« Une ONG affirme que les touristes en provenance de Mayotte seraient parmi les clients de la prostitution des enfants à Anjouan »

Traite des personnes : les Comores dans la catégorie 3

Le rapport 2016 des Etats Unis d’ Amérique sur la traite des personnes publié par le Secrétaire d’état américain John Kerry ce 30 juin 2016, a maintenu les Comores, pour la deuxième année consécutive, dans la liste de la catégorie 3 qui regroupe les pays qui ne se conforment pas pleinement aux normes minimales de la loi américaine sur la protection des victimes de la traite.

En dépit de quelques efforts accomplis par le Gouvernement dans la lutte contre la traite des personnes, les américains continuent d’affirmer que les Comores demeurent un pays où les enfants sont soumis au travail forcé et, paraît-il, au trafic sexuel et au trafic de drogue. Ils ciblent principalement les enfants placés issus des familles pauvres et les élèves des écoles coraniques qui seraient exploités comme ouvriers agricoles ou domestiques. Le rapport fait état des indications d’une ONG qui aurait affirmé que les touristes en provenance de Mayotte seraient parmi les clients de la prostitution des enfants dans l’ile d’Anjouan. L’histoire de la jeune fille placée chez un magistrat et violenté par ce dernier au mois de septembre dernier a été reprise encore une fois dans le rapport et le Gouvernement américain qui critique sévèrement le Gouvernement comorien, accusé de n’avoir pas suffisamment sanctionné les fonctionnaires impliqués dans cette affaire. La corruption est restée endémique et entrave les efforts d’application de la loi, y compris les efforts visant à lutter contre la traite selon toujours ce rapport.

Le rapport recommande aux Comores notamment l’adoption une législation anti-traite, l’augmentation de la capacité des Brigade ses mineurs et des mœurs afin de mieux identifier et répondre aux questions relatives à la traite des personnes l’élaboration des procédures pour l’identification et l’orientation des victimes de la traite aux soins, la poursuite les fonctionnaires qui auraient été complices avec la traite des personnes et la réalisation d’une étude sur les formes et l’ampleur du problème de la traite aux Comores et l’adhésion au Protocole TIP 2000 des Nations Unies.

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Certaines de ces recommandations sont déjà mises en œuvre par le Gouvernement. Ainsi, le nouveau code pénal adopté en 2014 par l’Assemblée de l’Union, mais jamais promulgue par le chef de l’Etat, réprime sévèrement la traite des personnes.

La traite des personnes est une question tabou qui n’est pas toujours accepte par le gouvernement.  Lors de la célébration de la journée internationale des droits de l’homme en décembre 2015, l’ ancien président de l’ Union des Comores, Ikiliou Dhoinine,s’était lancé dans un argumentaire visant à sous-estimer la question de la traite de personne aux Comores. En effet selon lui, le classement des Comores à la Catégorie 3, dans le rapport 2015 du Département d’État des États-Unis portant sur la traite des personnes relève, d’une incompréhension. Il a regretté que le rapport reléguant les Comores à la catégorie 3 n’ait pas été précédé d’une étude sociologique approfondie et objective sur le phénomène de la traite, afin de mieux comprendre les réalités sociales du pays. Il a rajouté que, la problématique de la traite des enfants qui accable de nombreux pays, où des enfants sont placés dans des familles d’accueil et exploités physiquement et sexuellement, est une image erronée pour de l’Union des Comores. Selon l’ancien Président de l’Union, suivant les traditions et la spécificité sociologique du pays, il est du devoir des membres de la famille, au sens large du terme, d’assister les enfants mineurs de leurs proches et de contribuer à leur éducation. Les actes de traite des personnes cités dans le rapport et reprochés au pays, sont-ils soit mal compris pour certains (travail forcé, servitude, placement des enfants dans des familles d’accueil) ou n’existent tout simplement pas dans le pays (prostitution des mineurs organisée, exploitation sexuelle). Ainsi, le placement des enfants chez des parents proches ou éloignés et dans les familles d’accueil, pour des raisons et finalités sociales et éducatives, a toujours été une saine tradition dans notre pays selon le Chef de l’Etat. Cet argumentaire a été repris mot pour mot par le nouveau Ministre d’ Etat en charge de la Justice, Fahmi said Ibrahim à Mkazi, le 16 juin 2016 a l’ occasion de la célébration de la journée de l’enfant africain. Ainsi les gouvernements successifs continuent de nier des faits et trainent les pieds pour prendre les mesures pour sortir le pays de cette catégorie 3 du rapport des Etats unies sur la traite des personnes.

Et pourtant le gouvernement de l’ Union des Comores avait adressé au mois de mai 2013, une lettre d’engagement au département américain pour leur assurer la disponibilité du gouvernement comorien a mieux lutter contre la traite des personnes. Dans cette lettre, le gouvernement s’était engagé, à appliquer la législation en vigueur pour enquêter, poursuivre en justice et punir les délinquants, et explorer également la possibilité d’adopter des lois spécifiques contre la traite. Il s’était engagé à élaborer une politique pour identifier et orienter les victimes de traites  de la personne vers les services sociaux existants chargés de la protection des mineurs et des victimes de violence. Il avait pris l’engagement de soumettre pour adoption par le Parlement, avant la fin 2013, le nouveau code pénal, qui comprend des sanctions renforcées sur le travail des enfants et la traite des êtres humains. Le gouvernement avait pris l’engagement de travailler avec la Mission des Nations Unies aux Comores pour améliorer le fonctionnement d’un groupe de travail sur la traite des personnes. Ce groupe de suivi présidé par le Secretaire Général du Gouvernement a comme objectifs prioritaires de coordonner les activités des Ministères concernés (emploi, justice, intérieur, santé), des ONG et des organisations internationales, de concevoir une méthodologie et des définitions de rapportage qui répondent aux normes et de préparer les termes de référence pour mener une étude scientifique objective afin de déterminer la portée de la traite des personnes aux Comores. Les brigades des mœurs et des mineurs seraient renforcées pour mieux lutter contre la traite des personnes.

Toutes ces actions, recommandées par le rapport sur la traite des personnes, n’ont pas été mise en œuvre, ce qui explique le déclassement des Comores. Le code pénal et le code de procédures pénales adoptées par l’Assemblée de l’Union en décembre 2014 ne sont pas toujours promulgués. La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et du Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée n’est toujours pas ratifiée par les Comores. La disponibilité et soutenir la prestation de conseils et de soins psychologiques aux victimes de traite des personnes, dans des centres déjà existant pour les victimes d’autres crimes n’est pas augmentée. Les poursuites judiciaires contre les auteurs de traite des personnes y compris les complices ne sont pas effectives. Les brigades des mineurs sont toujours sous équipées. La mise en œuvre du Plan d’action du gouvernement de l’Union des Comores portant sur la lutte contre la traite des personnes aurait évité au pays d’être classé dans la catégorie 3 du rapport annuel des Etat Unis d’ Amérique. Pour sortir de cette catégorie, le gouvernement doit agir et reconnaitre l’ampleur du phénomène de la traite dans notre pays.

Selon la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, l’expression “traite des personnes” désigne le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes.

La pauvreté qui sévit dans ce pays, favorise l’exploitation des enfants par le travail. Ainsi, selon l’enquête EDS MICS 2012, l’exploitation des enfants par le travail a pris des proportions inquiétantes aux Comores. 33 pour cent des garçons et 39 pour cent des filles de 5 à 14 ans sont impliqués dans le travail des enfants (activité économique et les travaux domestiques).

Au lieu de nier cette triste réalité, il faudra agir pour lutter contre la traite de nos enfants egt sortir les Comores de cette categorie 3 du rapport annuel des Etats Unies sur la traite des personnes.

Comores droit

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