Aider la population à se remettre des inondations

Des Comoriens travaillant à remettre leur pays en état

PRETORIA, 11 septembre 2012 (IRIN) – En avril dernier, l’archipel des Comores a été balayé par des pluies comme personne n’en avait vu depuis des décennies, qui ont déplacé des familles entières et détruit les cultures et les sources de revenus des plus pauvres. Lors d’une conférence de bailleurs de fonds qui s’est tenue la semaine dernière, le pays, soutenu par les Nations Unies et le gouvernement sud-africain, a lancé un appel d’un peu plus de 19 millions de dollars pour se remettre sur pied.

« La somme d’argent nécessaire [pour le plan de rétablissement du pays qui devrait durer neuf mois] est relativement minime comparé [à celle demandée] pour des catastrophes ailleurs », a dit Sivu Maqungo, directeur du bureau Afrique de l’est du ministère sud-africain des Affaires internationales et de la Coopération, qui organisait la conférence des bailleurs de fonds pour les Comores en Afrique du Sud. Récolter la somme demandée ne devrait pas poser de problème, a-t-il ajouté.

Les pluies qui ont frappé le pays en avril équivalaient presque à la quantité totale de précipitations enregistrée dans le pays en un an. Trois îles ont été inondées et neuf pour cent de la population, qui s’élève à plus de 750 000 habitants, a été touché.

Douglas Casson Coutts, coordonnateur résident des Nations Unies aux Comores, a insisté formellement sur le fait que les Comoriens « ne veulent pas d’une aide financière. Ils veulent la connaissance nécessaire pour se protéger eux-mêmes d’un nouveau bouleversement éventuel. »

Cinq maires de villages l’ont incité à travailler en faveur de cet appel lorsqu’ils lui ont demandé son soutien peu après les inondations, disant qu’ils voulaient le savoir-faire nécessaire pour ne plus jamais être pris par surprise. Le plan de rétablissement comprendra la mise en place d’une stratégie de réduction des risques de catastrophes pour le pays.

Les Comoriens ont déjà connu des catastrophes. En 2005, l’éruption du volcan Karthala a fait entre 180 000 et 250 000 déplacés sur la Grande Comore, l’île la plus grande de l’archipel. Pourtant, le pays ne dispose d’aucun système de réduction des risques de catastrophes. Les inondations d’avril ont en outre détruit le matériel de surveillance sismique du Karthala et endommagé plusieurs stations météorologiques. Le pays est donc encore plus vulnérable qu’avant.

Selon M. Maqungo, l’Afrique du Sud prévoit d’aider les Comores en partageant ses compétences techniques pour mettre sur pied une stratégie de réduction des risques de catastrophes. L’archipel cherche également de l’aide auprès de l’Université d’Afrique du Sud, afin de développer ses capacités de planification à long terme.

Changement climatique et pauvreté

Selon le colonel Ismael Mogne Daho, directeur général du Centre des opérations de secours et de protection civile (COSEP), une organisation créée l’année dernière pour intervenir en cas de catastrophe, les tempêtes sont devenues plus fortes et plus fréquentes sur l’archipel au cours des dix dernières années. Le colonel estime que la gravité croissante des phénomènes météorologiques est due au changement climatique mondial.

Gary Eilerts, directeur de programme du Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET), de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a dit dans une étude publiée en 2011 que l’Océan indien se réchauffait rapidement, asséchant le continent africain et intensifiant les précipitations sur l’océan et les îles qui s’y trouvent, comme celles des Comores.

Les Comores font partie des pays les plus pauvres au monde et sa population en croissance rapide dispose de peu de ressources naturelles pour survivre. Près de 80 pour cent des Comoriens dépendent de l’agriculture, qui compte pour 40 pour cent du PIB du pays. La plupart des familles s’en sortent grâce à l’argent que leur font parvenir les 150 000 Comoriens vivant à l’étranger, qui ont envoyé environ 12 millions de dollars au total dans leur pays en 2006.

Les paysans pauvres sont les plus touchés

La plupart des personnes touchées par les inondations d’avril sont de petits agriculteurs, qui dépendent de la nourriture et des revenus tirés de la culture de bananes, de manioc, de patate douce, de noix de coco et de riz. Certains cultivent également des produits à forte valeur commerciale, comme le clou de girofle, l’ylang-ylang, la vanille et le poivre noir.

Les agriculteurs touchés sont en pleine période de soudure et le secteur agricole des Comores n’est pas adapté pour supporter les catastrophes, a expliqué M. Coutts. Les agriculteurs comoriens sont souvent freinés dans leur activité par différents facteurs comme le manque de semences et d’outils agricoles, les mauvaises installations de stockage, la piètre gestion de l’eau, la déficience des infrastructures hydrauliques et le manque d’accès au crédit.

Même avant les précipitations d’avril, la plupart des habitants n’avaient pas assez à manger. La malnutrition chez les mères et les enfants de moins de cinq ans est la principale cause de mortalité infantile. Onze districts sur 17 ont un taux de malnutrition d’au moins dix pour cent. Ce qui, en cas de facteurs aggravants comme la destruction des cultures, la perte des moyens de subsistance et des sources de revenus et la détérioration des services de santé et d’eau, est considéré par l’Organisation mondiale de la santé comme une situation grave nécessitant un soutien nutritionnel.

Le plan de relèvement précoce a pour but de créer des programmes de création d’emplois d’urgence et des microentreprises ciblant principalement les femmes, de reconstituer le cheptel et de fournir des semences et des outils agricoles. Le plan prévoit également l’intervention du Programme alimentaire mondial dans l’archipel et la réparation et la reconstruction des réseaux d’approvisionnement en eau, des écoles, des établissements de santé et des habitations.

Les bailleurs de fonds présents à la conférence ont fait part de leurs inquiétudes concernant le suivi du programme et des financements apportés. M. Coutts, des Nations Unies, a expliqué qu’une partie du plan, dont l’avant-projet a été rédigé avec l’aide du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), consistait à renforcer les capacités du pays.

« Avec ça, nous pensons que la transparence et la redevabilité vont suivre », a-t-il dit.

jk/rz

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