l’exaspération de la population et de « peur
que (la violence) se reproduise dans plusieurs régions ».

Le gouvernement d’Hamadi Jebali n’a pas encore répondu
à cet appel.

Outre les manifestations sociales, les attaques imputées
aux groupuscules salafistes se sont multipliées ces
derniers mois en Tunisie, qui fêtera le 17
décembre le deuxième anniversaire du début de
la révolution.



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