Un mort en Afrique du Sud dans des manifestations d’ouvriers agricoles

14 novembre 2012

Un mort en Afrique du Sud dans des manifestations d’ouvriers agricoles

Un jeune homme assis près d’une barricade lors de manifestations d’ouvriers agricoles, le 14 novembre 2012 à De Doorns en Afrique du Sud ©AFP

WOLSELEY (Afrique du Sud) (AFP) – (AFP)

De
nouvelles violences ont éclaté mercredi en Afrique
du Sud, faisant un mort durant des manifestations d’ouvriers
agricoles en grève contre les salaires de misère
payés par les riches exploitations fruitières et
viticoles de l’arrière-pays du Cap (sud-ouest).

Depuis une dizaine de jours, plusieurs milliers de
travailleurs agricoles réclament un doublement de leur
rémunération à 150 rands (13,50 euros) par jour.

La plupart, métis ou noirs, gagnent entre 69 et 75 rands
par jour, des salaires parmi les plus bas du pays
associés à des conditions de travail et de
logement souvent abusives, qui ont été
dénoncées en 2011 par Human Rights Watch.

Les dirigeants des entreprises agricoles de la région
sont généralement blancs, et pour l’heure, ils
refusent d’aller au-delà d’un simple coup de pouce, qui
porteraient les salaires à 80 rands par jour (7,20 euros).

Depuis le début du conflit, qui n’est pas sans rappeler
celui qui a fait une soixantaine de morts dans les mines du
pays depuis août, de nombreux heurts ont opposé la
police à des ouvriers agricoles, principalement à
De Doorns, localité exportant du raisin de table.Une
demi-douzaine de propriétés agricoles ont brûlé.

La violence, contre laquelle l’opposition a demandé le
renfort de l’armée, a connu une escalade mercredi,
gagnant Ceres, la capitale sud-africaine du fruit et le
village voisin de Wolseley, où un homme de 28 ans est
mort dans les heurts avec la police, et cinq autres ont
été blessés.

La police a précisé avoir fait usage de grenades
assourdissantes et de balles en caoutchouc.

« La police ne nous a rien demandé, ils nous ont
juste tiré dessus, et les gens sont en colère
maintenant…il y a un mort et un type qui a pris une balle
dans la jambe.La police doit s’expliquer maintenant, car on
n’avait pas de problème avec elle.On était
seulement en train de se rendre sur les exploitations pour
faire grève pour notre argent », a
témoigné Bongani Mtomzale, 20 ans, employé
à la cueillette du raisin.

Wolseley offrait dans l’après-midi tous les stigmates
d’un début d’émeute : multiples barrages de police,
pick-ups calcinés, vitrines brisées, des
habitations émergeant d’un nuage de fumée tandis
qu’une usine de conditionnement se consumait aux abords de
la ville.

Si le calme semblait revenu à De Doorns, où la
principale route d’accès était toutefois
jonchée de pneus calcinés ou en flammes.

« Le problème c’est que les fermiers ne veulent pas
payer un salaire qui permette de vivre », expliquait
Thobinkosi Nyembe, 51 ans, père de six enfants et
employé dans une vigne depuis 1976.

« On en a marre »

« On en a marre.(…) On n’est pas en train de copier
Marikana mais les gens ont faim avec ces salaires qu’ils
nous donnent. »

L’Afrique du
Sud traverse une crise sociale, sans précédent
depuis la fin de l’apartheid en 1994, dont la mine de
Marikana (nord) est devenue le symbole avec la mort de 34
grévistes abattus par la police le 16 août.

Le gouvernement, qui a tardé à réagir au
conflit minier, semble adopter une tactique différente
à l’égard des travailleurs agricoles.

Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique
(DA) accuse de son côté les syndicats alliés
du pouvoir d’orchestrer les troubles pour déstabiliser
la province du Cap occidental, la seule qu’elle
contrôle politiquement.

Mercredi, la ministre de l’Agriculture Tina Joemat-Petterson
a fait remonter le dossier au niveau du président Jacob
Zuma et du ministère du Travail, tandis que la
confédération syndicale Cosatu a appelé
à suspendre le mouvement pendant deux semaines.

La ministre a réclamé une renégociation
anticipée du salaire minimum agricole, après
plusieurs réunions infructueuses avec les employeurs.

« Cela pose problème de payer quelqu’un 70 rands par
jour.Ce n’est pas assez », a déclaré sa
porte-parole Palesa Mokomela, soulignant les horaires lourds
mais aussi « les conditions de vie, de logement,
d’accès à l’eau potable, qui ne sont pas décentes ».

L’agriculture sud-africaine emploie près de 700.000
personnes dont le salaire minimum est révisé
chaque année par le ministère du Travail, mais en
principe pas avant le mois de mars.

Le ministère entérine l’avis d’une commission
où siègent salariés et employeurs.Donc,
« même s’il y a un accord pour changer les
conditions dans le secteur, cela ne se fera pas en une
nuit », a souligné Musi Zondi, porte-parole de la
ministre du Travail.



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